Afrique: -le marché des énergies renouvelables du continent devrait croître en moyenne de 15,62 % par an jusqu’en 2031

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(CROISSANCE AFRIQUE)-En Afrique, le marché des énergies renouvelables du continent est en pleine expansion, avec des prévisions indiquant qu’il devrait passer de 86,95 gigawatts (GW) en 2026 à un impressionnant 179,66 GW d’ici 2031.

Cette croissance remarquable se traduit par un taux de croissance annuel moyen de 15,62 %, selon un rapport détaillé publié le mardi 11 août par le cabinet de recherche et de conseil Mordor Intelligence. Ce rapport, intitulé « Africa Renewable Energy Market Size & Share Analysis – Growth Trends and Forecast 2026-2031 », met en lumière les dynamiques qui propulsent cette évolution significative du marché. Parmi les principaux moteurs de cette croissance projetée, on trouve la baisse continue des coûts associés à la technologie photovoltaïque, qui rend l’énergie solaire plus accessible et compétitive.

De plus, la multiplication des programmes de mini-réseaux, soutenus par des financements concessionnels provenant d’institutions de financement du développement (IFD), joue un rôle crucial en facilitant l’accès à l’énergie dans les zones rurales et isolées. L’émergence de pôles d’exportation d’hydrogène vert représente également une opportunité prometteuse, positionnant l’Afrique comme un acteur clé sur le marché mondial de l’énergie renouvelable. 

En ce qui concerne la répartition par technologie, l’hydroélectricité a dominé le marché des énergies renouvelables en Afrique, représentant 62,25 % de la capacité installée en 2025. Cependant, c’est le secteur solaire qui devrait connaître la croissance la plus rapide, avec un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 27,84 % prévu entre 2026 et 2031. Cette dynamique est alimentée par des délais de construction de projets de plus en plus courts et par l’innovation technologique qui permet de maximiser l’efficacité des installations solaires. Aussi, le paysage énergétique africain est en pleine transformation, avec des investissements croissants et une volonté politique affirmée de développer des solutions énergétiques durables, qui non seulement répondent aux besoins locaux, mais contribuent également à la lutte contre le changement climatique à l’échelle mondiale.

Les prix des modules solaires ont connu une chute spectaculaire, atteignant seulement 0,12 $ par watt au début de l’année 2026. Cette baisse des prix est survenue dans un contexte de surproduction mondiale de polysilicium, un matériau clé dans la fabrication de panneaux solaires, tandis que la demande restait atone, ne parvenant pas à suivre le rythme de l’offre croissante. Cette situation a eu des répercussions significatives sur le marché de l’énergie renouvelable, notamment lors du 7e round d’appel d’offres en Afrique du Sud, qui a abouti à l’attribution impressionnante de 2,6 GW de capacité à un prix moyen de 0,025 dollar par kWh. Ce chiffre représente une réduction incroyable de 60 % par rapport au premier appel d’offres lancé il y a dix ans, marquant ainsi une avancée notable dans l’accessibilité financière des projets d’énergie solaire dans la région.

Dans le même temps, un nombre croissant d’institutions de financement du développement (IFD) se mobilisent pour ouvrir le robinet des financements abordables, visant à soutenir des projets d’énergies vertes d’envergure. Ces initiatives visent à constituer un solide pipeline d’actifs hors réseau, qui sont devenus essentiels pour répondre aux besoins énergétiques croissants des populations non desservies. L’initiative « Mission 300 », soutenue par la Banque mondiale, illustre cet engagement, avec un objectif ambitieux d’investir 35 milliards USD pour raccorder 300 millions d’Africains supplémentaires à l’électricité d’ici 2030. Ce projet se concentre sur le déploiement de mini-réseaux solaires et de systèmes domestiques, offrant ainsi une solution durable et accessible pour des millions de personnes qui n’ont pas encore accès à l’électricité, tout en contribuant à la transition énergétique du continent.

Le déploiement du programme DARES (Distributed Access through Renewable Energy Scale-up) au Nigeria en 2025 représente une avancée significative dans le domaine de l’énergie renouvelable. En finançant 90 000 systèmes d’énergie renouvelable et en établissant 9 mini-réseaux, ce programme a permis de réduire les coûts d’électricité en milieu rural, passant de 0,80 $ à seulement 0,35 $ par kWh. Cette baisse des prix est cruciale pour les communautés rurales qui dépendent souvent de sources d’énergie coûteuses et peu fiables. Les garanties concessionnelles de première perte jouent un rôle clé en réduisant les coûts du capital mixte, rendant ainsi l’investissement dans ces infrastructures plus attractif. Parallèlement, les tarifs indexés sur l’inflation offrent une protection essentielle aux rendements des investisseurs, en particulier dans le cadre des 1 200 mini-réseaux qui ont été mis en service au Kenya, garantissant ainsi la viabilité économique de ces projets à long terme.

D’autre part, plusieurs pays africains, en particulier ceux du nord du continent, s’engagent activement dans la mise en place de corridors d’hydrogène vert, visant à approvisionner des acheteurs européens en quête de solutions énergétiques durables. Le Maroc, en particulier, a franchi une étape majeure en validant un plan d’investissement colossal de 32,5 milliards USD, destiné à déployer des mégaprojets d’énergies renouvelables. Ce plan ambitieux inclut des complexes stratégiques tels que Noor Midelt et l’Atlantique, qui, ensemble, devraient atteindre une capacité combinée impressionnante de 10 GW. Cette initiative historique ne se limite pas seulement à la production d’énergie, mais vise également à propulser le royaume comme un leader régional dans le domaine de l’hydrogène vert, renforçant ainsi sa position sur la scène énergétique mondiale et contribuant à la transition énergétique nécessaire face aux défis climatiques actuels. En investissant dans ces technologies, le Maroc aspire à devenir un modèle pour d’autres nations africaines, tout en répondant à la demande croissante d’énergie propre en Europe.

Les deux autres moteurs essentiels qui propulsent la croissance du marché africain des énergies renouvelables sont, d’une part, l’accélération du pipeline de projets éoliens à grande échelle en Afrique du Sud, un pays qui s’affirme comme un leader dans ce domaine avec un potentiel impressionnant de 48 GW déjà en développement. Cette dynamique est soutenue par des investissements croissants et une volonté politique forte de diversifier les sources d’énergie, ce qui ouvre la voie à une transition énergétique significative. D’autre part, on observe une hausse notable des contrats d’achat d’électricité par les entreprises minières, qui jouent un rôle crucial dans la demande d’énergie renouvelable. Ces contrats se multiplient non seulement en Afrique du Sud, mais également au Ghana, en Zambie et en République démocratique du Congo, où les entreprises cherchent à réduire leur empreinte carbone tout en assurant une fourniture d’énergie fiable et durable.

Cependant, le rapport souligne que plusieurs freins subsistent, entravant un développement plus rapide des énergies renouvelables sur le continent. Parmi ces obstacles, le risque d’écrêtement se distingue comme un problème majeur. Ce phénomène, qui consiste en une réduction volontaire de la production d’électricité en dessous de la capacité maximale que les installations éoliennes ou les panneaux solaires pourraient générer à un moment donné, est souvent adopté par les exploitants de projets. Ce recours à l’écrêtement se produit lorsque la production d’énergie dépasse la capacité d’accueil ou de transport des lignes électriques locales, ce qui entraîne des pertes économiques et une inefficacité dans l’utilisation des ressources renouvelables. La gestion de cette situation complexe est cruciale pour garantir que l’Afrique puisse pleinement exploiter son potentiel en matière d’énergies renouvelables et réaliser une transition énergétique efficace et durable. 

En 2024, la société publique sud-africaine a par exemple écrêté 4 363 gigawattheures (GWh) d’énergies renouvelables, une décision qui illustre les défis croissants auxquels sont confrontés les producteurs d’énergie dans un contexte de transition énergétique. Cette situation n’est pas isolée, car l’opérateur du réseau kenyan a également restreint la production du lac Turkana pendant 18 % des heures en 2025, un coup dur pour un projet qui avait été salué pour son potentiel à transformer le paysage énergétique du pays. Pendant ce temps, l’Égypte a déconnecté certaines sections du parc de Benban pendant 200 heures en 2024, une mesure qui a suscité des inquiétudes quant à la fiabilité de l’approvisionnement en électricité dans une région où la demande continue d’augmenter. Ces réductions forcées de la production d’électricité ne sont pas sans conséquences, car elles font baisser les facteurs de capacité des projets en dessous des hypothèses de référence bancaire, déclenchant souvent des renégociations de prêts qui peuvent mettre en péril la viabilité financière de ces initiatives.

L’autre frein majeur concerne les limitations de la convertibilité des devises pour les producteurs d’électricité indépendants, un obstacle qui complique encore davantage leur opération. Le kwacha zambien a chuté de 40 % durant les années 2024 et 2025, érodant les revenus tarifaires des deux grands parcs solaires photovoltaïques développés dans le cadre du programme « Scaling Solar ». Cette dévaluation a non seulement impacté les bénéfices des investisseurs, mais a également soulevé des questions sur la durabilité des projets d’énergie renouvelable dans un environnement économique instable. Parallèlement, l’Éthiopie a plafonné les transferts en devises étrangères à 50 % des bénéfices trimestriels en 2025, une mesure qui contraint les entreprises à naviguer dans un paysage financier de plus en plus restrictif. Ces défis économiques et réglementaires mettent en lumière la nécessité d’une approche plus intégrée et soutenue pour favoriser le développement des énergies renouvelables en Afrique, un continent riche en ressources mais souvent entravé par des politiques économiques et des fluctuations monétaires imprévisibles.

Le rapport met en lumière une dynamique fascinante au sein du marché des énergies renouvelables, qui se caractérise par une concentration modérée, mais néanmoins significative. Les développeurs issus des pays du Golfe, notamment ACWA Power et Masdar, se sont imposés comme des acteurs majeurs dans les appels d’offres multi-GW en Égypte, au Maroc et en Afrique du Sud. 

Ces entreprises exploitent non seulement un capital bon marché, mais également des relations diplomatiques solides, leur permettant d’offrir des tarifs remarquablement bas, inférieurs à 0,03 $ par kWh. Cette stratégie leur confère un avantage compétitif considérable dans un secteur en pleine expansion.

Parallèlement, les grands groupes européens d’ingénierie, tels que TotalEnergies, Enel Green Power et ENGIE, se distinguent par leur capacité à développer des solutions hybrides combinant solaire et stockage. Ces innovations sont particulièrement adaptées aux réseaux fragiles que l’on trouve au Kenya, au Nigeria et au Ghana, où l’intermittence de l’approvisionnement énergétique pose des défis significatifs. En intégrant des systèmes de stockage, ces entreprises contribuent à stabiliser l’approvisionnement en électricité, rendant ainsi l’énergie renouvelable plus accessible et fiable pour les populations locales.

De plus, les entreprises d’origine chinoise, telles que JinkoSolar, Canadian Solar et First Solar, jouent un rôle crucial dans l’approvisionnement en équipements photovoltaïques pour le continent africain. En 2025, elles ont été responsables de 65 % des expéditions d’équipements photovoltaïques vers l’Afrique, une performance impressionnante qui témoigne de leur stratégie efficace. En associant des conditions de paiement prolongées à l’assemblage local, ces entreprises facilitent non seulement l’accès à la technologie solaire, mais contribuent également au développement de l’industrie locale, créant ainsi des emplois et stimulant l’économie régionale. 

Cette synergie entre les acteurs locaux et internationaux est essentielle pour propulser l’Afrique vers une transition énergétique durable et résiliente, un objectif qui revêt une importance cruciale dans le contexte actuel de changement climatique et de recherche de solutions énergétiques innovantes. En effet, la collaboration entre ces différents acteurs permet de combiner les expertises et les ressources, favorisant ainsi le développement de projets d’énergie renouvelable adaptés aux besoins spécifiques des pays africains. Les groupes Scatec et Mainstream Renewable Power, par exemple, conservent des participations en capital dans leurs projets, ce qui leur permet de capter les flux de trésorerie opérationnels générés par ces initiatives. Cette approche contrastée met en lumière leur stratégie de long terme, qui vise à assurer une rentabilité durable tout en soutenant le développement local. En revanche, leurs concurrents adoptent souvent un modèle « construire et transférer », qui, bien que rapide, peut parfois manquer de l’engagement nécessaire pour garantir la pérennité des infrastructures énergétiques. 

Notons que la dynamique entre ces modèles d’affaires souligne l’importance d’une vision intégrée et collaborative pour réaliser une transition énergétique qui soit non seulement efficace, mais également équitable et bénéfique pour toutes les parties prenantes impliquées.

Korotoumou Sylla 

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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