(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Bénin, le secteur économique a connu une dynamique impressionnante en 2024, avec une accélération de sa croissance qui a atteint un taux estimé à 7,5%, en nette augmentation par rapport aux 6,4% enregistrés en 2023.
Cette embellie économique, selon les analyses de la Banque centrale des Etats de l’Afrique (Bceao), a été principalement soutenue par une production agricole florissante, qui a bénéficié de conditions climatiques favorables et d’initiatives gouvernementales visant à moderniser les techniques agricoles.
Parallèlement, les performances des industries manufacturières, du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), ainsi que du commerce, ont également joué un rôle crucial dans cette dynamique de croissance. Les investissements dans les infrastructures et la diversification des produits manufacturés ont permis de stimuler l’activité économique, créant ainsi des emplois et renforçant le tissu économique local.
Cependant, cette progression de l’activité économique n’a pas suffi à rétablir l’équilibre des échanges extérieurs du pays. En effet, le solde global de la balance des paiements du Bénin a affiché un déficit préoccupant de 245,7 milliards de francs Cfa en 2024, soulignant les défis persistants auxquels le pays est confronté dans ses relations commerciales internationales. Ce déficit est le reflet d’importations élevées, notamment en biens de consommation et en matières premières, qui continuent de peser sur les finances publiques et sur la stabilité économique globale.
En ce qui concerne le déficit courant, une lueur d’espoir se dessine, car il s’est atténué, se chiffrant à 806,5 milliards de francs Cfa, contre 975,8 milliards de francs Cfa en 2023. Cette amélioration notable s’explique principalement par la réduction du déficit commercial, qui a été favorisée par une augmentation des exportations agricoles et des produits manufacturés, ainsi que par une progression des entrées nettes de ressources au titre des revenus secondaires, tels que les transferts d’argent des Béninois vivant à l’étranger.
Cette évolution positive intervient malgré les défis économiques mondiaux et les fluctuations des marchés, témoignant d’une résilience croissante de l’économie béninoise face aux adversités.Les services pèsent lourdement sur les comptes extérieurs, créant une dynamique économique complexe et préoccupante. À l’inverse, le déficit des services nets s’est creusé de manière significative, affichant une augmentation de 5,7%, pour atteindre un total alarmant de 697,7 milliards de francs CFA. Cette hausse, qui représente une augmentation de 37,6 milliards de francs CFA par rapport à l’année précédente, soulève des interrogations sur la viabilité des finances extérieures du pays.
Cette dégradation des comptes est particulièrement liée à l’augmentation des importations de services spécialisés, qui incluent des conseils en gestion, des travaux de construction, ainsi que des services financiers. Ces dépenses, bien qu’elles soient nécessaires pour soutenir les besoins croissants de l’économie, sont également révélatrices des investissements en cours dans divers projets d’envergure. Ces projets, qui visent à moderniser les infrastructures et à stimuler la croissance économique, entraînent des coûts élevés qui pèsent sur les finances publiques.
Parallèlement, le déficit du revenu primaire a également connu une accentuation notable, atteignant 127,1 milliards de francs CFA, en hausse par rapport à un déficit de 109,5 milliards un an auparavant. Cette évolution inquiétante est en grande partie attribuée à la progression de 3,7% des paiements d’intérêts sur la dette extérieure, un fardeau qui ne cesse de croître, ainsi qu’à une hausse spectaculaire de 60,5% des versements de dividendes aux investisseurs étrangers. Ces chiffres mettent en lumière la pression exercée sur les ressources financières du pays, alors que les flux de capitaux sortants augmentent de manière disproportionnée par rapport aux entrées.
En revanche, le compte du revenu secondaire a enregistré un excédent de 176 milliards de francs CFA, en hausse par rapport aux 157 milliards de francs CFA de l’année précédente. Cet excédent, bien qu’encourageant, doit être mis en perspective avec les autres déficits, car il indique que, malgré les défis, certaines sources de revenus continuent de contribuer positivement à l’économie. Les flux de transferts, souvent liés aux envois de fonds des expatriés, jouent un rôle crucial dans cette dynamique, apportant une bouffée d’air frais dans un contexte économique autrement tendu.
En 2024, le Bénin a enregistré un besoin de financement considérable s’élevant à 713,1 milliards de francs CFA, une situation qui souligne les défis économiques auxquels le pays est confronté dans un contexte mondial en constante évolution. Ce besoin de financement, bien qu’en partie atténué par diverses opérations financières, révèle la complexité des échanges du Bénin avec l’extérieur, illustrant la nécessité d’une gestion financière rigoureuse et d’une stratégie de développement durable. Le compte financier du pays présente ainsi un passif net de 465,3 milliards de francs CFA, ce qui indique une pression accrue sur les ressources financières.
Parallèlement, la Position extérieure globale (PEG) du Bénin met en lumière une tendance préoccupante : le passif net a connu une augmentation significative, passant de 5 248,4 milliards de francs CFA au 31 décembre 2023 à 5 930,1 milliards de francs CFA en 2024. Cette hausse souligne les déséquilibres persistants dans la balance des paiements et la nécessité d’une attention accrue aux flux financiers internationaux.
Notons que les variations nettes liées aux autres changements d’actifs et de passifs, quant à elles, se chiffrent à 2,5 milliards de francs CFA. Cette situation est principalement influencée par les fluctuations des taux de change qui impactent l’encours de la dette extérieure, ainsi que par les droits de tirage spéciaux, qui sont des instruments financiers cruciaux pour les pays en développement. Ces éléments combinés soulignent l’importance d’une approche proactive pour stabiliser l’économie et renforcer la résilience financière du Bénin face aux défis globaux.
Mariam KONE

