RESERVE AURIFERE D’AFRIQUE DE L’OUEST : le Mali occupe la deuxième place avec 800 tonnes, selon les données officielles

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Entre les réserves ou les ressources minières identifiées et le potentiel géologique, les classements aurifères de l’Afrique de l’Ouest présentent des variations notables selon les sources consultées. L’enjeu ne réside pas simplement dans la proclamation d’un rang, mais plutôt dans la compréhension de ce qui est économiquement exploitable et de ce qui nécessite encore des confirmations par le biais de l’exploration.

La Guinée, par exemple, est souvent citée comme la deuxième réserve aurifère d’Afrique de l’Ouest. Cette affirmation a été mise en avant la semaine dernière par le président de la République, Mamadi Doumbouya, lors d’une rencontre significative avec les acteurs locaux du secteur de l’or, où il a souligné l’importance de l’exploitation responsable et durable de ces ressources. En dehors du Ghana, qui occupe la première place incontestée dans ce domaine, établir un classement précis des pays ouest-africains dotés des plus grandes réserves d’or s’avère être un défi complexe. Les disparités dans les données, les méthodes d’évaluation et les critères de classification rendent cette tâche ardue, et il est crucial de prendre en compte les évolutions récentes des explorations minières, ainsi que les nouvelles découvertes qui pourraient bouleverser les classements existants.

La première difficulté dans le domaine complexe et souvent opaque de l’exploitation minière réside indéniablement dans le vocabulaire spécifique utilisé. Dans ce secteur, le terme « réserve » ne se limite pas à une simple quantification de l’or, qu’il soit réel ou estimé, présent dans le sous-sol. Au contraire, il désigne généralement la portion d’un gisement qui peut être exploitée de manière économiquement viable. Cette évaluation repose sur une multitude de facteurs, notamment des études techniques approfondies, l’analyse des coûts d’extraction, les teneurs en or, ainsi que les fluctuations du prix de l’or sur le marché. Il est crucial de ne pas confondre cette classification avec celle des « ressources », qui est plus large et peut inclure de l’or qui a été identifié mais qui n’a pas encore été converti en réserves exploitables. Cette distinction est fondamentale pour les investisseurs et les professionnels du secteur, car elle influence les décisions stratégiques et les prévisions économiques.

À cette nuance sémantique s’ajoute un problème de sources d’information. En effet, tous les pays ne publient pas leurs réserves d’or, et certains ne mènent même pas les travaux d’exploration nécessaires pour en connaître l’ampleur exacte. Cela crée un paysage d’incertitude où les chiffres peuvent varier considérablement. Certaines données proviennent d’institutions publiques internationales, qui tentent de standardiser les informations, tandis que d’autres s’appuient sur des archives coloniales, souvent incomplètes ou biaisées. De plus, les sociétés minières elles-mêmes peuvent fournir des chiffres qui reflètent leurs propres intérêts commerciaux, ajoutant ainsi une couche de complexité à l’analyse. Dans des régions qui sont relativement sous-explorées, où l’accès aux informations peut être limité et où le prix de l’or fluctue, ces disparités dans les données peuvent avoir des conséquences significatives sur les décisions d’investissement et la planification stratégique des projets miniers.

Le Ghana, leader incontesté

Le Ghana se distingue comme un exemple emblématique dans le paysage minier africain, notamment en ce qui concerne ses réserves d’or. Selon les données fournies par l’US Geological Survey, le pays possède des réserves aurifères impressionnantes, estimées à 1 000 tonnes, ce qui lui confère le titre de premier pays d’Afrique de l’Ouest en matière de ressources aurifères. Cette position stratégique est renforcée par un socle industriel ancien, qui a permis le développement de mines majeures, exploitées par des entreprises de renom telles que Newmont, Gold Fields, AngloGold Ashanti, Perseus Mining et Asante Gold. Ces acteurs jouent un rôle crucial dans l’économie ghanéenne, contribuant non seulement à l’emploi local, mais aussi à l’exportation de l’or, qui représente une part significative des revenus du pays.

La position du Ghana sur la scène minière se reflète également dans sa production d’or. En tant que premier producteur d’or en Afrique, le pays bénéficie d’une dynamique à la fois grâce à ses mines industrielles et à l’orpaillage artisanal, qui, bien que traditionnel, a vu une part croissante de ses activités intégrée dans des circuits officiels. Cette évolution témoigne d’une volonté de régulariser et de formaliser l’industrie, permettant ainsi de mieux contrôler les ressources et d’augmenter les bénéfices pour l’État et les communautés locales. Dans un classement des réserves aurifères en Afrique de l’Ouest, le Ghana se positionne sans équivoque en tête, une place qui ne suscite guère de controverse, tant les chiffres et les faits parlent d’eux-mêmes. Ce statut de leader dans le secteur minier renforce non seulement l’image du Ghana sur le plan international, mais constitue également un levier essentiel pour son développement économique futur.

Mali et Guinée : la bataille du dauphin

Après le Ghana, le classement se complique. Le Mali est longtemps apparue comme le deuxième poids lourd régional. L’US Geological Survey retenait encore 800 tonnes de réserves pour le pays dans une estimation publiée en 2025. Mais les données communiquées en 2024 par le ministère malien des Mines à Reuters indiquaient une baisse des réserves détenues par les compagnies minières, de 881,7 tonnes en 2022 à 731 tonnes en 2024. Même à ce niveau, le Mali reste très bien installé à la deuxième place, d’autant plus que ces chiffres ne tiennent pas compte de réserves éventuelles non identifiées ou de certains projets qui ne sont pas encore des mines. Quant aux données officielles guinéennes, elles évoquent plus de 700 tonnes de réserves d’or, principalement autour des préfectures de Siguiri, Kouroussa, Mandiana, Dinguiraye et Kankan. Ce chiffre place théoriquement le pays au contact du Mali, mais la prudence reste nécessaire. La Guinée dispose de mines industrielles importantes, comme Siguiri d’AngloGold Ashanti, et de projets majeurs en développement, comme Bankan de Predictive Discovery. Le pays fait par ailleurs l’objet d’un intérêt croissant des investisseurs miniers, dont les travaux d’exploration pourraient contribuer à affiner l’estimation du potentiel aurifère national. Pendant ce temps, l’exploration a ralenti ces dernières années au Mali, dans un contexte de tensions avec les compagnies sur les règles de partage de la rente minière.

Côte d’Ivoire en progression, Burkina Faso difficile à évaluer

La Côte d’Ivoire monte rapidement dans la hiérarchie des producteurs ouest-africains d’or. Les données publiques ivoiriennes estiment les réserves d’or à 600 tonnes, ce qui place théoriquement le pays derrière ses voisins malien et guinéen. La Côte d’Ivoire affiche cependant une vague de découvertes majeures, avec plusieurs gisements disposant des ressources minérales supérieures à 100 tonnes d’or, comme Koné, Boundiali ou Doropo. Outre la capacité de ces actifs à soutenir une hausse de la production, ils peuvent entrainer à terme une révision des réserves du pays.

Le Burkina Faso pose un autre problème. C’est l’un des grands producteurs d’or de la région, avec une production nationale annoncée à plus de 94 tonnes en 2025, mais les données publiques homogènes sur ses réserves nationales sont moins lisibles. Dans des données de l’USGS datant de 2025, la production burkinabè est indiquée, mais la colonne des réserves est marquée comme non disponible. Cela ne veut pas dire que le pays manque d’or. Au contraire, plusieurs compagnies y déclarent des réserves importantes, témoignant d’un potentiel minier significatif qui pourrait transformer l’économie locale. West African Resources, par exemple, indiquait en 2025 détenir 7 millions d’onces d’or, soit environ 218 tonnes, sur ses actifs burkinabè, notamment les sites de Sanbrado, Kiaka et Toega. Ces chiffres impressionnants illustrent non seulement l’importance de l’exploitation minière pour le Burkina Faso, mais aussi la nécessité d’une gestion rigoureuse des ressources. Si le même exercice de déclaration des réserves est possible pour la plupart des mines industrielles en activité au Burkina Faso, le résultat obtenu donnerait toujours une image parcellaire du potentiel aurifère national, car il ne tient pas compte des sites artisanaux, souvent négligés, ni des projets d’exploration qui pourraient révéler des gisements encore inexplorés.

L’affirmation selon laquelle la Guinée abriterait la deuxième plus grande réserve aurifère d’Afrique de l’Ouest rappelle surtout le flou qui entoure encore les statistiques minières sur le continent. Qu’il s’agisse de potentiel géologique ou de production, les classements demeurent fragiles et sujets à des variations, rendant la situation encore plus complexe. Les investisseurs avancent avec prudence, conscients des risques associés à des données parfois incomplètes ou contradictoires. De plus, les gouvernements négocient parfois sans disposer de toutes les informations nécessaires à la prise de décisions éclairées, ce qui peut entraîner des accords désavantageux. Dans ce contexte, il devient crucial de développer des systèmes de collecte de données fiables et transparents, afin de mieux comprendre et valoriser les ressources minérales du continent, tout en garantissant une exploitation durable qui profite réellement aux populations locales.

Daouda Bakary KONE

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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