(CROISSANCE AFRIQUE)-Les pays de l’UEMOA appartiennent à plusieurs organisations sous-régionales et régionales entraînant des cadres de coopération régionale qui se chevauchent, à l’instar de la CEDEAO, de l’Union Africaine et plus récemment, de l’Alliance des États du Sahel. En particulier, les États membres de l’UEMOA sont engagés dans un processus d’intégration plus large avec la CEDEAO et travaillent, à ce titre, de concert avec cette organisation pour atteindre leurs objectifs communs, qui concernent, entre autres, la promotion de la paix, de la sécurité et le développement de la région.
Ainsi, l’UEMOA dans plan stratégique incluant la vision 2040, précise qu’ « en dépit des progrès réalisés dans le cadre de ce processus d’intégration, de nombreux défis restent à relever pour le rendre complet et performant. Au titre de la coopération avec la CEDEAO, les souhaits exprimés par les acteurs clés de la Commission de l’UEMOA dans la Vision prospective 2040 sont de (i) faire de l’UEMOA, un espace communautaire dynamique dans sa coopération avec les autres institutions/ organisations régionales, (ii) parvenir à une UEMOA et une CEDEAO complémentaires avec une reconnaissance mutuelle de leurs compétences afin de construire un espace sous-régional harmonisé, (iii) travailler en bonne intelligence avec la CEDEAO pour éviter le chevauchement des projets« ; a-t-elle précisé dans son document .
Au-delà de ces relations avec les principales institutions, les pays de l’UEMOA ont tous souscrit à la Zone de Libre-Échange Continentale (ZLECAf). Cet accord a pour objet de créer la plus grande zone de libre échange au monde, le pacte reliant 1,3 milliard de personnes dans 54 pays. C’est pourquoi, le document estime qu’ « En dépit des initiatives développées dans le cadre de la mise en œuvre de la politique commune en matière de paix et de sécurité, la dégradation du contexte sécuritaire et institutionnel persiste, engendrant de nombreuses conséquences sur le développement socio-économique des États, sur le plan politique, et sur le processus d’intégration régionale, sans compter la prolifération des armes légères et de petit calibre, ainsi que des Engins Explosifs Improvisés (EEI) ».
Sur le plan économique, l’impact se manifeste par i) la réduction des investissements, ii) la perturbation des activités économiques et iii) la diminution du commerce communautaire. En effet, l’insécurité dissuade les investisseurs étrangers, qui perçoivent la région comme à haut risque. « Cet état de fait réduit les flux d’IDE, pourtant essentiels pour le développement économique, la création d’emplois et le transfert de technologies au sein de la zone. L’instabilité pousse également les investisseurs locaux à déplacer leurs capitaux à l’étranger ou privilégier des investissements en dehors de l’Union, ce qui entraîne une fuite massive de capitaux et un affaiblissement des systèmes financiers locaux« , a-t-elle souligné la Commission de l’UEMOA.
« En outre, les conflits armés, les attaques terroristes et les coups d’État perturbent grandement les activités économiques ordinaires que sont l’agriculture, l’industrie et les services. Les entreprises locales ont un accès réduit au marché, ce qui leur génère des difficultés de financement, ainsi que des pertes de revenus et de moyens de subsistance. Tout particulièrement, les régions fortement touchées par l’insécurité voient leur secteur touristique s’effondrer, privant les économies locales d’une source importante de revenus et d’emplois« , renseigne le document de l’UEMOA.
Par ailleurs, la zone UEMOA ne peut dès lors pas capitaliser sur le tourisme, à la mesure de son capital naturel et culturel très riche Enfin, l’insécurité coupe les routes commerciales, entraînant des interruptions dans les chaînes d’approvisionnement et augmentant les coûts de transport. Cette situation entrave ainsi le commerce intrarégional, et ralentit l’intégration effective de la zone. En 2023, les échanges intracommunautaires formels sont estimés entre 11 et 13% du total, ce qui demeure assez faible pour une zone économique intégrée.
Sur les plans social et humanitaire, l’impact négatif de la dégradation du contexte sécuritaire et institutionnel est également visible dans i) l’accès limité aux services de base et ii) l’augmentation de la pauvreté. En effet, si la zone UEMOA dispose aujourd’hui du potentiel agricole suffisant pour nourrir sa population, la difficulté d’approvisionnement des marchés, notamment dans les zones de conflit, engendre de fortes tensions sur l’atteinte de la sécurité alimentaire pour tous. Les conflits et l’insécurité perturbent aussi le fonctionnement des services éducatifs, compromettant à long terme l’avenir professionnel de toute une génération. Les infrastructures de santé, déjà fragiles, ne peuvent être entretenues et approvisionnées, et l’accès aux soins de santé devient difficile.
Sur les plans administratif et politique, on assiste au départ et/ou au repli de l’Administration publique (absence de l’État), à l’affaiblissement subséquent de l’autorité de l’État, à l’isolement de certaines zones, y compris pour l’organisation des élections (perte de souveraineté), à la menace sur la cohésion sociale et le vivre-ensemble (risques de conflits intercommunautaires). « Le processus de construction d’un espace communautaire pleinement intégré est également affecté par l’insécurité, qui rend difficile ou ralentit la mise en œuvre des politiques et programmes communautaires. L’espace UEMOA n’est pas épargné par le phénomène de la circulation et de la prolifération illicite des Armes Légères et de Petit Calibre (ALPC) », a-t-elle rassuré, le plan de la commission de l’UEMAO.
Notons que la région connaît des crises internes entraînant une circulation importante d’armes à feu. La plupart des pays de cet espace ont des frontières communes où règne l’insécurité. Certains ont connu une instabilité socio-politique, des conflits communautaires, voire la présence de groupes terroristes et de groupes d’auto-défense favorisant des trafics massifs d’ALPC.
Mariam KONE

