Zimbabwe: les autorités négocient 115 millions USD auprès d’Afreximbank pour soutenir le transport ferroviaire

Date:

(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Zimbabwe, un tournant significatif se dessine dans le secteur ferroviaire, alors que le gouvernement s’engage résolument à renforcer les capacités de sa compagnie ferroviaire publique, la National Railways of Zimbabwe (NRZ), dans le but de soutenir la reprise de son activité minière. 

Dans ce contexte, la NRZ est actuellement en pourparlers avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) pour obtenir un financement substantiel de 115 millions USD. Ce montant est destiné à l’acquisition de 10 locomotives modernes et de 315 wagons, ainsi qu’à la réparation et à la mise à niveau de certaines infrastructures ferroviaires essentielles. Cette annonce a été faite le jeudi 17 septembre par John Mangudya, directeur général de Mutapa Investments, le fonds souverain auquel la NRZ est désormais rattachée, soulignant l’importance stratégique de cette initiative.

Cette opération se profile après plusieurs années de sous-investissement, qui ont considérablement affecté les capacités opérationnelles de la NRZ. En effet, le trafic de marchandises de la compagnie a chuté de manière alarmante, passant de 12 millions de tonnes dans les années 1990 à seulement 2 millions de tonnes en 2025, après avoir atteint un impressionnant record de 18 millions de tonnes en 1998. Cette dégradation du réseau ferroviaire, couplée à un manque de matériel roulant adéquat, a gravement entravé les opérations de l’opérateur, alors même que l’activité minière, moteur de l’économie zimbabwéenne, génère de nouvelles opportunités d’affaires et de croissance. La revitalisation de la NRZ est donc non seulement cruciale pour le secteur ferroviaire, mais également pour l’ensemble de l’économie nationale, qui aspire à retrouver son dynamisme d’antan.

Le lithium illustre parfaitement la complexité et les défis actuels du secteur minier en Afrique. Alors que les producteurs de lithium, conscients de la demande croissante pour ce métal essentiel dans les batteries et les technologies vertes, développent leurs activités avec une ambition renouvelée, la National Railways of Zimbabwe (NRZ) se trouve dans une situation délicate. En effet, cette entreprise historique, qui a connu son apogée dans le passé, ne dispose plus des ressources nécessaires pour garantir un acheminement efficace et fiable des minerais. Une grande partie du lithium extrait est encore transportée par route, ce qui entraîne des coûts supplémentaires et des retards, jusqu’aux ports d’exportation, où il est crucial de répondre à la demande internationale.

Cependant, une lueur d’espoir se profile à l’horizon avec l’initiative de la NRZ de remettre le rail au cœur des opérations d’exportation de lithium. Le 21 juillet 2026, la NRZ a annoncé avec fierté le lancement d’un service d’acheminement de concentré de lithium par rail vers le port de Maputo, au Mozambique, en collaboration avec des opérateurs privés. Ce dispositif innovant associe des acteurs clés tels que le Beitbridge Bulawayo Railway (BBR), une filiale du groupe sud-africain Grindrod, ainsi que l’entreprise logistique zimbabwéenne Silvergill, qui apportent leur expertise pour optimiser la chaîne logistique.

Le parcours de transport représente environ 1 000 km, une distance significative qui témoigne de l’ampleur de l’opération. Ce trajet inclut 180 km entre Gwanda et Beitbridge sur le réseau de BBR, suivi de 300 km jusqu’à la frontière mozambicaine de Chicualacuala sur le réseau de la NRZ, avant de poursuivre sur 522 km jusqu’à Maputo, empruntant la célèbre ligne du Limpopo. Cette nouvelle liaison ferroviaire est d’autant plus pertinente dans le contexte actuel, où le Zimbabwe a su s’imposer comme le premier producteur africain de lithium, consolidant ainsi sa position sur le marché mondial. Le pays, riche en ressources naturelles, est en train de transformer son potentiel en réalité économique, et cette initiative ferroviaire pourrait bien être un tournant décisif pour l’avenir du secteur.

La NRZ, la société nationale des chemins de fer du Zimbabwe, intensifie ses efforts en établissant des collaborations stratégiques avec des entreprises privées, dans le but de remettre en service ses équipements vieillissants. Dans ce cadre, trois locomotives et cent wagons ont été soigneusement réhabilités grâce à un partenariat fructueux avec Zimasco, l’unité zimbabwéenne de ferrochrome appartenant à Sinosteel, illustrant ainsi une synergie entre le secteur public et le secteur privé pour revitaliser le transport ferroviaire. 

Cependant, malgré ces initiatives prometteuses, les 115 millions USD actuellement recherchés ne représentent qu’une fraction des besoins financiers globaux identifiés par la compagnie. John Mangudya, le gouverneur de la Banque du Zimbabwe, a évalué à environ 600 millions USD le montant nécessaire pour moderniser non seulement le matériel roulant, mais également le réseau ferroviaire dans son ensemble. Cette modernisation est cruciale pour assurer la compétitivité et l’efficacité du transport ferroviaire dans le pays.

Parallèlement, le gouvernement zimbabwéen s’engage à réorienter une partie significative du transport lourd vers le rail, une démarche qui s’inscrit dans sa stratégie nationale de développement pour la période 2026-2030. Ce plan ambitieux prévoit la réhabilitation des infrastructures de la NRZ, ainsi que l’instauration de mesures visant à imposer le transport ferroviaire pour certaines marchandises en vrac. Cette réorientation stratégique vise non seulement à moderniser le secteur ferroviaire, mais aussi à réduire la pression croissante exercée par le trafic lourd sur le réseau routier, contribuant ainsi à une meilleure durabilité et à une réduction des coûts d’entretien des routes. 

Ces initiatives témoignent d’une volonté claire de revitaliser le transport ferroviaire au Zimbabwe, tout en répondant aux défis économiques et environnementaux actuels. Dans un contexte où le pays fait face à des difficultés de transport et à des pressions croissantes pour moderniser ses infrastructures, cette démarche représente un tournant significatif. Le Zimbabwe avait déjà exploré une solution de plus grande ampleur, cherchant à transformer son réseau ferroviaire en un atout stratégique pour le développement économique. En 2024, le gouvernement avait engagé des discussions avec China Railway Group autour d’un investissement colossal de 533 millions USD, un projet ambitieux qui englobe non seulement les infrastructures fixes, telles que les voies et les gares, mais aussi le matériel roulant, essentiel pour assurer un service efficace et fiable, ainsi que les équipements de signalisation, qui sont cruciaux pour la sécurité des opérations. Cette collaboration avec un acteur international de premier plan souligne l’importance de l’innovation et de la coopération dans la revitalisation du secteur ferroviaire.

De plus, la compagnie avait également ouvert son réseau aux opérateurs privés, une stratégie visant à accroître l’activité et à stimuler la concurrence, ce qui pourrait conduire à des améliorations significatives en termes de qualité de service et d’efficacité. Le financement actuellement négocié avec Afreximbank s’inscrit donc dans un chantier engagé depuis plusieurs années pour remettre à niveau le réseau, permettant ainsi de répondre aux besoins croissants de transport des marchandises et des passagers.

Notons que ce projet ambitieux pourrait également contribuer à réduire l’empreinte carbone du pays en offrant une alternative plus écologique aux modes de transport routiers, tout en soutenant la croissance économique et en créant des emplois. Pour rappel, ces efforts illustrent une vision à long terme pour le transport ferroviaire au Zimbabwe, visant à le transformer en un pilier de développement durable et d’intégration régionale.

Abdoulaye KONÉ

croissanceafrik
croissanceafrikhttp://croissanceafrique.com
Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager:

Populaires

Lire aussi
RELATIFS

Mali : l’armée donne des détails et des précisions sur les contours du dernier événement intervenu à Dioura 

(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Mali, après une attaque terroriste contre un...

Au Mali, Me Alassane Diop plaide pour « un parquet unique dans le district de Bamako »

UN DISTRICT, UN PARQUET UNIQUE DIRIGÉ PAR UN PROCUREUR...