(CROISSANCE AFRIQUE)-En Mozambique, le gouvernement a annoncé, le mercredi 15 juillet, la création de la Société nationale d’approvisionnement en produits pétroliers (ENAPP), une entité publique chargée de gérer l’ensemble du processus national d’approvisionnement en produits pétroliers destinés au marché intérieur.
Cette initiative marque un tournant significatif dans la gestion des ressources énergétiques du pays, témoignant d’une volonté de renforcer le contrôle étatique sur un secteur vital pour l’économie nationale. Dotée d’une personnalité juridique propre ainsi que d’une autonomie administrative, financière et patrimoniale, l’ENAPP aura pour principales missions de planifier les besoins en carburants, de conduire les procédures d’acquisition, de coordonner et de suivre les opérations d’approvisionnement. Ce cadre légal et opérationnel permettra à l’entité de s’adapter plus rapidement aux fluctuations du marché et d’assurer une distribution efficace et équitable des produits pétroliers.
Avec cette réforme, l’exécutif mozambicain met fin à un modèle en vigueur depuis près de 30 ans, dans lequel les importations de carburants étaient coordonnées par des opérateurs privés réunis au sein d’Imopetro. Ce changement de cap est motivé par les défis croissants auxquels le pays est confronté, notamment les pénuries de carburant et les hausses de prix qui ont récemment perturbé le marché national. Selon le gouvernement, ce dispositif a montré ses limites face aux difficultés récentes rencontrées par le marché national, rendant nécessaire une réévaluation des mécanismes d’approvisionnement.
« La création de cette société représente un changement profond », a déclaré un porte-parole du gouvernement, soulignant l’importance de cette initiative pour garantir la sécurité énergétique du Mozambique. En effet, l’ENAPP pourrait jouer un rôle crucial dans la stabilisation des prix du carburant, tout en favorisant une plus grande transparence dans les opérations d’importation et de distribution. Ce projet ambitieux pourrait également contribuer à l’essor d’une économie plus résiliente, capable de faire face aux défis futurs tout en répondant aux besoins croissants de la population en matière de mobilité et de développement.
Cette initiative intervient quelques jours après l’approbation par le Conseil des ministres, le 9 juillet 2026, d’un mécanisme de paiement de 50 millions de dollars destiné à sécuriser les importations de carburants liquides. Géré par la compagnie publique Petromoc, ce dispositif vise à faciliter les paiements aux fournisseurs étrangers et à garantir la continuité de l’approvisionnement national.
La création de l’ENAPP, ou l’Entité Nationale de l’Approvisionnement en Produits Pétroliers, intervient à un moment critique pour le Mozambique, un pays qui fait face à des tensions croissantes sur son marché des carburants. En effet, selon un rapport approfondi de la Fondation pour la compétitivité des entreprises du Mozambique (FUNDEC), les difficultés rencontrées entre 2019 et mai 2026 ne sont pas attribuables à un manque physique de carburants, mais plutôt à une pénurie de devises, en particulier de dollars américains, qui sont indispensables pour financer les importations nécessaires au bon fonctionnement du pays.
Cette étude met en lumière plusieurs vulnérabilités structurelles qui affligent l’économie mozambicaine. Parmi celles-ci, la dépendance totale du pays aux importations de carburants raffinés se révèle particulièrement préoccupante, car elle expose le Mozambique à des fluctuations mondiales des prix et à des crises d’approvisionnement. De plus, la faible diversification des sources de devises accentue cette vulnérabilité, rendant le pays encore plus sensible aux chocs économiques externes. Les contraintes du système bancaire, souvent entravé par des réglementations rigides et un accès limité aux financements, ainsi que la fragilité du modèle d’approvisionnement basé sur Imopetro, une entreprise qui monopolise l’importation et la distribution de carburants, ajoutent une couche supplémentaire de complexité à la situation.
Dans ce contexte économique tendu, l’inflation a atteint un niveau préoccupant de 10,23 % entre 2022 et 2023, ce qui a conduit la Banque du Mozambique à prendre des mesures drastiques en relevant son taux directeur MIMO à 17,50 %. Cette décision, bien qu’elle vise à stabiliser l’économie, a des répercussions significatives sur l’investissement, la consommation et la croissance économique globale du pays. Les ménages et les entreprises se trouvent ainsi confrontés à des coûts de financement plus élevés, ce qui pourrait freiner le développement économique et aggraver les tensions sociales déjà présentes.
Notons que la création de l’ENAPP apparaît donc comme une réponse stratégique face à ces défis, visant à renforcer la résilience du marché des carburants et à garantir un approvisionnement stable et durable pour le Mozambique.
Zangouna KONÉ

