Olam Agri vise à augmenter sa part de marché dans le secteur des aliments pour animaux au Nigeria

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Nigeria, l’agroindustriel singapourien Olam Agri a franchi une étape significative en se lançant dans la nutrition des ruminants, un secteur crucial pour l’agriculture et l’économie locale. Dans un communiqué publié le 11 septembre dernier, l’entreprise a fièrement annoncé la mise sur le marché de Tru-Value, sa première gamme d’aliments spécifiquement conçus pour les bovins. 

Cette initiative représente non seulement une diversification de ses activités, mais aussi un engagement envers le développement durable et la sécurité alimentaire dans la région. Cette nouvelle offre marque une évolution stratégique de son activité Integrated Feed & Protein (IFP), qui était jusqu’alors principalement concentrée sur la volaille et l’aquaculture.

 Lancement dans l’État de Kaduna, cette gamme comprend trois produits distincts, chacun répondant à des besoins spécifiques : un aliment destiné à l’engraissement des bovins, un autre pour leur finition, et un troisième visant à améliorer la production laitière. Cette approche ciblée témoigne de la volonté d’Olam Agri de répondre aux exigences variées des éleveurs et d’optimiser la productivité des élevages.

Il est également important de souligner qu’Olam Agri, dans le pays le plus peuplé d’Afrique, revendique l’exploitation de deux installations de production dans l’État de Kwara. Ces installations disposent d’une capacité de production impressionnante, atteignant 800 000 tonnes d’aliments pour volailles et plus de 150 000 tonnes d’aliments pour poissons par an. Cela illustre non seulement la taille de l’opération, mais aussi l’importance stratégique de l’entreprise dans le paysage agroalimentaire nigérian.

La question qui se pose alors est : pourquoi maintenant ? L’entrée d’Olam sur le segment des aliments pour ruminants intervient à un moment où la demande pour des solutions nutritionnelles de qualité pour le bétail est en pleine expansion, en raison de la croissance démographique rapide et de l’urbanisation croissante au Nigeria. Cette dynamique crée une pression accrue sur les ressources alimentaires et souligne la nécessité d’innovations dans le secteur de l’agriculture. Olam Agri, avec son expertise et ses ressources, se positionne ainsi comme un acteur clé pour répondre à ces défis tout en contribuant à la durabilité et à la prospérité des agriculteurs locaux.

Cette ambition de renforcer la sécurité alimentaire et d’améliorer l’élevage au Nigeria se heurte toutefois à un déficit déjà alarmant de ressources alimentaires. Le Plan directeur de l’élevage du Nigeria pour la période 2026-2040, soigneusement élaboré par le ministère fédéral du Développement de l’élevage en collaboration avec l’International Livestock Research Institute (ILRI), a été adopté en avril 2026. Ce plan stratégique estime que le pays dispose chaque année d’environ 194,7 millions de tonnes de matière sèche, alors que les besoins nationaux sont évalués à un niveau beaucoup plus élevé, à savoir 212,4 millions de tonnes.

Ce déséquilibre met en lumière un déficit de 8,33 % des besoins alimentaires du pays, un chiffre qui soulève des inquiétudes quant à la capacité du Nigeria à nourrir sa population croissante. Cependant, le problème ne se limite pas seulement aux volumes de biomasse disponibles. Le document souligne également qu’une part significative de cette biomasse présente une faible teneur en énergie métabolisable, ce qui réduit considérablement sa valeur nutritionnelle pour les animaux d’élevage. Cela pose un défi supplémentaire, car même si la quantité semble suffisante, la qualité des ressources alimentaires est tout aussi cruciale pour assurer une alimentation adéquate et saine des animaux.

La situation devient encore plus préoccupante dans la zone agroécologique de savane sèche, qui concentre à elle seule 53 % du cheptel de ruminants du pays, répartis à travers 13 États, dont Sokoto, Kebbi, Zamfara et Katsina. Cette région, déjà vulnérable, affiche un déficit alarmant de 44,7 millions de tonnes, ce qui exacerbe la crise alimentaire et met en péril les moyens de subsistance des éleveurs locaux. Les défis liés à l’élevage dans cette zone sont exacerbés par des facteurs tels que le changement climatique, la dégradation des terres et la pression démographique, rendant la mise en œuvre de solutions durables et efficaces d’autant plus urgente.

Cette contrainte intervient alors même que le cheptel devrait continuer à progresser, ce qui soulève des enjeux cruciaux pour l’avenir de l’élevage. Selon les projections du Plan directeur, le nombre de bovins devrait atteindre 75 millions de têtes en 2040, contre environ 61 millions durant l’année de référence, soit une hausse d’environ 22 %. Cette augmentation significative du cheptel bovin est révélatrice d’une dynamique de croissance qui pourrait transformer le paysage agricole. De plus, les populations de moutons et de chèvres devraient également connaître une expansion notable, avec des prévisions d’augmentation respectives de près de 59 % et 42 %, pour atteindre 110 millions et 199 millions de têtes à l’horizon 2040. 

Cette évolution du cheptel, bien que prometteuse, devrait également contribuer à accroître les besoins en alimentation animale, un aspect qui ne peut être négligé, surtout dans un contexte où l’offre actuelle reste déficitaire. En effet, la demande croissante pour des produits d’origine animale pourrait mettre une pression supplémentaire sur les ressources alimentaires disponibles, rendant nécessaire une planification stratégique. Pour Olam Agri, cette situation représente un débouché potentiel à une activité qu’il peut développer en s’appuyant sur ses infrastructures robustes, son réseau de distribution bien établi et son accès privilégié aux matières premières. L’entreprise pourrait ainsi jouer un rôle clé dans la réponse à cette demande croissante, tout en contribuant à la durabilité du secteur agricole dans son ensemble.

L’enjeu sera toutefois de convertir ce déficit alimentaire en une demande croissante pour des aliments industriels, ce qui représente un défi majeur pour l’agriculture et l’élevage au Nigeria. En effet, une large partie de l’élevage nigérian reste encore fortement dépendante des pâturages naturels et des ressources fourragères locales, ce qui limite la capacité des éleveurs à répondre à la demande croissante de produits alimentaires. L’adoption de produits commerciaux, tels que les aliments industriels, dépendra non seulement de leur prix compétitif et de leur disponibilité sur le marché, mais également des gains de productivité significatifs qu’ils permettent d’obtenir. Les éleveurs devront évaluer soigneusement ces facteurs avant de faire le saut vers des solutions plus industrielles.

Pour Olam Agri, le lancement de Tru-Value constitue ainsi une première incursion stratégique dans un segment de marché qui est appelé à prendre de l’importance avec l’augmentation continue du cheptel et la modernisation nécessaire de l’élevage. 

Notons que cette initiative pourrait non seulement répondre à la demande croissante en produits alimentaires de qualité, mais également stimuler l’économie locale en offrant aux éleveurs des solutions innovantes et efficaces pour améliorer leur production. En intégrant des pratiques modernes et des produits adaptés, Olam Agri pourrait jouer un rôle clé dans la transformation du secteur agricole nigérian, tout en contribuant à la sécurité alimentaire du pays.

Korotoumou Sylla 

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