(CROISSANCE AFRIQUE)-La Somalie a lancé une initiative triennale visant à renforcer la résilience climatique de ses systèmes d’élevage, fonciers et d’assurance, marquant une étape importante dans un effort régional plus large pour transformer les systèmes alimentaires face à l’escalade des chocs climatiques.
Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre du programme « Accélérer la transformation des systèmes alimentaires pour renforcer la résilience face aux changements climatiques en Afrique », est menée par le gouvernement somalien en partenariat avec la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), le Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-IBAR) et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Elle sera également mise en œuvre au Kenya et en Ouganda.
L’élevage est un pilier de l’économie somalienne, contribuant à près de la moitié du PIB national et demeurant la principale source de recettes d’exportation. Cependant, le pays reste vulnérable aux changements climatiques et à la variabilité météorologique, ce qui souligne la nécessité de renforcer la résilience des systèmes alimentaires basés sur l’élevage.
L’initiative vise à corriger ces obstacles grâce à une action intégrée dans quatre domaines : les chaînes de valeur de l’élevage, l’assurance élevage basée sur le climat/les indices, la sécurité foncière et les systèmes d’information climat-terre pour une prise de décision fondée sur des données probantes.
M. Hameed Nuru, représentant du PAM en Somalie, s’exprimant au nom de M. George Conway, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies, Coordonnateur résident des Nations Unies et Coordonnateur humanitaire, a déclaré que l’initiative ECA offrait une occasion opportune de traduire les ambitions de la Somalie en matière de systèmes alimentaires en investissements concrets et en résultats mesurables. Elle peut contribuer à renforcer la gouvernance des systèmes alimentaires, à promouvoir des solutions respectueuses du climat et fondées sur la nature, à soutenir des chaînes de valeur durables pour l’élevage et l’agriculture, à améliorer les systèmes d’aide à la décision et à produire des données probantes pouvant être transposées à l’échelle nationale.
Hameed a conclu en appelant à faire de cet atelier inaugural le point de départ d’un partenariat plus solide qui accélère la transition de la Somalie vers des systèmes alimentaires résilients, inclusifs et adaptés au climat, et en réaffirmant le soutien du PAM, co-responsable du secteur de la sécurité alimentaire et de l’agriculture, qui apporte une combinaison unique de présence sur le terrain, de capacités opérationnelles, de capacités d’analyse, d’expérience en matière de coordination et de partenariats dans les domaines humanitaire, de relèvement et de développement.
Medhat Elhelepi, coordinateur du projet au sein de la CEA, a souligné un problème structurel plus profond, insistant sur l’urgence de transformer les systèmes alimentaires africains face à l’insécurité alimentaire croissante, aux chocs climatiques et à la sous-utilisation des ressources productives.
« La faim persistante en Afrique, malgré ses terres, son cheptel, sa main-d’œuvre et ses marchés, est fondamentalement un problème de conversion des atouts existants en valeur, en emplois, en commerce et en résilience, plutôt qu’un manque de ressources », a-t-il déclaré, ajoutant que des solutions pratiques, mises en œuvre par les pays eux-mêmes, peuvent libérer tout le potentiel du secteur de l’élevage.
Mohamud Abdi Ahmed, chef de mission de l’IGAD en Somalie, a souligné que la Somalie demeure extrêmement vulnérable à la variabilité climatique, notamment à l’irrégularité croissante des précipitations, aux sécheresses prolongées et aux inondations récurrentes. Dans ce contexte, une meilleure préparation, des informations climatiques actualisées et des mesures préventives sont particulièrement importantes pour les communautés pastorales et agropastorales vulnérables. Il a suggéré que la question essentielle est la suivante : comment passer d’une réaction répétée aux chocs climatiques à une gestion systématique des risques avant que ces chocs ne se transforment en catastrophes ?
« L’évaluation dont nous disposons ne vise pas seulement à révéler des faits et des chiffres sur les chaînes de valeur de l’élevage, ni même à souligner l’importance de l’assurance et à développer un produit d’assurance. Il s’agit de bâtir une économie pastorale plus résiliente en Somalie grâce à des chaînes de valeur de l’élevage plus solides, des mécanismes efficaces de transfert des risques et une gouvernance durable des terres et des ressources naturelles », a ajouté M. Ahmed.
Il a conclu en soulignant l’engagement de l’IGAD à poursuivre sa collaboration avec la CEA, l’UA-IBAR, le gouvernement fédéral de Somalie et tous les partenaires afin de garantir que les connaissances acquises grâce à cette initiative se traduisent par des politiques, des investissements et des actions concrètes servant au mieux les intérêts des communautés somaliennes.
M. Laban MacOpiyo, représentant le directeur de l’UA-IBAR, a souligné que l’approbation par le gouvernement, les États membres fédéraux, les compagnies d’assurance, les acteurs du secteur privé, les partenaires au développement et la société civile des rapports initiaux sur l’évaluation de la chaîne de valeur de l’élevage en Somalie et l’évaluation de la viabilité du Takaful pour l’élevage basé sur un indice témoignerait d’une forte appropriation nationale du programme de réformes à venir. « Cette approbation marque une transition d’efforts fragmentés et sectoriels vers un cadre national coordonné, intégrant les travaux sur l’élevage, l’assurance, le régime foncier et l’information climatique dans une feuille de route unique, pilotée par le gouvernement », a indiqué M. MacOpiyo.
M. Farah Ahmed, directeur général du ministère des Travaux publics, de la Reconstruction et du Logement, a exprimé sa sincère gratitude à la CEA, à l’UA-IBAR et à l’IGAD pour leur leadership stratégique, leur expertise technique et leur partenariat. Il a souligné que la sécurisation des droits fonciers est essentielle à la résilience des pâturages, à la productivité de l’élevage et à l’adaptation au changement climatique. Il a ajouté que cette sécurisation est cruciale pour la promotion de l’assurance, la restauration et le pâturage durable.
M. Guru, directeur général du ministère de l’Élevage, des Forêts et des Pâturages, a indiqué que l’initiative de la CEA reconnaît nombre des défis auxquels est confrontée la filière d’élevage somalienne et offre à la Somalie une occasion importante de renforcer sa capacité à développer des filières d’élevage résilientes face au changement climatique, à améliorer la gouvernance foncière et pastorale, à consolider les mécanismes d’assurance élevage et à utiliser les informations foncières et climatiques pour étayer une prise de décision fondée sur des données probantes. « Nous devons veiller à ce que cette initiative aille au-delà des évaluations, des ateliers et des rapports. Il nous faut traduire les connaissances et les données probantes en réformes politiques concrètes, en opportunités d’investissement et en programmes applicables », a ajouté M. Ali.
Dans son allocution d’ouverture, M. Hassan Hosow, conseiller économique principal du président et directeur exécutif du Conseil économique national, a salué l’initiative importante de la CEA, de l’UA et de l’IGAD, notamment son accent mis sur la production de connaissances. « Au Conseil économique national, notre mission est de produire des données économiques probantes et de les traduire en politiques. La qualité de nos décisions dépend fondamentalement de la qualité des données dont nous disposons. Les quatre domaines qui nous occupent – les chaînes de valeur de l’élevage, l’assurance indicielle pour le bétail, la sécurité foncière et les systèmes d’information climat-terre – l’illustrent parfaitement », a ajouté M. Hosow.
Cet événement a réuni des représentants gouvernementaux, des partenaires au développement, des représentants des éleveurs, des acteurs du secteur privé et des chercheurs, soulignant ainsi l’effort multipartite nécessaire pour instaurer un changement durable.
À propos du projet
L’initiative « Accélérer la transformation des systèmes alimentaires pour renforcer la résilience face aux changements climatiques en Afrique », financée par l’ONU et mise en œuvre par la CEA en partenariat avec l’UA-IBAR, l’IGAD et les gouvernements du Kenya, de l’Ouganda et de la Somalie, vise, de 2026 à 2028, à aider les pays à consolider leurs systèmes alimentaires fondés sur l’élevage grâce à des interventions intégrées dans les chaînes de valeur, l’assurance, le régime foncier et les systèmes d’information climatique.

