(CROISSANCE AFRIQUE)-En Libye, le Gouvernement d’union nationale (GNU) libyen a récemment fait une annonce marquante, le mardi 15 septembre, concernant ses ambitions énergétiques.
Lors d’un forum international à Bangkok, le ministre libyen du Pétrole et du Gaz, Khalifa Abdulsadek, a exprimé l’objectif ambitieux d’augmenter la production de gaz naturel du pays à 4 milliards de pieds cubes par jour (bcf/j) dans un délai de trois à cinq ans. Cette initiative vise à répondre à la demande intérieure en pleine expansion, qui a considérablement restreint les volumes de gaz disponibles pour l’exportation, un enjeu crucial pour l’économie libyenne.
Khalifa Abdulsadek a souligné que la Libye possède d’énormes opportunités pour atteindre cet objectif, en se basant uniquement sur les ressources déjà découvertes, qu’il s’agisse de gaz naturel ou de gaz associé. Cette déclaration met en lumière non seulement les richesses naturelles du pays, mais aussi la nécessité de les exploiter de manière stratégique pour soutenir la croissance économique et répondre aux besoins croissants de la population.
L’annonce de ce programme d’augmentation de la production de gaz naturel survient à un moment critique, alors que la hausse de la consommation intérieure exerce une pression considérable sur les capacités d’exportation. La Libye, riche en ressources énergétiques, se trouve à un carrefour où elle doit équilibrer les besoins internes avec ses engagements sur le marché international, tout en naviguant dans un paysage politique et économique complexe. Cette initiative pourrait également avoir des répercussions sur les relations commerciales de la Libye avec d’autres pays, notamment ceux qui dépendent de ses exportations de gaz.
En 2025, la Libye a atteint une production impressionnante d’environ 2,47 milliards de pieds cubes de gaz naturel par jour, ce qui se traduit par un volume annuel total colossal de 903 milliards de pieds cubes. Cependant, sur ce volume considérable, environ 633 milliards de pieds cubes ont été consommés localement, ce qui a eu pour effet de restreindre de manière significative la quantité de gaz disponible pour l’exportation. Cette situation souligne l’importance cruciale d’augmenter la production, car cela pourrait permettre d’accroître les volumes destinés à l’exportation, un enjeu vital pour le pays. En effet, le secteur des hydrocarbures joue un rôle central dans l’économie libyenne, représentant environ 60 % du produit intérieur brut (PIB), 90 % des recettes budgétaires et 95 % de la valeur des exportations, comme l’indique la société d’assurance-crédit Coface.
Le 27 juillet dernier, un événement marquant a eu lieu lorsque des manifestants ont fait irruption dans le complexe pétrolier de Mellitah, situé à 100 km à l’ouest de Tripoli. Cette action audacieuse visait à interrompre les exportations de gaz vers l’Italie via le gazoduc Greenstream, en signe de protestation contre les coupures prolongées d’électricité qui touchaient la population. Ce mouvement de contestation a mis en lumière les frustrations croissantes des citoyens face à la situation énergétique du pays. Deux jours plus tard, la National Oil Corporation (NOC) a publié un communiqué pour clarifier les conséquences de ces manifestations sur les exportations, soulignant ainsi la tension entre les besoins locaux en énergie et les engagements internationaux de la Libye en matière d’exportation de gaz naturel. Cette dynamique complexe entre production, consommation et exportation de gaz naturel continue de façonner le paysage économique et social de la Libye, alors que le pays navigue entre les exigences de son développement interne et les pressions du marché international.
Le contrat signé avec Eni prévoit que l’entreprise italienne reçoive du gaz naturel et des condensats extraits des champs de Wafa, dans le désert libyen, et de Bahr Essalam, en mer, en échange de leur développement. La compagnie pétrolière publique libyenne a cependant révélé que l’explosion de la consommation intérieure la poussait à racheter 90 % de la part d’Eni, notamment durant la saison estivale, pour alimenter le marché domestique. En conséquence, les exportations via le gazoduc Greenstream, dont la capacité s’élève à 8 milliards de mètres cubes par an, sont passées de près de 700 millions de pieds cubes par jour en 2015 à environ 100 millions en 2025, d’après des sources médiatiques libyennes.
Par ailleurs, la part de la Libye dans le mix gazier européen a connu une chute significative, tombant à seulement 0,3 % en 2025, un chiffre qui contraste fortement avec les quelque 3 % enregistrés à la fin des années 2000, période où la Libye jouait un rôle plus prépondérant sur le marché énergétique européen. Cette diminution témoigne des défis persistants auxquels le pays est confronté dans le secteur énergétique, exacerbés par des années de conflits internes et d’instabilité politique.
La volonté affichée par l’exécutif libyen d’augmenter la production de gaz naturel s’inscrit dans le cadre d’un plan ambitieux de relance du secteur des hydrocarbures, un secteur qui a été gravement affecté par les troubles politiques et sécuritaires qui ont suivi la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. À ce jour, la Libye, un pays d’Afrique du Nord riche en ressources naturelles, se retrouve avec deux autorités rivales qui compliquent la gestion de ses richesses. D’une part, le Gouvernement d’union nationale (GNU) libyen, basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, et d’autre part, un exécutif parallèle dans l’est du pays, soutenu par le maréchal Khalifa Haftar, qui revendique également une légitimité sur le territoire.
En réponse à cette situation complexe, le gouvernement basé à Tripoli a adopté, début 2025, un plan de développement du secteur des hydrocarbures, qui vise à revitaliser l’industrie et à attirer des investissements étrangers. Ce plan, soutenu par des investissements évalués entre 3 et 4 milliards de dollars, est perçu comme une étape cruciale pour restaurer la confiance des investisseurs et relancer l’économie nationale. Dans ce cadre, le groupe italien Eni a repris, début octobre 2025, des travaux d’exploration et d’exploitation, marquant ainsi un tournant potentiel dans la collaboration entre la Libye et les entreprises internationales, tout en espérant que ces efforts contribueront à stabiliser la production gazière du pays et à renforcer sa position sur le marché européen.
En février dernier, le pays a franchi une étape significative en attribuant plusieurs blocs pétroliers à des compagnies étrangères, une première depuis plus de 17 ans. Cette décision a été prise à l’issue d’un appel d’offres international, marquant ainsi un tournant dans la politique énergétique nationale. Les analystes voient cette initiative comme un signal fort de réouverture aux investissements étrangers, une démarche qui pourrait revitaliser le secteur pétrolier et stimuler l’économie locale. Dans ce contexte, les autorités ont également engagé des consultations stratégiques avec des géants de l’industrie pétrolière, tels qu’ExxonMobil et Chevron. Ces discussions portent non seulement sur le développement de nouveaux blocs, mais aussi sur l’optimisation de certains champs déjà en production, ce qui pourrait augmenter l’efficacité et la rentabilité des opérations.
Notons que cette dynamique pourrait transformer le paysage énergétique du pays, attirant davantage d’investissements et renforçant les partenariats internationaux dans un secteur clé pour l’avenir économique.
Zangouna KONÉ

