DOSSIER/SANTÉ : le changement climatique pourrait modifier la répartition géographique du paludisme en Afrique subsaharienne

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(CROISSANCE AFRIQUE)-En Afrique, le changement climatique représente une menace croissante, avec des implications particulièrement alarmantes pour la santé publique, notamment en ce qui concerne le paludisme infantile. 

Selon les prévisions, d’ici la fin du siècle, les foyers de cette maladie parasitaire devraient se déplacer à travers l’Afrique subsaharienne, touchant des régions qui, jusqu’à présent, étaient considérées comme relativement protégées. Ce phénomène pourrait entraîner une augmentation significative de la prévalence du paludisme dans des zones montagneuses habituellement fraîches, où les enfants, souvent les plus vulnérables, pourraient être exposés à des risques accrus de contagion. Parallèlement, les zones géographiques les plus chaudes de la région, qui ont traditionnellement été des foyers de transmission, pourraient connaître une diminution de la transmission en raison des conditions climatiques extrêmes qui rendent la survie des moustiques vecteurs plus difficile. Ces changements complexes soulignent l’importance cruciale de la recherche et de l’adaptation aux impacts du changement climatique sur la santé. Le rapport, publié le mercredi 29 juillet dans la revue scientifique Nature, intitulé « The past and future impact of climate change on childhood malaria in Africa », offre une analyse détaillée et quantifiée de l’impact historique et futur du changement climatique sur le paludisme infantile au sud du Sahara, une région où se concentrent la majorité des cas et des décès liés à cette maladie. Les chercheurs américains et africains qui ont collaboré à cette étude mettent en lumière la nécessité d’une action urgente pour atténuer ces effets dévastateurs et protéger les générations futures contre les conséquences du changement climatique sur la santé.

La maladie transmise par la piqûre d’un moustique femelle du genre Anopheles a causé la perte tragique d’environ 579 000 vies en Afrique en 2024, un chiffre alarmant qui souligne l’ampleur de cette crise sanitaire. Parmi ces victimes, environ 75 % étaient des enfants de moins de cinq ans, une statistique dévastatrice qui met en lumière la vulnérabilité des plus jeunes face à cette maladie. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ces chiffres ne sont pas seulement des statistiques, mais des histoires de familles brisées et de communautés en deuil, témoignant de l’urgence d’une réponse globale à cette épidémie persistante.

Le réchauffement climatique, en redéfinissant les écosystèmes et les habitats, redistribue également le risque de paludisme, rendant cette maladie encore plus insidieuse. En examinant des données cliniques précises ainsi que les relevés de hausse des températures et les changements dans les régimes de précipitations, des chercheurs affiliés à la Yale University School of Public Health, à l’Université de Californie et à l’Université du Cap ont mis en lumière des tendances préoccupantes. Ils ont constaté que le changement climatique, d’origine humaine, aurait probablement contribué à une légère augmentation globale de la prévalence du paludisme en Afrique subsaharienne. Cette étude révèle également que, au cours du siècle dernier, les territoires où le paludisme est endémique ont commencé à se redéfinir, les moustiques Anopheles s’adaptant à de nouvelles conditions climatiques. Les chercheurs ont découvert que la transmission du parasite responsable de cette maladie atteint son sommet à des températures d’environ 25 à 30 degrés Celsius, une plage qui devient de plus en plus courante dans de nombreuses régions d’Afrique, exacerbant ainsi les défis de santé publique. Cette dynamique complexe entre le climat et la santé humaine souligne l’importance d’une action concertée pour lutter contre le paludisme, tout en prenant en compte les impacts du changement climatique sur la santé des populations les plus vulnérables.

De plus, l’étude approfondie constate un effet positif, bien que nuancé, des épisodes de très fortes précipitations sur la prévalence du paludisme, observé 2 à 3 mois plus tard. En effet, les populations de moustiques, vecteurs de cette maladie redoutable, augmenteraient de manière significative pendant les périodes de fortes pluies, créant ainsi des conditions propices à la transmission du parasite. Cependant, les auteurs de l’étude soulignent que la relation entre les précipitations et la prévalence du paludisme est complexe et très incertaine, impliquant de nombreux facteurs environnementaux et biologiques qui interagissent de manière dynamique. Ces seuils de température, qui sont en constante évolution, expliquent pourquoi le réchauffement climatique rend les régions autrefois fraîches, comme certaines zones des hautes terres orientales africaines, plus adaptées à la transmission du paludisme. 

L’Afrique de l’Est, en particulier, a ainsi connu une hausse alarmante des cas de paludisme, avec un impact particulièrement marqué dans les régions montagneuses où les conditions climatiques ont changé. Les données recueillies montrent que le changement climatique a entraîné une augmentation moyenne de 0,32 point de pourcentage de la prévalence de cette pathologie dans l’ensemble de la sous-région. Certaines parties des hautes terres éthiopiennes et de la Grande Vallée du Rift, par exemple, enregistrent des hausses significatives, allant de 1 à 2 points de pourcentage, ce qui souligne l’urgence d’une réponse adaptée pour lutter contre cette menace croissante pour la santé publique. Les implications de ces changements sont vastes, affectant non seulement la santé des populations locales, mais aussi les systèmes de santé et les économies de ces régions vulnérables.

L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale se trouvent à un carrefour crucial, où les défis liés au climat et à la santé publique se mêlent de manière complexe. Dans ces régions, les altitudes supérieures à 1 000 mètres, qui étaient autrefois considérées comme relativement protégées des maladies tropicales, voient désormais une augmentation alarmante de la prévalence du paludisme, avec une hausse moyenne de 0,81 point de pourcentage. Cette tendance inquiétante souligne l’impact direct du changement climatique sur la santé des populations, alors que les conditions environnementales évoluent rapidement. Parallèlement, dans certaines zones basses d’Éthiopie, du Soudan, du Soudan du Sud, d’Érythrée et de Djibouti, on observe des baisses modérées de la maladie, ce qui met en lumière la manière dont le réchauffement climatique affecte différemment les paysages et les écosystèmes, créant des disparités dans la lutte contre le paludisme.

À l’horizon 2050, les prévisions indiquent que l’augmentation des températures continuera d’étendre l’aire de répartition des moustiques porteurs du paludisme, poussant ces vecteurs vers des zones plus fraîches de l’Afrique australe et orientale. Cette expansion pourrait entraîner une augmentation des cas de paludisme d’environ 5 % en moyenne par rapport aux niveaux actuels dans les hautes terres d’Afrique de l’Est, touchant des pays comme le Kenya et l’Éthiopie, mais aussi des régions moins souvent mentionnées comme l’Angola, la Zambie et le nord-est de l’Afrique du Sud. Dans certaines régions côtières de l’Afrique australe, les projections sont encore plus alarmantes, avec des augmentations potentielles de 20 %, ce qui pourrait mettre en péril les efforts de santé publique et exacerber les défis socio-économiques déjà présents. Ce scénario souligne l’urgence d’une réponse coordonnée et proactive pour faire face à ces menaces croissantes, tout en tenant compte des spécificités géographiques et climatiques de chaque région.

Le rapport indique également qu’un scénario inverse est attendu dans certaines des régions les plus chaudes du continent. En effet, certaines parties de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, qui supportent actuellement le bilan le plus élevé de cette maladie dévastatrice, pourraient connaître une baisse significative de la transmission du paludisme. Cela est dû au fait que les températures croissantes, résultant des effets du changement climatique, dépassent la plage optimale pour une transmission rapide de cette maladie. Par conséquent, les prévisions suggèrent que la propagation du paludisme devrait chuter de 4,5 % d’ici 2100 dans des pays comme le Nigeria, le Burkina Faso et le Mali, où la lutte contre cette maladie a déjà été un défi majeur pour les systèmes de santé. Dans certaines parties du Sahel, les conditions climatiques pourraient même devenir trop chaudes pour que les moustiques, vecteurs de la maladie, puissent survivre, ce qui pourrait éliminer potentiellement le paludisme de manière définitive, apportant ainsi un soulagement tant attendu aux populations vulnérables.

D’autre part, les chercheurs ont souligné que l’augmentation projetée de la prévalence du paludisme dans certaines zones d’Afrique subsaharienne n’est pas totalement inévitable. En effet, des mesures proactives et des politiques de santé publique efficaces pourraient jouer un rôle crucial dans la lutte contre cette maladie. Limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius, par exemple, pourrait éviter environ 5 millions de cas supplémentaires de paludisme, ce qui témoigne de l’importance d’agir rapidement et de manière concertée pour atténuer les effets du changement climatique. 

Notons qu’en investissant dans des infrastructures de santé robustes, en améliorant l’accès aux traitements antipaludiques et en renforçant les programmes de prévention, il est possible de réduire l’impact de cette maladie sur les communautés les plus touchées.

Abdoulaye KONÉ 

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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