(CROISSANCE AFRIQUE)-En République Démocratique du Congo, le vendredi 12 juin, lors de la 92ᵉ session du Conseil des ministres, le gouvernement a adopté une version révisée de la Politique nationale de l’énergie (PNE), un moment marquant pour le pays.
Présenté par le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, dont la photo a été largement diffusée dans les médias, ce texte ambitieux vise à établir un cadre stratégique unique qui permettra d’accélérer l’électrification du pays, tout en soutenant la transition énergétique et en renforçant la gouvernance du secteur énergétique.
Selon les déclarations du ministère, cette adoption représente « l’aboutissement d’un processus engagé depuis 2020 », soulignant ainsi l’importance de la planification et de l’engagement à long terme des autorités congolaises dans le domaine de l’énergie. Ce processus a été jalonné de consultations et de réflexions approfondies, impliquant divers acteurs du secteur, afin de s’assurer que la politique révisée répond aux besoins réels de la population et aux défis énergétiques du pays.
Cette nouvelle politique est également alignée sur les réformes sectorielles adoptées en 2025, ainsi que sur les engagements pris dans le cadre du Compact Énergétique National. Elle vise à favoriser un accès plus large à « une énergie moderne, fiable, abordable et durable », ce qui est essentiel pour le développement économique et social de la RDC. En mettant l’accent sur l’électrification, le gouvernement espère non seulement améliorer la qualité de vie des Congolais, mais aussi stimuler la croissance économique en fournissant une base énergétique solide pour les entreprises et les industries. Cette initiative pourrait transformer le paysage énergétique du pays, en offrant des opportunités sans précédent pour les investissements et l’innovation dans le secteur de l’énergie.
La République Démocratique du Congo (RDC) se distingue par un potentiel énergétique colossal, se classant parmi les pays les plus riches en ressources hydroélectriques sur le continent africain. Avec une estimation dépassant les 100 000 mégawatts (MW) de capacité hydroélectrique, la RDC détient environ 13 % du potentiel mondial, une ressource précieuse qui pourrait transformer le paysage énergétique non seulement du pays, mais aussi de la région. Le site emblématique d’Inga, par exemple, est à lui seul capable de générer jusqu’à 40 000 MW, ce qui en fait l’un des projets hydroélectriques les plus prometteurs au monde.
Cependant, malgré cette richesse en ressources naturelles, le pays fait face à un défi majeur : un faible taux d’électrification qui ne dépasse pas 21,5 % à l’échelle nationale. Cette situation alarmante signifie que la majorité de la population n’a toujours pas accès à l’électricité, ce qui entrave le développement économique et social. Actuellement, la Société nationale d’électricité (SNEL) ne parvient à fournir qu’environ 2100 MW, alors que la capacité installée est évaluée à 2800 MW, laissant ainsi un écart significatif entre l’offre et la demande.
Ce déficit énergétique a des répercussions profondes sur le secteur minier, qui est le moteur de l’économie congolaise. Les besoins non satisfaits des opérateurs miniers dépassent les 1500 MW, forçant plusieurs industriels à se tourner vers l’importation d’électricité en provenance de pays voisins tels que la Zambie, la Tanzanie ou la République du Congo. Cette dépendance à l’électricité importée non seulement augmente les coûts d’exploitation, mais expose également les entreprises à des fluctuations de prix et à des incertitudes qui peuvent compromettre leur compétitivité sur le marché international. Dans ce contexte, le développement d’infrastructures énergétiques durables et l’optimisation des ressources hydroélectriques de la RDC apparaissent comme des priorités essentielles pour garantir un avenir énergétique stable et prospère.
Face aux limites du réseau public, les autorités congolaises, conscientes des défis énergétiques qui entravent le développement économique et social du pays, encouragent activement le développement de solutions alternatives et décentralisées. Dans ce contexte, l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) a donné, en février dernier, son feu vert tant attendu au projet ambitieux de CrossBoundary Energy, qui vise la construction d’une centrale solaire d’une capacité impressionnante de 233 MWc. Cette centrale sera associée à des batteries performantes, permettant ainsi de stocker l’énergie produite pour une utilisation optimale. Elle est destinée à alimenter directement le complexe minier de Kamoa-Kakula, situé dans la province riche en ressources du Lualaba, un projet qui pourrait transformer la dynamique énergétique de la région.
Dans cette logique, le programme « ElectriFI RDC », lancé en mai avec l’appui précieux de l’Union européenne et doté d’un financement substantiel de 17,4 millions de dollars, a pour objectif de financer des projets d’énergies renouvelables de petite taille. Ce programme est crucial pour améliorer l’accès à l’électricité dans les zones insuffisamment desservies, où les populations souffrent souvent d’un manque d’infrastructures adéquates. En soutenant des initiatives locales, ce programme pourrait non seulement favoriser l’accès à l’énergie, mais également stimuler l’économie locale en créant des emplois et en encourageant l’entrepreneuriat.
Parallèlement, la capitale, Kinshasa, poursuit des discussions stratégiques avec l’Afrique du Sud autour du projet hydroélectrique Inga 3, qui est destiné à structurer le financement de ce mégaprojet régional. Ce projet, qui pourrait devenir l’un des plus grands barrages hydroélectriques au monde, représente une opportunité unique pour la RDC de renforcer sa capacité de production d’électricité et d’exporter de l’énergie vers les pays voisins.
Notons que la RDC travaille également en étroite collaboration avec l’Angola sur le développement d’une interconnexion électrique, un projet qui vise à établir un réseau énergétique intégré entre les deux nations, facilitant ainsi l’échange d’électricité et contribuant à la stabilité énergétique de la région. Ces initiatives témoignent d’une volonté claire d’innover et de diversifier les sources d’énergie pour répondre aux besoins croissants de la population et soutenir le développement durable du pays.
Abdoulaye KONÉ

