Par Croissanceafrique
L’ancien président malien, le général Moussa Traoré est décédé mardi 15 septembre, a appris croissanceafrique auprès de sa famille. Né le 25 septembre 1936, il avait pris le pouvoir en 1968 avant d’être renversé en mars 1991. Condamné à mort, il avait été gracié en 2002 par l’ancien président Alpha Oumar Konaré. Il était, ces dernières années, très écouté de la classe politique malienne.
Le parcours d’un homme d’Etat
Issu
d’une famille malinké, il est le fils d’un ancien soldat de l’armée française.
Il s’y engage en 1954. Il fait ses études à l’École des enfants de troupe de Kati
(qui deviendra le Prytanée militaire de Kati) puis rejoint
l’école d’officiers de Fréjus en France en 1960. Il en sort major de sa promotion.
Moussa
Traoré est nommé sous-lieutenant en 1961, puis lieutenant en 1963. Il part au Tanganyika
(l’actuelle Tanzanie)
en qualité d’instructeur auprès des combattants de mouvements de libération. Il
est ensuite nommé instructeur à l’École militaire interarmes de Kati.
Le 19
novembre
1968,
Moussa Traoré participe au coup d’État qui
renverse le président socialiste Modibo Keïta. Il devient président du
Comité militaire de libération nationale, puis président de la République le 19
septembre
1969.
Toutes les activités politiques sont alors interdites. Un régime
policier est mis en place sous la direction du colonel Tiécoro Bagayoko. Des agents de renseignements
vont dans les écoles pour écouter les cours des professeurs (le milieu scolaire
et universitaire est en majorité hostile au régime militaire). Le socialisme
économique de l’ancien président Modibo Keïta est abandonné.
En 1971,
il accuse son Premier ministre Yoro Diakité
de tentative de coup d’état et le fait incarcérer à la prison de Taoudeni
où il meurt deux ans plus tard de mauvais traitement. En 1972-1973, une sécheresse
importante s’abat sur le Mali. L’aide internationale arrive mais l’argent est
détourné.
Le 2 juin
1974, il
fait adopter par référendum (99 % des voix) une constitution qui fonde la
Seconde République, imposant un parti unique, une assemblée nationale et un
président élu tous les 5 ans au suffrage universel. En 1976, il fonde l’Union démocratique du peuple malien
(UDPM), parti unique , ainsi que l’Union
nationale des femmes du Mali et l’Union
nationale des jeunes du Mali, organisations auxquelles
respectivement toutes les femmes et tous les jeunes doivent alors adhérer.
Le 16
mai
1977,
l’ancien président Modibo Keïta meurt de façon suspecte en
détention à l’âge de 62 ans, entraînant une forte mobilisation
populaire : des milliers de personnes se rendent à ses obsèques,
auxquelles participent également des délégations officielles de pays voisins
(notamment Guinée
et Côte d’Ivoire). Le régime militaire réagit
violemment en procédant à de nombreuses arrestations, mais Moussa Traoré est
obligé d’expliquer à Radio-Mali les raisons de la mort de Modibo Keita, due
selon lui à « un œdème aigu des poumons »,
mais ces explications ne convainquent personne.
Le 28
février
1978,
Moussa Traoré fait arrêter Tiécoro Bagayoko et Kissima
Doukara, respectivement directeur de la Sûreté nationale et ministre
de la Défense, qu’il accuse de préparer un complot. Lors des premières élections de la seconde
république en 1979, Moussa Traoré est l’unique candidat à la présidentielle.
Il propose d’aller vers une ouverture politique ce qui lui permet
d’acquérir le soutien de certains intellectuels comme Alpha Oumar Konaré qui acceptera le poste de
ministre des Arts et de la Culture pendant quelques années. En 1980, des manifestations étudiantes sont réprimées. Leur chef Abdoul Karim Camara, dit « Cabral »,
décède sous la torture, le 17
mars 1980.
En 1982,
il est promu général d’armée. En 1990 sont fondés le Congrès national d’initiative
démocratique (CNID) par l’avocat Mountaga Tall
et l’Alliance pour
la démocratie au Mali (ADEMA) par Abdramane Baba. Ces deux
associations vont avec l’Association des élèves et étudiants du
Mali (AEEM) et l’Association malienne des droits de
l’homme (AMDH) combattre le régime de Moussa Traoré et exiger le multipartisme.
Le 22
mars
1991,
une manifestation à Bamako composée de milliers d’étudiants est réprimée par
les armes, faisant une centaine de morts. Le 26
mars
1991, un
coup d’État militaire mené par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré renverse Moussa Traoré.
Le Comité de transition pour le salut du
peuple est mis en place avec le colonel Touré à sa tête.
Moussa Traoré est emprisonné à la prison de Markala. En février
1993, lors d’un procès qualifié de Nuremberg malien, il est
condamné à la peine de mort pour crimes de sang commis entre janvier et mars
1991 par un tribunal de Bamako. Il est incarcéré ainsi que tous les
membres de sa famille, dont son petit-fils de 6 ans qui a purgé une peine de 14
mois. Il est le premier chef d’État africain à devoir répondre de ses actes
devant la justice de son pays. Ayant été condamné à mort, ainsi que son épouse
Mariam, Moussa Traoré est déchu de ses droits civiques, et ne peut donc pas
voter. Il considère cependant avoir été condamné pour des crimes qu’il n’a pas
commis, et avoir été la victime d’un complot politique. Pour lui, le massacre
du 26
mars 1991 a été orchestré par l’opposition politique et les socialistes français qui auraient fait
venir des mercenaires au Mali afin de le déstabiliser.
Le président Alpha Oumar Konaré commue sa peine en prison à vie le 21 septembre 1999 puis, en mai 2002, le gracie. En revanche, il doit dorénavant répondre de « crimes économiques », pour lesquels il est aujourd’hui condamné. Il est accusé d’avoir détourné pendant son règne plus de 2 milliards de dollars d’argent public.
Le Mouvement patriotique pour le
renouveau (MPR) est un parti politique malien qui se réclame de
Moussa Traoré.
Cheick Modibo Diarra, ancien Premier ministre du Mali, est marié avec sa fille. Moussa Traoré vivait depuis sa libération dans une grande villa du quartier Djikoroni-Para à Bamako offerte par le gouvernement malien, il vient de tirer sa révérence ce mardi 15 septembre 2020 à l’âge de 84. Dors en paix mon général. Ainsi va la vie. Merci pour le service rendu à la nation Malienne.