A Djibouti, les autorités ont élaborent une stratégie d’intelligence artificielle

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(CROISSANCE AFRIQUE)-L’intelligence artificielle s’ajoute désormais aux chantiers de transformation numérique de l’administration djiboutienne, marquant une étape significative dans l’évolution technologique du pays. 

Le jeudi 3 septembre, lors d’une conférence dédiée, Djibouti a présenté avec fierté les grandes orientations de sa première Stratégie nationale d’intelligence artificielle (SNIA) pour la période 2026-2030. Cette initiative ambitieuse vise à positionner l’intelligence artificielle comme un levier essentiel pour améliorer les services publics, dynamiser l’économie et stimuler l’innovation à tous les niveaux de la société.

La stratégie se décline en six priorités majeures qui reflètent une vision holistique et intégrée : la gouvernance des données et de l’IA, la cybersécurité, la formation des ressources humaines, la recherche scientifique, l’innovation technologique et l’inclusion sociale. Le gouvernement djiboutien entend ainsi encadrer les usages de cette technologie émergente, en veillant à développer des compétences locales adaptées aux spécificités du marché du travail et aux besoins de la population. Parallèlement, il souhaite encourager la création d’applications innovantes qui répondent directement aux défis rencontrés par le pays, qu’il s’agisse de la gestion des ressources naturelles ou de l’amélioration des services de santé.

Un aspect crucial de cette stratégie est la question de l’accès à l’intelligence artificielle, qui doit être équitable et inclusif. Des réflexions approfondies sont en cours sur l’utilisation de l’IA dans des secteurs clés tels que la santé, où elle pourrait révolutionner les diagnostics et les traitements, l’éducation, en personnalisant les parcours d’apprentissage, et les services publics, en rendant les démarches administratives plus efficaces et accessibles. Ainsi, Djibouti se positionne comme un acteur proactif dans le paysage numérique africain, déterminé à tirer parti des avancées technologiques pour bâtir un avenir meilleur pour ses citoyens.

Cette orientation intervient alors que Djibouti, dans un élan ambitieux, poursuit plus largement la transformation numérique de son administration, un processus essentiel pour moderniser ses services publics et améliorer l’efficacité gouvernementale. Lors du Conseil des ministres du 1er septembre 2026, le président Ismaïl Omar Guelleh a mis en avant des initiatives clés telles que la dématérialisation des procédures administratives, la numérisation des services publics et l’interopérabilité des systèmes, considérées comme des leviers cruciaux pour la modernisation de l’État. Ces mesures visent à rendre l’administration plus accessible et réactive aux besoins des citoyens, tout en favorisant une gestion plus transparente et efficace des ressources publiques.

Plusieurs initiatives ont déjà commencé à poser les premières bases de cet écosystème numérique. Par exemple, l’Université de Djibouti a ouvert en septembre 2025 un Master en « Intelligence artificielle et modélisation des données », un programme novateur qui se concentre sur des domaines clés tels que l’apprentissage automatique, les données massives et le traitement automatique des langues. Ce diplôme vise à former des experts capables de naviguer dans le monde complexe des technologies numériques et de contribuer à l’essor de l’intelligence artificielle dans le pays. De plus, une nouvelle étape est attendue avec l’ouverture annoncée de l’École 42 en janvier 2027, qui proposera des formations innovantes dans les technologies numériques, y compris l’intelligence artificielle, préparant ainsi une nouvelle génération de professionnels hautement qualifiés.

Cependant, malgré ces avancées prometteuses, le rapport d’évaluation de la préparation de Djibouti à l’intelligence artificielle indique que le niveau de préparation demeure encore « émergent ». Cela souligne la nécessité de continuer à investir dans les infrastructures numériques, la formation des ressources humaines et l’élaboration de politiques publiques adaptées pour garantir que le pays puisse tirer pleinement parti des opportunités offertes par la révolution numérique. L’engagement du gouvernement et des institutions éducatives est essentiel pour surmonter les défis et assurer une transition réussie vers une administration moderne et numérique, capable de répondre aux attentes croissantes des citoyens et de stimuler le développement économique.

Le rapport évalue cinq dimensions essentielles qui sont cruciales pour comprendre le développement et l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans le contexte de Djibouti : le cadre juridique et réglementaire, les aspects sociaux et culturels, les capacités scientifiques et éducatives, l’environnement économique, ainsi que les infrastructures et capacités techniques. Chacune de ces dimensions joue un rôle fondamental dans la manière dont un pays peut adopter et bénéficier des avancées technologiques. Sur ces différents volets, le niveau de maturité du pays est jugé globalement moyen à moyen-faible, ce qui soulève des préoccupations quant à sa capacité à tirer pleinement parti des opportunités offertes par l’IA. La principale faiblesse identifiée concerne notamment l’encadrement spécifique de l’IA, un domaine qui nécessite une attention particulière pour garantir une utilisation éthique et efficace de ces technologies. Bien que Djibouti dispose déjà d’un cadre pour la protection des données à travers son Code du numérique, il est préoccupant de constater qu’aucune législation dédiée à l’intelligence artificielle n’était encore en place au moment du diagnostic, laissant un vide juridique qui pourrait freiner l’innovation et l’adoption de l’IA.

Le contraste est encore plus marqué du côté des infrastructures numériques. Selon les données reprises dans le diagnostic, Djibouti affiche un indice de développement des technologies de l’information de 61,6, ce qui est nettement supérieur à son niveau de préparation à l’IA, évalué à environ 24,5 sur 100. Cette disparité met en lumière un paradoxe : bien que le pays ait investi dans des infrastructures numériques, il semble peiner à aligner ces avancées avec les exigences spécifiques de l’intelligence artificielle. Sa position géographique stratégique, qui lui donne notamment accès à plusieurs câbles sous-marins internationaux, pourrait être un atout considérable pour renforcer ses capacités en matière de connectivité et d’échange d’informations. Cependant, pour que Djibouti puisse pleinement capitaliser sur ces infrastructures, il sera essentiel de développer des politiques et des réglementations adaptées qui favorisent l’innovation dans le domaine de l’IA, tout en garantissant la protection des données et des droits des citoyens.

Le pays ne part toutefois pas de zéro en matière d’applications, car il bénéficie déjà d’une base solide d’initiatives technologiques. Dans le secteur portuaire, par exemple, le Djibouti Ports Community System, qui optimise la gestion des opérations portuaires, et le projet Corridor Vision AI, qui utilise l’intelligence artificielle pour améliorer l’efficacité logistique, constituent des exemples marquants d’utilisation émergente de l’intelligence artificielle dans la logistique. Ces projets illustrent non seulement l’engagement du pays envers l’innovation, mais aussi son potentiel à devenir un hub logistique incontournable dans la région. Par ailleurs, le diagnostic met également en lumière les travaux de chercheurs djiboutiens qui se consacrent au traitement de la langue somalie. Ces recherches sont cruciales, car elles visent à développer des outils linguistiques adaptés au contexte local, permettant ainsi une meilleure intégration des technologies numériques dans la vie quotidienne des citoyens.

La question linguistique occupe d’ailleurs une place particulière dans la Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle (SNIA). Le développement d’outils capables de fonctionner en somali, en afar et en arabe est présenté comme un moyen essentiel de rapprocher l’IA des citoyens, tout en limitant les risques d’une nouvelle fracture numérique qui pourrait marginaliser certaines populations. La présentation, durant le forum, du Journal officiel électronique en ces trois langues illustre cette volonté d’adapter les services numériques aux réalités du pays. Ce projet ambitieux vise à garantir que tous les citoyens, indépendamment de leur langue maternelle, aient accès à l’information et aux services gouvernementaux, renforçant ainsi l’inclusion et l’équité dans l’accès aux technologies. En somme, ces initiatives témoignent d’une vision proactive pour un avenir numérique qui respecte et valorise la diversité linguistique et culturelle de Djibouti.

Daouda Bakary KONÉ 

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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