(CROISSANCE AFRIQUE)-En Afrique, le déficit commercial du continent avec la Chine a connu une aggravation significative de 34,48 % au cours des huit premiers mois de l’année 2026, par rapport à la même période en 2025, atteignant un montant impressionnant de 80,07 milliards de dollars.
Ainsi , ces chiffres, révélés par l’administration générale des douanes chinoises, mettent en lumière les dynamiques complexes des échanges commerciaux entre ces deux régions. Les exportations de l’empire du Milieu vers les pays africains ont enregistré une augmentation remarquable de 25,8 %, s’élevant à 177 milliards USD entre le 1er janvier et le 31 août de l’année en cours, soulignant ainsi l’intérêt croissant de la Chine pour le marché africain.
Parallèlement, les importations chinoises en provenance du continent africain ont atteint 96,93 milliards USD, marquant une hausse de 19 % par rapport aux huit premiers mois de 2025. Cette dynamique des échanges commerciaux sino-africains a culminé à un total impressionnant de 273,94 milliards USD durant cette même période, représentant une augmentation de 23,3 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres illustrent non seulement l’intensification des relations économiques entre la Chine et l’Afrique, mais également les défis que le continent doit relever face à un déficit commercial croissant, qui pourrait avoir des implications profondes sur son développement économique et sa position sur la scène mondiale.
L’envolée du déficit commercial de l’Afrique avec le géant asiatique, la Chine, survient dans un contexte économique complexe et dynamique, marqué par la montée des barrières douanières érigées par les États-Unis et l’Union européenne. Ces mesures protectionnistes, visant à protéger les industries locales, contribuent à une réorientation stratégique des exportations de Pékin, qui se tournent de plus en plus vers des marchés alternatifs comme l’Afrique, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine. Dans ce cadre, la croissance à deux chiffres des importations chinoises en provenance du continent africain témoigne de la vigueur des achats de matières premières, en particulier de minerais précieux et de produits énergétiques essentiels, qui sont cruciaux pour alimenter l’essor industriel de la Chine.
Cependant, il reste difficile d’isoler, sur les huit premiers mois de l’année, l’impact direct de la politique chinoise d’exemption des droits de douane sur les importations en provenance des pays africains avec lesquels Pékin entretient des relations diplomatiques, un total de 53 pays. Cette politique vise à stimuler les échanges commerciaux et à renforcer les liens économiques entre la Chine et l’Afrique. Parallèlement, il est essentiel de considérer l’évolution des prix et des volumes de matières premières sur le marché mondial, qui influencent également les dynamiques commerciales. D’autant plus que l’extension de cette politique aux 20 pays africains non-PMA (pays les moins avancés) n’est pas encore clairement définie, laissant planer des incertitudes sur la manière dont ces nations pourraient bénéficier de la croissance des échanges avec la Chine. Dans ce contexte, l’Afrique se trouve à un carrefour, où les opportunités d’un partenariat renforcé avec la Chine sont contrebalancées par les défis liés à la dépendance économique et aux fluctuations des marchés mondiaux.
De surcroît, l’exemption généralisée des droits de douane accordée par l’empire du Milieu à tous ses partenaires commerciaux africains, à l’exception de l’Eswatini, le dernier bastion de Taïwan sur le continent, intervient dans un contexte économique complexe et stratégique. Cette mesure, qui s’inscrit dans une dynamique d’ouverture commerciale, est d’autant plus significative qu’elle touche 33 pays africains qui bénéficient déjà, depuis le 1er décembre 2024, du traitement tarifaire nul que Pékin a mis en place pour soutenir les pays les moins avancés (PMA). Cela témoigne d’une volonté de la Chine de renforcer ses liens économiques avec l’Afrique, tout en isolant diplomatiquement l’Eswatini, qui demeure fidèle à Taïwan dans un contexte international de plus en plus polarisé.
Le déficit commercial chronique du continent avec la Chine s’explique essentiellement par des déséquilibres structurels persistants, qui sont profondément ancrés dans la nature des produits échangés entre les deux régions. Les exportations africaines vers la Chine, qui restent largement concentrées sur des matières premières et des produits peu transformés, tels que les minerais, les hydrocarbures et certains produits agricoles, illustrent cette dépendance. En revanche, les exportations de « l’usine du monde », c’est-à-dire la Chine, vers le continent africain sont dominées par des produits manufacturés de haute technologie, notamment des machines sophistiquées, des équipements variés, des biens électroniques et des technologies avancées liées aux infrastructures. Ce déséquilibre met en lumière non seulement les défis économiques auxquels l’Afrique est confrontée, mais aussi les opportunités potentielles qui pourraient émerger si les pays africains parvenaient à diversifier leurs exportations et à développer des capacités de transformation locale.
Les traitements tarifaires nuls accordés aux pays africains, bien qu’ils aient été conçus pour réduire les déséquilibres persistants qui caractérisent les relations commerciales entre l’Afrique et le reste du monde, n’ont pas réussi à rectifier le tir de manière significative. En effet, bien que ces droits de douane nuls puissent théoriquement accroître les volumes des biens exportés, ils ne garantissent pas nécessairement une hausse de la valeur ajoutée des exportations africaines. Les experts s’accordent à dire que des mesures plus profondes et plus ciblées sont nécessaires pour s’attaquer aux racines des problèmes structurels qui freinent le développement économique du continent. Parmi ces défis, on trouve la faiblesse des capacités industrielles, le manque de transformation des matières premières sur le sol africain, ainsi que les goulets d’étranglement logistiques qui entravent le commerce intra-africain et international.
Dans un rapport publié récemment, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) a d’ailleurs souligné que le continent ne peut tirer pleinement parti du traitement tarifaire nul offert par la Chine qu’en lançant des réformes ambitieuses visant à lever certains obstacles structurels et opérationnels. Ces réformes doivent inclure le développement de chaînes de valeur régionales dans des secteurs stratégiques tels que l’agro-industrie, les technologies de l’information et de la communication, ainsi que les énergies renouvelables. En investissant dans ces domaines, les pays africains pourraient non seulement augmenter la valeur ajoutée de leurs exportations, mais également renforcer leur résilience économique face aux fluctuations du marché mondial.
Notons que ce processus de transformation est essentiel pour garantir que les avantages des traitements tarifaires nuls se traduisent par un véritable progrès économique et social pour les populations africaines.
Moussa KONÉ

