(CROISSANCE AFRIQUE)-En Afrique, l’Union européenne pourrait voir sa position se fragiliser sur certains marchés africains de la viande de volaille en 2027, une situation qui suscite des inquiétudes parmi les acteurs du secteur.
Cette perspective, qui émerge du dernier rapport du Département américain de l’Agriculture (USDA) consacré au marché européen de la volaille, publié le 14 septembre, met en lumière les défis croissants auxquels l’UE devra faire face dans un contexte de mondialisation des échanges.
Selon les analyses de l’USDA, les exportations européennes de viande de poulet devraient reculer de 1,3 %, atteignant 1,75 million de tonnes en 2027, après une progression de 1,8 % en 2026. Cette inversion de tendance s’expliquerait par une concurrence accrue du Brésil, un pays qui, malgré les restrictions imposées par l’UE, continue de représenter une menace significative sur le marché africain, où la demande de viande de volaille est en plein essor.
En mai 2026, la Commission européenne a pris la décision de retirer le Brésil de la liste des pays autorisés à exporter vers l’UE des produits d’origine animale, y compris la viande de poulet. Cette mesure, qui est entrée en vigueur le 3 septembre 2026, visait à protéger les normes sanitaires et de sécurité alimentaire de l’Union. Cependant, cette décision pourrait paradoxalement renforcer la position du Brésil sur d’autres marchés, notamment en Afrique, où les producteurs brésiliens pourraient rediriger leurs efforts et leurs ressources pour conquérir de nouveaux clients, profitant ainsi de l’absence de l’UE dans ces régions.
Cette dynamique soulève des questions cruciales sur l’avenir des exportations de volaille de l’UE et sur la manière dont les politiques commerciales et sanitaires influencent la compétitivité sur des marchés en pleine expansion. Les acteurs du secteur doivent donc se préparer à naviguer dans un environnement de plus en plus complexe, où les décisions politiques peuvent avoir des répercussions significatives sur les échanges commerciaux internationaux.
La raison avancée par Bruxelles pour justifier ses actions repose sur le respect strict des règles européennes relatives à l’utilisation des antimicrobiens dans l’élevage, un sujet de préoccupation croissante dans le cadre de la sécurité alimentaire et de la santé publique. L’Union européenne, en tant qu’entité régulatrice, a exprimé des inquiétudes quant au fait que le Brésil ne fournissait pas suffisamment de garanties concernant le contrôle rigoureux de l’utilisation de substances antimicrobiennes, qu’elles soient interdites ou non conformes aux exigences strictes établies par l’UE. Cette situation soulève des questions sur la transparence et la traçabilité des pratiques agricoles au Brésil, un pays qui, malgré ses vastes ressources en matière d’élevage, doit naviguer dans un environnement commercial de plus en plus exigeant.
Dans ce contexte, l’USDA (United States Department of Agriculture) a formulé des observations pertinentes, estimant que cette restriction imposée par l’UE pourrait inciter les opérateurs brésiliens à explorer des débouchés sur des marchés qui ont traditionnellement été approvisionnés par l’Union européenne. Cela inclut des pays africains, tels que le Ghana, qui jouent un rôle de plus en plus significatif dans le commerce international des produits agricoles. Le rapport souligne que « l’UE devrait en effet faire face à une concurrence accrue du Brésil, dont la perte du marché européen l’incitera à rechercher des débouchés alternatifs, notamment sur des marchés traditionnellement approvisionnés par l’UE, afin d’écouler les volumes qui ne peuvent plus être destinés au marché européen ». Cette dynamique pourrait transformer le paysage commercial, avec des implications profondes pour les relations commerciales entre l’Europe et l’Afrique.
Sur le continent africain, les pays d’Afrique subsaharienne, notamment le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Nigeria, pourraient bénéficier de cette situation, en devenant des partenaires commerciaux privilégiés pour le Brésil. Ces nations, qui ont déjà des liens historiques et économiques avec le Brésil, pourraient voir une augmentation de l’importation de produits brésiliens, ce qui pourrait également stimuler leur propre développement économique. Le rapport met en lumière l’importance de ces évolutions dans le contexte global du commerce alimentaire et de la sécurité alimentaire, soulignant que les décisions prises à Bruxelles ont des répercussions bien au-delà des frontières européennes, influençant les marchés émergents et les économies en développement.
La perspective d’une concurrence accrue ne part toutefois pas de zéro, car elle s’inscrit dans un contexte où le Brésil a déjà considérablement renforcé sa présence sur le marché africain de la viande de poulet ces dernières années. En 2025, les pays du continent ont importé 1,16 million de tonnes de poulet brésilien, selon les données de l’Association brésilienne des protéines animales (ABPA), marquant ainsi une progression impressionnante de 20,3 % par rapport à l’année précédente. Il s’agit d’un jalon significatif, car c’est la première fois que les achats africains dépassent le seuil du million de tonnes, témoignant d’un intérêt croissant pour les produits avicoles brésiliens. Si l’Afrique du Sud demeure le principal débouché pour ces importations, d’autres marchés émergent également avec force, notamment l’Angola, la Libye, le Ghana, la Guinée et le Congo, qui commencent à jouer un rôle crucial dans cette dynamique.
Notons que cette progression est particulièrement notable sur certains marchés où la volaille européenne est également bien implantée. Le Ghana, la Guinée et le Congo figurent parmi les principaux débouchés africains pour les morceaux de poulet congelés exportés par l’Union européenne, créant ainsi un paysage concurrentiel complexe. La montée en puissance du Brésil pourrait donc accentuer la concurrence sur ces marchés, incitant les producteurs européens à réévaluer leurs stratégies d’exportation et à s’adapter aux nouvelles réalités du marché.
Pour rappel, les consommateurs africains, de plus en plus soucieux de la qualité et du prix, pourraient bénéficier de cette compétition accrue, alors que les acteurs du secteur avicole cherchent à s’imposer dans un environnement en constante évolution.
Abdoulaye KONÉ

