(CROISSANCE AFRIQUE)-En Afrique, un total impressionnant de 61 opérateurs de télécommunications a franchi le cap en lançant des services commerciaux de 5G sur 37 marchés différents du continent, une avancée significative qui a été enregistrée à la fin mai 2026.
Cependant, il est important de noter que cette nouvelle génération de réseaux de téléphonie mobile en Afrique en est encore à ses balbutiements, se trouvant à un stade précoce de développement, comme le souligne un rapport publié en juillet dernier par GSMA Intelligence, la branche de recherche et de conseil de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA). Ce rapport, intitulé « 5G in Africa 2026 : Market status, trends and outlook », met en lumière le fait que ces chiffres témoignent d’une évolution marquante : la 5G en Afrique a désormais dépassé le stade de la simple validation de principe, évoluant de la phase des essais isolés vers un déploiement commercial concret et opérationnel.
Actuellement, la 5G ne représente qu’environ 5 % des quelque 1,5 milliard de connexions mobiles sur le continent africain, un chiffre qui contraste fortement avec la moyenne mondiale de 33 %. Ce faible pourcentage souligne les défis que le continent doit encore surmonter pour rattraper son retard en matière de connectivité avancée. Toutefois, les perspectives d’avenir sont prometteuses : d’ici la fin de l’année 2026, on prévoit qu’il y aura un peu moins de 100 millions de connexions 5G en Afrique. Ce chiffre est appelé à croître de manière exponentielle, atteignant 382 millions d’ici 2030, ce qui représenterait environ 21 % du nombre total de connexions mobiles sur le continent. Cette dynamique de croissance pourrait transformer radicalement le paysage numérique africain, ouvrant la voie à de nouvelles opportunités économiques et à une amélioration significative des services numériques pour les populations.
À ce même horizon, la 5G, avec ses promesses de vitesse fulgurante et de connectivité omniprésente, représentera cependant plus de 80 % des connexions dans plusieurs pays avancés, notamment la Chine, qui continue de se positionner comme un leader technologique mondial, ainsi que dans les marchés développés de la région Asie-Pacifique, où l’innovation est au cœur des stratégies économiques. Les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui investissent massivement dans les infrastructures numériques, et les États-Unis, avec leur écosystème technologique dynamique, sont également en première ligne de cette révolution numérique.
La majorité des réseaux 5G déjà déployés sur le continent sont non-Standalone, une technologie de réseau mobile hybride qui associe des antennes 5G à un cœur de réseau 4G existant, permettant ainsi une transition progressive vers des vitesses de connexion plus élevées tout en capitalisant sur les infrastructures déjà en place. Cependant, la 5G autonome, qui représente le véritable potentiel de cette technologie en fonctionnant entièrement de manière indépendante des infrastructures 4G grâce à l’utilisation d’un cœur de réseau 5G dédié, est encore à ses débuts. Actuellement, moins de 5 opérateurs ont lancé ou annoncé des projets concrets dans ce domaine, ce qui souligne les défis persistants.
Les contraintes structurelles, notamment les coûts élevés de déploiement qui pèsent sur les opérateurs, un réseau de raccordement par fibre optique limité qui entrave la capacité de transmission de données, et les difficultés liées à l’allocation du spectre, font de la 5G autonome une perspective à plus long terme pour l’Afrique. Dans ce contexte, il est crucial de développer des stratégies adaptées pour surmonter ces obstacles et tirer parti des avantages que la 5G peut offrir, tant sur le plan économique que social, afin de ne pas se laisser distancer par les pays déjà en avance dans cette course technologique.
La couverture 5G varie considérablement à travers l’Afrique, un continent riche en diversité économique et technologique. En mai 2026, la République de Maurice et l’Afrique du Sud se distinguaient en affichant une couverture démographique en 5G de plus de 50 %, témoignant d’une avancée significative dans l’adoption de cette technologie. Cependant, dans la majorité des pays africains, la couverture 5G demeure fortement concentrée dans les grands centres économiques urbains, tels que Johannesburg, Nairobi et Lagos, ainsi que dans des secteurs industriels spécifiques, où la demande pour des services de communication avancés est la plus forte.
À travers le continent, les opérateurs mobiles adoptent une approche de déploiement ciblée, guidée par des cas d’utilisation précis, plutôt que de viser une couverture grand public vaste et nationale. Cette stratégie est le reflet de plusieurs défis, notamment des contraintes économiques, des lacunes en matière d’infrastructure et un pouvoir d’achat limité parmi la population. Les investissements sont donc concentrés sur des sites géographiques stratégiques et des applications à forte valeur ajoutée.
Parmi ces applications, la 5G FWA (Fixed Wireless Access, ou accès sans fil fixe 5G) émerge comme une alternative prometteuse à la fibre optique, particulièrement pour les ménages à revenus élevés, les petites et moyennes entreprises (PME) et les zones mal desservies. Ce modèle de déploiement permet de fournir des services Internet à haut débit dans des régions où l’infrastructure traditionnelle est insuffisante, tout en maximisant le retour sur investissement pour les opérateurs. Ainsi, la dynamique de la couverture 5G en Afrique illustre non seulement les défis à surmonter, mais aussi les opportunités qui se présentent dans un paysage technologique en pleine évolution.
En concentrant les déploiements là où la demande et le potentiel de chiffre d’affaires sont les plus forts, les opérateurs de télécommunications peuvent non seulement maximiser le revenu moyen par utilisateur (ARPU), mais également soutenir des cas d’utilisation spécifiques liés à la transformation numérique, tels que l’Internet des objets (IoT) et les services de cloud computing. Cette stratégie permet de préserver leur capital en évitant les coûts élevés associés à une densification généralisée du réseau, qui pourrait s’avérer économiquement insoutenable dans un marché de plus en plus compétitif.
Au-delà des grands centres urbains, la poursuite de l’extension de la couverture dépendra de la rentabilité du déploiement des réseaux dans les zones à plus faible densité, où les investissements doivent être soigneusement évalués. Pour limiter leurs dépenses tout en répondant aux besoins croissants des utilisateurs, les opérateurs exploitent de plus en plus des modèles de partage d’infrastructures, y compris le partage de tours et de réseaux actifs, ce qui leur permet de mutualiser les coûts et d’accélérer le déploiement. Des développements récents mettent en évidence cette tendance, illustrant une évolution significative dans la manière dont les entreprises collaborent pour optimiser leurs ressources. À titre d’exemple, Maroc Telecom et Inwi ont créé des coentreprises en mars 2025, visant à couvrir à la fois les infrastructures de tours et de fibre optique. Ces initiatives ambitieuses incluent des plans pour déployer 3 000 nouvelles tours d’ici 2028 et 6 000 d’ici 2033, ce qui témoigne d’une volonté de répondre aux besoins croissants de connectivité tout en assurant une gestion efficace des ressources dans un contexte économique exigeant.
L’adoption de la 5G, une technologie révolutionnaire qui promet de transformer notre manière de communiquer et d’interagir avec le monde numérique, sera stimulée par l’extension continue du réseau à travers les régions, ainsi que par des efforts ciblés visant à améliorer l’accessibilité financière des appareils. Ces efforts incluent des réductions de taxes sur les équipements technologiques et des initiatives de financement d’appareils, permettant ainsi à un plus grand nombre de consommateurs d’accéder à cette technologie de pointe. En parallèle, la migration en cours depuis des générations antérieures de réseaux mobiles, comme la 3G et la 4G, devrait également soutenir l’adoption de la 5G. En effet, certains consommateurs, attirés par les promesses de vitesse et de connectivité améliorées, pourraient zapper complètement la 4G pour passer directement à la 5G, ce qui témoigne d’une impatience croissante pour des solutions plus avancées.
Cependant, le prix moyen d’un smartphone 5G d’entrée de gamme en Afrique, qui reste supérieur à 100 $, représente un obstacle majeur. Ce montant dépasse le salaire minimum mensuel sur de nombreux marchés, rendant ainsi le renouvellement du matériel inabordable pour le grand public, ce qui pourrait freiner l’adoption généralisée de cette technologie. En conséquence, l’attention devrait se porter de plus en plus sur les segments de la 5G FWA (Fixed Wireless Access) et des entreprises. Ces segments offrent de plus en plus d’opportunités pour créer de la valeur et générer un impact significatif sur l’économie numérique.
À l’échelle continentale, les connexions 5G FWA devraient passer d’environ 1 million en 2026 à 3,5 millions en 2030, illustrant ainsi un potentiel de croissance exponentielle qui pourrait transformer le paysage technologique en Afrique. Cette évolution spectaculaire ne se limite pas simplement à une augmentation des chiffres, mais elle représente une véritable révolution dans la manière dont les populations interagissent avec la technologie. Les zones rurales, souvent laissées pour compte dans le développement numérique, pourraient enfin bénéficier d’un accès à Internet haut débit, ouvrant la voie à de nouvelles opportunités économiques, éducatives et sociales. Ce rapport met en lumière non seulement les défis à relever, tels que l’infrastructure nécessaire et les investissements initiaux, mais aussi les perspectives prometteuses qui s’offrent à nous dans cette ère de connectivité avancée. En effet, des initiatives innovantes pourraient émerger, allant de l’agriculture intelligente à l’éducation à distance, permettant ainsi de combler le fossé numérique qui persiste sur le continent.
Pour les opérateurs, une monétisation efficace de la 5G est également essentielle pour renforcer la rentabilité des investissements réalisés et soutenir la poursuite de l’extension de la couverture et de la capacité. Cela implique non seulement de développer des modèles économiques durables, mais aussi de s’engager dans des partenariats stratégiques avec des entreprises technologiques et des gouvernements. En intégrant des solutions adaptées aux besoins locaux, les opérateurs peuvent maximiser leur impact tout en garantissant un retour sur investissement. La 5G ne se contente pas de promettre une vitesse de connexion accrue, elle offre également la possibilité de créer des écosystèmes numériques robustes qui favorisent l’innovation et la croissance économique, transformant ainsi le paysage technologique en Afrique pour les années à venir.
Moussa KONÉ

