(CROISSANCE AFRIQUE)-En Afrique, la coopération bilatérale approfondie entre le Bénin et le Rwanda au cours de la dernière décennie peut aller encore plus loin, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles opportunités et à des partenariats stratégiques. C’est l’un des messages à retenir de la visite du président béninois Romuald Wadagni à Kigali, une rencontre marquée par des discussions fructueuses avec son homologue Paul Kagame.
Ensemble, ils ont appelé leurs administrations respectives à « développer de nouveaux domaines de collaboration et à traduire les priorités communes en résultats concrets », soulignant ainsi l’importance d’une action concertée pour le développement économique et social des deux nations.
Un premier changement d’échelle significatif était survenu en 2017, lorsque les deux pays avaient tenu en septembre leur première Grande Commission mixte. Cet événement historique avait permis de conclure des accords dans des secteurs cruciaux tels que les technologies de l’information, le cadastre, l’environnement et le développement durable, des domaines essentiels pour la modernisation et la croissance des économies respectives. Quelques semaines auparavant, Cotonou avait accordé à RwandAir des droits de septième liberté, une décision audacieuse qui autorise une compagnie aérienne à exploiter des liaisons entre deux pays étrangers sans repasser par son État d’origine, facilitant ainsi les échanges commerciaux et touristiques.
De l’aviation à la modernisation de l’État, RwandAir a rapidement utilisé cette ouverture pour élargir son réseau de destinations, renforçant ainsi les liens entre le Bénin et le Rwanda. En augmentant la fréquence des vols et en diversifiant ses services, la compagnie aérienne a non seulement contribué à dynamiser le secteur du transport aérien, mais a également favorisé les échanges culturels et économiques entre les deux nations. Cette dynamique de coopération pourrait également inciter d’autres secteurs à s’engager dans des initiatives similaires, créant ainsi un écosystème de collaboration qui pourrait bénéficier à l’ensemble de la région. Le potentiel de cette coopération bilatérale semble donc illimité, promettant un avenir prospère pour les deux pays.
Les deux gouvernements, animés par une vision commune de développement et de coopération, ont même signé un protocole d’accord ambitieux visant à établir, à terme, une compagnie aérienne commune, dont le siège serait basé à Cotonou, au Bénin. Cette initiative stratégique revêtait une double ambition. Pour RwandAir, la ville côtière de Cotonou représentait une plateforme idéale, permettant d’accéder plus directement à des marchés florissants d’Afrique de l’Ouest et centrale, tout en facilitant l’expansion de ses opérations. En parallèle, pour le Bénin, ce partenariat était perçu comme une opportunité précieuse pour renforcer la connectivité de son aéroport, tout en soutenant ses propres ambitions de développement dans le secteur du transport aérien, un domaine crucial pour stimuler l’économie locale et attirer davantage de touristes et d’investissements étrangers.
À partir de l’année 2022, les échanges entre les deux nations ont pris une dimension plus institutionnelle, marquant un tournant significatif dans leurs relations bilatérales. Le chef d’état-major béninois s’est rendu à Kigali, la capitale rwandaise, pour engager des discussions approfondies sur des questions de sécurité et de partage d’expérience, soulignant l’importance de la collaboration dans un contexte régional souvent marqué par des défis sécuritaires. Quelques mois plus tard, le directeur général de la Police républicaine du Bénin a effectué une visite au Rwanda, consacrée principalement à la lutte contre le terrorisme, à la formation des forces de sécurité et à l’établissement de mécanismes de coopération efficaces entre les différentes entités de sécurité. Cette même logique de collaboration s’est également étendue à l’administration publique, illustrant un engagement mutuel à renforcer les capacités institutionnelles des deux pays.
En novembre 2023, une délégation conduite par la ministre béninoise du Travail a entrepris un voyage d’étude au Rwanda, où elle a exploré les meilleures pratiques en matière de recrutement et de gestion des ressources humaines. Cette visite visait à tirer des enseignements précieux des réformes mises en œuvre par le Rwanda, un pays reconnu pour ses avancées remarquables dans le domaine de la gouvernance et du développement économique. Les échanges entre les deux nations continuent de se multiplier, témoignant d’une volonté partagée de bâtir un avenir prospère et solidaire, tout en renforçant les liens historiques et culturels qui unissent le Bénin et le Rwanda.
Ces exemples illustrent clairement que Cotonou, dans sa quête de modernisation et d’efficacité, se tourne vers Kigali pour adopter des méthodes déjà éprouvées, qui ont fait leurs preuves dans le cadre de réformes antérieures. Le Rwanda, de son côté, voit une opportunité d’exporter ses compétences et d’impliquer ses opérateurs dans divers projets institutionnels au Bénin, créant ainsi un échange mutuellement bénéfique. La question de la sécurité a également suivi une trajectoire similaire, avec des échanges fructueux entre les responsables militaires et policiers des deux nations en 2022. Ce dialogue a conduit à la formalisation, en 2023, d’un accord de coopération militaire, à un moment où le Bénin est confronté à des menaces croissantes de groupes terroristes dans sa région septentrionale, rendant cette collaboration encore plus cruciale.
Au-delà des initiatives étatiques, un nombre croissant d’entreprises s’engage dans cette dynamique de coopération. La visite de Paul Kagame à Cotonou en avril 2023 a été un moment clé pour élargir cette coopération au domaine économique. Les accords qui ont été signés lors de cette visite ont touché à des secteurs variés tels que l’agriculture, où les techniques rwandaises de culture durable pourraient bénéficier aux agriculteurs béninois, le numérique, avec des initiatives visant à renforcer les infrastructures technologiques, le tourisme, où les deux pays pourraient promouvoir des circuits touristiques conjoints, ainsi que la coopération commerciale et industrielle, favorisant ainsi un échange de biens et de services. De plus, la promotion des investissements a été au cœur des discussions, avec l’Agence de promotion des investissements et des exportations du Bénin (APIEx) collaborant étroitement avec le Rwanda Development Board pour établir un cadre propice à l’investissement. Ces efforts visent à stimuler la croissance économique et à renforcer les liens entre les deux nations, tout en créant des opportunités pour les entreprises locales et rwandaises de prospérer ensemble dans un environnement de plus en plus interconnecté.
L’aviation illustre par ailleurs la complexité et les défis inhérents à l’inscription de certains projets dans la durée, un aspect particulièrement pertinent dans le contexte des ambitions régionales. Le hub de RwandAir à Cotonou, qui a été mis en service avec beaucoup d’espoir et d’enthousiasme, a certes été opérationnel, mais il n’a pas réussi à concrétiser l’ambition initiale d’en faire une plateforme régionale majeure et durable. En effet, en 2025, la fermeture de l’espace aérien congolais aux appareils rwandais, sur fond de tensions politiques croissantes entre Kigali et Kinshasa, a eu des répercussions significatives sur les opérations de RwandAir, contraignant la compagnie à suspendre plusieurs routes cruciales, notamment celles reliant Kigali à Cotonou et Cotonou à Libreville. Cette situation met en lumière la fragilité des projets d’aviation dans un environnement géopolitique instable, où les ambitions de connectivité peuvent rapidement être compromises par des décisions politiques.
Dans ce contexte, la visite de travail de Romuald Wadagni à Kigali prend une dimension stratégique, s’appuyant sur des accords déjà nombreux et des échanges réguliers entre les administrations des deux pays. Cette rencontre ne se limite pas à une simple formalité diplomatique, mais représente une opportunité de renforcer les liens économiques et de coopération. Les discussions porteront sur des réalisations concrètes déjà en cours, mais aussi sur les perspectives d’avenir.
Notons que le prochain indicateur de succès ne sera pas seulement le nombre de nouveaux textes signés, mais surtout leur traduction tangible en projets concrets : investissements d’entreprises, nouvelles activités commerciales, coopération sectorielle ou réactivation de certaines ambitions de connectivité. Pour rappel, ce processus de mise en œuvre est essentiel pour garantir que les accords ne restent pas lettre morte, mais se transforment en actions bénéfiques pour les deux nations et pour l’ensemble de la région.
Moussa KONÉ

