(CROISSANCE AFRIQUE)-En Zimbabwe, le gouvernement a pris un tournant décisif en s’engageant sur la voie d’un redressement économique rapide, un développement significatif après une longue crise économique qui a frappé le pays suite à la réforme agraire controversée lancée dans les années 2000 par l’ex-président Robert Mugabe.
Cette évaluation a été formulée par la banque d’investissement américaine Citigroup dans une note publiée le mardi 25 août. Le Zimbabwe, situé en Afrique australe, a été le théâtre d’une hyperinflation astronomique, accompagnée d’effondrements monétaires qui ont poussé les autorités à imprimer de l’argent de manière effrénée, créant ainsi une situation économique chaotique.
Cependant, selon David Cowan, économiste en chef pour l’Afrique chez Citigroup, le pays commence à rompre avec son passé tumultueux alors que des signes de redressement économique se manifestent. Dans sa communication adressée aux clients du groupe, M. Cowan souligne que ce changement positif pourrait être entravé par la réputation persistante du Zimbabwe en tant qu’État « paria », mis au ban de la communauté des investisseurs.
Cette perception négative pourrait dissuader les investisseurs potentiels de reconnaître pleinement la transformation en cours, qui se déroule sous l’égide du Fonds monétaire international (FMI). Cowan met en lumière le fait que, malgré les efforts déployés pour améliorer la situation économique, les perceptions et les préjugés ancrés pourraient continuer à peser lourdement sur l’image du pays sur la scène internationale.
D’après les projections de Citigroup, l’inflation annuelle, qui s’est élevée à un impressionnant 736 % en 2024, devrait connaître une chute significative pour atteindre 8 % cette année, marquant ainsi un tournant crucial dans la dynamique économique du pays. Parallèlement, le déficit budgétaire, qui représentait 6,7 % du PIB en 2023, est également sur la voie d’un retour à l’équilibre, ce qui pourrait signaler une stabilisation des finances publiques après des années de turbulences.
Depuis le début de l’année, l’inflation s’est établie en moyenne à 4 %, et en août, elle a ralenti à 2,9 %, atteignant son plus bas niveau à un chiffre depuis 1980, ce qui témoigne d’une amélioration notable de la situation économique. Ce ralentissement de l’inflation pourrait offrir aux consommateurs un certain répit, leur permettant de retrouver un pouvoir d’achat plus stable, après des périodes de hausse des prix vertigineuse.
Le redressement de l’économie zimbabwéenne a été favorisé essentiellement par plusieurs facteurs clés. La hausse des cours de l’or, dont le Zimbabwe est un important producteur, a joué un rôle déterminant dans le renforcement des recettes d’exportation. De plus, l’augmentation de la production de lithium, un minéral stratégique dans le cadre de la transition énergétique mondiale, a également contribué à diversifier l’économie.
L’introduction d’une monnaie adossée à l’or depuis 2024 a permis de restaurer la confiance dans le système monétaire, tandis que la fin de la création monétaire pour financer le budget de l’État a été une mesure cruciale pour éviter l’hyperinflation. Enfin, l’impact d’un programme de suivi par les services du FMI, connu sous le nom de Staff-Monitored Programme (SMP), d’une durée de dix mois, a permis d’instaurer des réformes économiques nécessaires et de renforcer la discipline budgétaire, contribuant ainsi à la stabilisation de l’économie nationale. Ces éléments combinés dessinent un tableau d’espoir pour l’avenir économique du Zimbabwe, alors que le pays tente de se relever des défis passés.
Non assorti d’un financement, ce programme ambitieux permet au Fonds Monétaire International (FMI) d’évaluer en profondeur la capacité d’un pays à mettre en œuvre un programme de réformes économiques cruciales. Pour la capitale zimbabwéenne, Harare, cette évaluation représente une étape indispensable et préliminaire avant toute négociation sur le règlement de ses arriérés extérieurs, ainsi que sur la restructuration de sa dette, un enjeu majeur pour la stabilité économique du pays. Lors de la première revue de ce programme, l’institution financière internationale a communiqué en juillet dernier que « tous les objectifs quantitatifs ont été atteints », ce qui est un signe positif pour les autorités zimbabwéennes. Ces objectifs incluent des indicateurs clés tels que le solde budgétaire primaire, les réserves internationales officielles nettes, ainsi que les crédits de la Banque centrale au secteur public non financier. De plus, les nouveaux emprunts extérieurs non concessionnels et la croissance de la base monétaire de la monnaie adossée à l’or, le Zimbabwe Gold (Zig), ont également été atteints, témoignant d’une gestion rigoureuse et d’une volonté de redressement économique.
Début août, dans un tournant significatif pour la politique économique du Zimbabwe, le gouvernement zimbabwéen a annoncé que la France et le Royaume-Uni avaient accepté de co-présider le nouveau Groupe consultatif sur la dette (Debt Consultative Group-DCG). Ce groupe a pour mission d’aider le pays à restructurer sa dette, un processus qui s’annonce complexe mais essentiel pour restaurer la confiance des investisseurs et relancer la croissance économique.
Notons que ces discussions au sein de ce groupe devraient aborder des questions cruciales telles que la viabilité de la dette, les mécanismes de remboursement, et les stratégies de développement à long terme, tout en tenant compte des réalités économiques et sociales du Zimbabwe.
Pour rappel , cette initiative pourrait marquer un tournant dans la manière dont le pays gère ses engagements financiers et ouvre la voie à une coopération internationale renforcée pour soutenir son redressement économique.
Mariam KONE

