(CROISSANCE AFRIQUE)-La République démocratique du Congo s’engage résolument dans une initiative ambitieuse visant à établir une banque de développement spécifiquement dédiée aux infrastructures, un projet qui pourrait transformer le paysage économique et social du pays.
Cette proposition a été mise en avant lors du Conseil des ministres qui s’est tenu le vendredi 11 septembre, où John Banza, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, a exposé les grandes lignes de cette vision. Dans le cadre de cette initiative, il a suggéré la création d’une task force, une équipe spécialisée qui sera chargée de préparer l’opérationnalisation de cette banque, en veillant à ce que toutes les étapes nécessaires soient soigneusement planifiées et exécutées.
La mission de cette banque sera de transformer les priorités infrastructurelles du pays en projets concrets et réalisables, capables d’attirer des financements à la fois publics et privés sur le long terme. Ce processus impliquera une intervention directe dans la préparation technique, juridique et financière des projets, afin de les rendre bancables et d’optimiser leur attractivité pour les investisseurs et les institutions financières. En d’autres termes, la banque jouera un rôle crucial en facilitant l’accès aux ressources financières nécessaires pour la réalisation d’infrastructures essentielles, telles que les routes, les ponts, et les installations énergétiques, qui sont vitales pour le développement économique du pays.
Lors de cette réunion ministérielle, des détails importants concernant l’architecture financière de la banque, son mode de gouvernance, ainsi que les principes de gestion qui la guideront ont également été présentés. Ces éléments sont fondamentaux pour assurer la transparence et l’efficacité de la banque, garantissant ainsi qu’elle puisse répondre aux besoins pressants en matière d’infrastructures. De plus, les domaines d’intervention de cette future institution ont été discutés, mettant en lumière un premier portefeuille de projets susceptibles d’être financés, qui pourrait inclure des initiatives variées allant de l’amélioration des réseaux de transport à la construction d’infrastructures de santé et d’éducation. Ce projet représente une étape significative vers le renforcement des capacités d’investissement dans le pays et pourrait avoir des répercussions durables sur le bien-être des Congolais.
Le projet se déploie dans un contexte particulièrement préoccupant, où le déficit d’infrastructures constitue un obstacle majeur à l’activité économique en République Démocratique du Congo (RDC). Sur un réseau routier s’étendant sur plus de 152 000 km, il est alarmant de constater qu’environ seulement 2 % de ces routes sont revêtues, rendant ainsi les déplacements difficiles et entravant le commerce et le développement. Dans le domaine de l’électricité, la situation est tout aussi critique, avec un taux d’accès qui frôle à peine les 21 % de la population, laissant une grande majorité des Congolais dans l’obscurité et sans accès à des services énergétiques fiables. En ce qui concerne l’accès à l’eau potable, la situation est préoccupante, puisque seulement environ 35 % de la population congolaise peut bénéficier de services de base, selon les données fournies par la Banque mondiale.
L’ampleur des besoins infrastructurels dans ce pays immense et riche en ressources naturelles donne une première indication du rôle crucial que pourrait jouer la future institution mise en place. Dans le cadre de son Energy Compact, qui s’inscrit dans l’initiative ambitieuse Mission 300, la RDC s’est fixée un objectif ambitieux : porter l’accès à l’électricité à 62 % de la population d’ici 2030, un bond significatif par rapport aux 21,5 % actuels. Pour atteindre cet objectif, le programme prévoit des investissements publics colossaux à hauteur de 16 milliards USD, tout en cherchant à mobiliser 20 milliards USD supplémentaires auprès du secteur privé et d’autres partenaires internationaux.
De plus, le secteur de l’eau présente également des besoins d’une ampleur considérable. La Banque mondiale estime qu’environ 34 % des ménages ont accès à des services d’eau potable, ce qui souligne l’urgence d’une intervention systématique et coordonnée pour améliorer cette situation. La mise en œuvre de projets d’infrastructure dans ces domaines essentiels pourrait transformer la vie quotidienne de millions de Congolais, stimulant ainsi le développement économique et social du pays.
Ces besoins soulignent l’intérêt croissant pour un instrument innovant capable de mobiliser une multitude de sources de financement afin de répondre efficacement à des enjeux variés. En effet, l’idée d’une telle institution résonne avec la vision de John Banza, qui plaide pour que la future banque adopte une approche stratégique en utilisant les capitaux publics comme levier. Cette méthode permettrait non seulement d’attirer des investissements privés, mais également de multiplier l’impact des fonds publics en les rendant attractifs pour des investisseurs privés et institutionnels, créant ainsi un écosystème financier dynamique et durable.
Cependant, la création de cette nouvelle institution soulève un enjeu crucial : il est impératif d’éviter qu’elle ne se transforme en une simple banque publique supplémentaire, ce qui pourrait diluer son efficacité et son objectif initial. John Banza a clairement articulé cette logique, la présentant comme l’un des principes fondamentaux qui devraient guider la conception de cette future institution. Selon ses propos, il est essentiel que celle-ci ne soit pas perçue comme une extension du secteur public, mais plutôt comme un outil novateur capable d’exploiter les ressources publiques de manière stratégique pour attirer des capitaux privés, favorisant ainsi un développement économique inclusif et durable.
La crédibilité de ce modèle ambitieux reposera néanmoins sur la structure financière qui sera adoptée. Une institution dont les ressources seraient principalement alimentées par des dotations de l’État ou par des emprunts garantis par celui-ci pourrait rencontrer des défis significatifs en matière de viabilité et d’autonomie. En effet, une telle dépendance pourrait compromettre sa capacité à fonctionner de manière indépendante et à attirer l’intérêt des investisseurs privés, qui recherchent généralement des opportunités de financement avec un potentiel de rendement élevé et une gestion rigoureuse des risques. Il sera donc crucial de concevoir un cadre financier robuste qui garantisse non seulement la pérennité de l’institution, mais aussi son rôle en tant que catalyseur de l’investissement privé dans des projets d’envergure.
La question de la gouvernance sera donc centrale, revêtant une importance cruciale dans le cadre de ce projet ambitieux. En effet, le projet prévoit déjà la mise en place d’une task force interministérielle et technique, soigneusement placée sous la coordination conjointe des ministères des Finances et des Infrastructures. Cette task force, véritable pilier de l’initiative, aura pour mission essentielle de traduire le projet en un dispositif opérationnel concret. Cela impliquera de préciser, avec minutie, son cadre juridique, son modèle financier ainsi que ses modalités de fonctionnement, afin de garantir une mise en œuvre efficace et transparente.
L’autre enjeu majeur réside dans la capacité de la banque à constituer un portefeuille de projets suffisamment préparés et attrayants pour séduire les investisseurs. Cette fonction de préparation des projets pourrait constituer la principale valeur ajoutée de la future banque, en lui permettant de se démarquer dans un paysage financier compétitif. Pour la République Démocratique du Congo (RDC), la question sera donc moins de créer une nouvelle structure financière que de lui donner les moyens adéquats pour remplir cette fonction cruciale.
Notons que le niveau de capitalisation sera un facteur déterminant, tout comme l’indépendance de la gouvernance, qui devra être assurée pour inspirer confiance aux partenaires et investisseurs potentiels. Les critères d’investissement, rigoureux et bien définis, ainsi que la capacité à structurer des projets bancables, joueront également un rôle clé dans l’aptitude de cette institution à attirer des financements privés. Pour rappel, le succès du projet dépendra donc d’une approche stratégique et réfléchie, visant à établir une banque solide, capable de répondre aux défis économiques et d’accompagner le développement durable du pays.
Abdoulaye KONÉ

