Le Technology Banking Group de Bridge Bank a fourni 7 millions USD de dette de capital-risque à Appcues, un fournisseur de technologie permettant d’identifier les problèmes d’intégration et de fournir des solutions low-code et non techniques pour les résoudre.
L’accord a été mené par Brendan Carr et Michael Walsh, tous deux basés au bureau de Bridge Bank à Boston.
La dette de capital-risque fait suite à un tour de table de série B de 32,1 millions de dollars mené par NewSpring Capital.
Notons que Appcues utilisera ces fonds pour développer son équipe à distance, développer de nouveaux produits et une prise en charge des appareils, et produire des ressources éducatives gratuites pour aider les professionnels du logiciel en tant que service (SaaS) à réussir.
Lightsmith Group (Lightsmith), une société mondiale de capital-investissement durable, a procédé à la clôture finale de Lightsmith Climate Resilience Partners SCSp RAIF (Lightsmith Climate Resilience) avec 186 millions de dollars d’engagements.
Lightsmith affirme que le fonds est le premier fonds de capital-investissement à s’être concentré sur la résilience et l’adaptation au climat, en investissant dans des entreprises technologiques en phase de croissance qui s’attaquent aux effets du changement climatique.
Au sein du Fonds, Lightsmith a réuni des investisseurs de premier plan du monde entier, notamment PNC Insurance Group, The Rockefeller Foundation, Kinneret Group et Caprock Impact Partners, ainsi que le Green Climate Fund (« GCF »), la Banque européenne d’investissement, l’Asie Infrastructure Investment Bank, KfW pour le compte du ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), Nordic Development Fund, le gouvernement luxembourgeois et d’autres investisseurs.
Les deux associés fondateurs de Lightsmith, Jay Koh et Sanjay Wagle, ont chacun plus de 20 ans d’expérience dans l’investissement direct chez The Carlyle Group et VantagePoint Capital Partners ainsi que chez US Development Finance Corporation (DFC), International Finance Corporation (IFC), US Department de l’énergie et de la New York Green Bank.
Par ailleurs, l’équipe d’investissement mondiale de Lightsmith s’appuie sur l’expérience acquise chez Goldman Sachs, True North Partners, Baring Private Equity Asia, IFC et US DFC. Richard Kauffman, ancien président de l’énergie et des finances de l’État de New York, est président du comité d’investissement de Lightsmith Climate Resilience.
Au milieu de la pandémie de Covid-19, le marché secondaire des investissements alternatifs – capital-investissement, immobilier, infrastructures, bois, fonds spéculatifs – a atteint un record de 143,4 milliards USD au cours de l’exercice 2021, en nette hausse par rapport aux 61,8 milliards de dollars négociés en 2020.
C’est selon le rapport sur le volume 2021 de Setter Capital, qui révèle non seulement que le total de 2021 a augmenté de 132,2 % par rapport à l’année précédente, mais que c’était la première fois que le marché secondaire dépassait 100 milliards USD.
À une exception près, le volume a augmenté de manière significative dans tous les investissements alternatifs sur le marché secondaire. Les investissements secondaires de capital-investissement (fonds et directs) ont augmenté de 137,0 % d’une année sur l’autre, pour atteindre un total de 133,22 milliards USD.
Par ailleurs, les fonds de capital-investissement à eux seuls ont augmenté de 164,6 % (65,75 milliards USD au cours de l’exercice 2021 contre 24,85 milliards USD au cours de l’exercice 2020). Des augmentations notables ont été observées dans les secondaires de fonds LBO (en hausse de 158,3 %), les secondaires de fonds de capital-risque (en hausse de 154,0 %), les secondaires de fonds de fonds (en hausse de 249,7 %) et, plus particulièrement, les secondaires de fonds de dette (en hausse de 300,4 %). Les secondaires de l’immobilier (fonds et directs) ont augmenté de 66,7 % et les secondaires des fonds d’infrastructure de 139,2 %.
Pour l’avenir, les acheteurs s’attendent à ce que le volume de l’exercice 2022 soit de 149,28 milliards USD, en hausse de 4,1% par rapport aux 143,41 milliards USD négociés au cours de l’exercice 2021.
Cinven, une société internationale de capital-investissement, va acquérir International Financial Group Limited (IFGL), un fournisseur d’assurance-vie de produits d’épargne transfrontaliers à long terme pour les clients mobiles à l’international.
IFGL a 19 milliards de livres sterling d’actifs sous administration et opère à travers trois marques principales : RL360, Ardan International et Friends Provident International.
Notons que les détails financiers de la transaction n’ont pas été divulgués.
FundRock Management Company, une société tierce européenne de gestion d’OPCVM (ManCo) et gestionnaire de fonds d’investissement alternatifs (AIFM), a soutenu le lancement du fonds Premium Maritime Credit de NRP Maritime Asset Management (NRP MAM).
FundRock agira en tant qu’AIFM et fournira des services de change au Fonds via EDB, filiale d’Apex Group. Dans le cadre de ses multiples responsabilités pour le Fonds, FundRock couvrira des fonctions clés telles que la gestion des risques, la gestion de portefeuille et sera responsable en dernier ressort de l’évaluation et des rapports AIFMD (annexe IV). FundRock sera également en charge de l’enregistrement passeport et de la supervision de la distribution du Fonds en Europe et agira en tant que secrétaire général.
Premium Maritime Credit Fund, un RAIF basé au Luxembourg, a atteint sa première clôture en janvier 2022, levant 110 millions de dollars auprès d’importants investisseurs institutionnels et family offices européens. NRP MAM vise sa prochaine clôture à un objectif de 200 millions de dollars avant la fin de l’année.
Le Fonds est soutenu par des investissements du Fonds européen d’investissement (qui fait partie de la Banque européenne d’investissement), d’Oslo Pensjonsforsikring AS et de fonds gérés pour le compte de la Greater London Authority, ainsi que de plusieurs family offices maritimes et non maritimes norvégiens.
KGAL Investment Management GmbH & Co KG a lancé avec succès un nouveau fonds d’avions avec un volume d’investissement total d’environ 150 millions d’euros.
German Operating Aircraft Leasing (GOAL), une joint-venture entre KGAL et Lufthansa, agit à la fois en tant que gestionnaire d’actifs techniques et co-investisseur pour le nouveau fonds. KGAL APF 5 investira principalement dans des actifs aéronautiques opportunistes.
GOAL est l’un des 50 plus grands loueurs au monde dans le segment des avions et le leader sur le marché allemand. Fondée en 1998 et basée à Grünwald près de Munich, la société gère un portefeuille de près de 2 milliards de dollars.
Schroders Capital a finalisé l’acquisition de Cairn Real Estate, un fonds immobilier et une société de gestion d’actifs basée aux Pays-Bas avec 1,3 milliard d’euros d’actifs sous gestion.
L’acquisition élargit l’offre client de Schroders Capital sur un marché de croissance européen clé. Il améliore également l’accès de la société à l’expertise immobilière néerlandaise et aux talents d’investissement sur le terrain pour répondre à la demande croissante d’investissement des investisseurs institutionnels.
Cairn, dont le siège est à Amsterdam, est spécialisée dans une gamme de secteurs, notamment la logistique, les bureaux et les soins de santé, et est très respectée grâce à la force de sa proposition d’investissement et de sa clientèle.
Notons que l’équipe gère des actifs pour le compte d’investisseurs institutionnels, de family offices et de private equity sur l’ensemble du spectre des risques.
Une semaine après avoir été suspendue, la Constitution de 1991 est rétablie et le pouvoir reste dans les mains des militaires. C’était une exigence de la Communauté ouest-africaine lors de son sommet de vendredi… Et cette annonce tombe justement le jour où une délégation ministérielle de la Cédéao est à Ouagadougou.
Ils viennent de diffuser ce lundi 31 janvier, à la télévision nationale du Faso, un « Acte fondamental ». Ce texte remet en place l’ordre constitutionnel, tout en donnant officiellement le pouvoir aux militaires.
Par contre, la Constitution est subordonnée à cet « acte fondamental » présenté dans les médias officiels. Sept pages et trente-sept articles dans lesquels les militaires entérinent, noir sur blanc, leur contrôle du pouvoir.
Le MPSR, l’entité créée par les putschistes après leur coup de force, devient « l’organe central de définition et d’orientation de la politique sécuritaire, économique, sociale, de développement et de la restauration de l’intégrité territoriale ». C’est le MPSR qui assure la continuité de l’État et la gestion des affaires.
Il est composé d’un président, deux vice-présidents, un coordonnateur et des commissions. Le chef du MPSR, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, devient ainsi officiellement chef de l’État et des armées. C’est lui qui fixe les grandes orientations politiques. Il a également un pouvoir réglementaire et d’ordonnances.
Nous semblons tellement avoir atteint le fond, depuis dix ans, qu’il est difficile de compter et de distinguer les bons points enregistrés par nos gouvernants et de relever en conséquence les changements d’humeur de notre peuple. Au nombre des points positifs, la réduction de la taille du gouvernement, avec la chute de IBK, et celle du salaire du Chef de l’Etat, avec la démission de Bah N’Daw, sans oublier les diminutions drastiques des avantages de l’ensemble des membres du gouvernement.
L’on peut citer également le réarmement moral et matériel des FAMa, commencé avec l’avènement de la Transition, bien réel et pas très perceptible dans l’immédiat, malgré les témoignages du Mali profond sur les changements de camp du désarroi et de la peur installés désormais du côté des terroristes « sans foi ni loi », même s’ils s’autoproclament « combattants fous de Dieu ». Malgré la crise sécuritaire multiforme et la Covid-19, de réels efforts dans l’augmentation des salaires et des pensions, avec effet sur le panier de la ménagère, ont été enregistrés. Bien maîtrisée, l’inflation a été contenue dans des proportions acceptables alors que les sanctions de la CEDEAO n’avaient pas encore fait leurs effets dévastateurs. Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt, il reste bien des domaines où l’action gouvernementale est aux abonnés absents. Et, il y a encore des Maliens pour le dénoncer, en toute responsabilité, sans aucune inféodation idéologique ou politique.
Or, depuis plus de 24 h, l’on entend beaucoup M. Jean Yves- Le Drian, ministre français, s’époumoner sur les comportements de la « junte » du Mali, qu’il qualifie « d’illégitime », oubliant très vite que les autorités actuelles de la Transition n’ont pas changé d’habits depuis la chute du régime IBK. A l’attelage Bah N’Daw / Moctar Ouane s’est juste substitué celui de Assimi Goïta / Choguel Kokalla Maïga, l’ancien vice-président de la Transition I et un civil bon teint connu sur la scène politique du Mali depuis 1991. Le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) a été dissous ! Seuls les discours ont changé et surtout leur tonalité vis-à-vis de la coopération française, entre autres, et de ses dirigeants peu habitués à la critique de la part de leurs « anciens sujets » des colonies. Ainsi, on apprend que nos autorités de la Transition « ont ouvert une enquête sur l’attribution du marché des passeports maliens [sous l’ancien régime] et que les faits de corruption et de concussion sont avérés dans ce dossier ». L’auteur s’inspire d’une enquête de Jeune Afrique et conclut sous anonymat : « Comprenez donc la folie et les aboiements du papa et son obstination à faire écourter cette transition au plus tôt. Il a des casseroles personnelles à étouffer et à sauver ». Nous tairons donc les noms, sachant très bien qu’il « n’y a pas de fumée sans feu », comme l’indique un vieux dicton français/breton. Et le porte-voix actuel de la France en courroux contre le trublion que nous sommes devenus, M. Le Drian, ne se dévoile-t-il pas en s’attaquant au Mali ? Comme au bon vieux temps de la Françafrique, pour traiter et qualifier la junte « d’illégale » et « d’irresponsable ». C’est à se demander alors, comment explique- t- il cette sortie massive de plusieurs millions de Maliens, le 14 janvier dernier, pour apporter leur soutien aux autorités de la Transition ? Une prouesse qu’aucun pouvoir démocratique n’a encore réalisée. Ah, on oubliait, M. Le Drian est resté constant sur un point (contrairement au double, sinon triple ou quadruple langage à propos de la force Takuba : on part, on reste, on part si.., on reste malgré tout, on se réadapte, etc.) : il avait choisi son camp, explicitement ses amis (« les Touareg, ce sont nos amis ») et implicitement ses ennemis (l’Etat malien et le reste de la population). En cela, il est resté également fidèle à une philosophie de base de la colonisation, inspirée du machiavélisme primaire : diviser pour mieux régner. Mais, cette fois-ci, cette théorie fumeuse ne va pas prospérer au Mali. Car, si certains Touareg sont vos « amis » de circonstance, pour nous, les Touareg sont nos authentiques frères arc-en-ciel d’une même Nation « unie dans la diversité ». Hier, aujourd’hui et demain.
Le constat très regrettable est que, aujourd’hui, certains dirigeants français, à tour de rôle, comme si une voix ne suffisait plus, se sont engagés hors des sentiers diplomatiques pour s’installer dans l’invective et les insultes au lieu de se pencher sur les accords déséquilibrés qui nous liaient jusque-là. Ainsi, le jeudi 27 janvier 2022, c’était au tour de Jean-Yves Le Drian de récidiver et de dénoncer « un comportement irresponsable de la junte malienne ». Provoquant notre ire et la réponse cinglante, fort heureusement appropriée, de son homologue malien, M. Abdoulaye Diop, qui a signalé, à juste titre, que « les insultes ne grandissent pas [leurs auteurs] ».
Pourtant, l’on ne les entend point (nos censeurs français) sur les supposés dossiers dans lesquels ils sont censés être impliqués sous l’ancien régime, qui leur avait fait des « offrandes », sur le marché des passeports maliens par exemple, sur lesquelles le voile semble se lever. Ces passeports utilisés y compris par des Maliens jugés à l’hexagone comme des « sans-papiers » qui, même noyés sur les côtes françaises, n’ont pas droit à une sépulture digne de leurs croyances religieuses. Et récupérés sur la « terre promise », en territoire français, ils sont renvoyés sans ménagement, n’ayant sur eux que ces bouts de parchemins sans valeur aux yeux de la France et payés au prix fort aux fabricants français sur les impôts de leurs parents doublement touchés par cette infamie.
Face à la crise multiforme et à l’incompréhension de la communauté internationale, et bien que les élections ne soient pas une panacée dans notre situation, le retour à un pouvoir « entièrement » civil est envisageable. Il se fera certainement, au rythme accepté et convenu par les Maliens. Dès lors, il ne s’agit point de capituler devant l’adversité ; il faut arrêter d’offrir notre scalp à ceux qui ne regardent pas dans la même direction que nous. Évitons les erreurs du passé, ne commettons pas la faute politique de prendre date pour une reddition dans le noble dessein de redresser la barre du navire Mali.
Quant à vous, Messieurs les censeurs, de grâce, laissez les Maliens juger, en citoyens désormais libres et indépendants d’esprit, de ce qui est bon ou non pour eux comme des adultes qu’ils sont devenus depuis plus de soixante ans d’indépendance. En tout cas, assez responsables pour faire échec à votre plan diabolique de zombification (ni mort, ni vivant) sécuritaire du Mali et du Sahel. En d’autres termes, l’insécurité doit rester à l’état végétatif, de manière à pouvoir justifier la pertinence et la permanence des forces étrangères, européennes en particulier. A ce sujet, les faits sécuritaires sont têtus : avant l’opération Serval en 2013, l’insécurité était circonscrite aux trois régions du Nord avec un léger débordement sur Mopti (Konna) ; puis, en 2014, l’opération Serval est remplacée par Barkhane ; enfin, en 2015, la khatiba du Macina est créée et l’insécurité gagne de facto le Delta central du Niger, avant de s’étendre progressivement à d’autres localités du pays, au point « d’infester » toutes les régions du Mali, et de déborder, la même année 2015, sur le Burkina voisin. La suite est connue… au Mali comme au Burkina Faso. Ceci n’explique-t-il pas suffisamment cela ? Assurément que si !
L’incursion d’un nouvel acteur dans la géopolitique ouest africaine, en l’occurrence la Russie, a changé les données de la crise malienne. Il en découle de nouveaux enjeux stratégiques dans les relations internationales au Sahel. La Russie tient le bon bout, la France peine à convaincre au moment où la Transition est conduite par le M5 RFP, mouvement hétéroclite qui avait précipité la chute du Président Ibrahim Boubacar Keita.
Une nouvelle donne s’ajoute à l’équation malienne avec la volonté de la France de mettre fin à l’opération « Barkhane » et de réduire substantiellement le nombre de ses soldats présents sur le théâtre des opérations ; ce qui n’est pas du goût des autorités qui l’ont fait savoir par la voix de Monsieur Choguel Maiga, Premier Ministre qui, du haut de l’Assemblée générale des Nations Unies en Septembre 2020, lance les premières salves. Il accuse ainsi la France « d’avoir abandonné son pays en plein vol » l’obligeant « à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires ».
En s’exprimant ainsi, le Premier Ministre informait, en filigrane, la communauté internationale de la décision de son pays d’asseoir les bases d’une coopération militaire avec la Russie pour reconstruire son appareil sécuritaire. Ses propos étaient suffisants pour faire sortir le Président français de ses gongs. Ce dernier qualifie, ainsi, le Premier Ministre malien « d’Enfant de deux coups d’Etat », « à la tête d’un gouvernement à la légitimité démocratique nulle » avant de fustiger l’alliance nouée avec des mercenaires de la société militaire privée russe WAGNER dont il juge la présence sur le terrain incompatible avec le partenariat établi avec le Mali.
La désapprobation de la communauté internationale de la présence de « mercenaires » russes au Mali met le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye DIOP dans tous ses états. Il déclare dans un communiqué publié le 19 septembre 2021 que dans le cadre de l’exercice de sa « souveraineté » et « le souci de préserver son intégrité territoriale » que le Mali « ne permettra à aucun Etat de faire des choix à sa place et encore moins de décider quels partenaires il peut solliciter ou pas ». Le gouvernement dira plus tard être engagé dans une coopération d’Etat à Etat avec la fédération de Russie. Concomitamment à la concrétisation de cette coopération, la France déroule son plan de retrait du Mali en libérant trois bases militaires (Tombouctou, Kidal et GAO) transférées à l’armée malienne au moment où des formateurs russes débarquent dans le pays avec du matériel militaire pour la reconquête du nord occupé.
Pape Aliou Seck, Economiste de développement et Gestionnaire de projets spécialiste en défense et sécurité
Partir ou rester ? Le dilemme sahélien
En fait, le rôle de la France dans la crise au Sahel n’est-elle pas de soutenir les Etats concernés pour lutter contre le terrorisme ? Pourquoi cette hystérie suivie d’une agitation sans précédent ? Pourquoi, la France qui ne partage plus la même vision que l’Etat censé être soutenu, s’accroche sur le sol malien ? Pourquoi le Tchad dont le gouvernement est issu d’un coup de force ne connait il pas la même réprobation ?Partir ou rester, voilà le dilemme auquella France fait face au Mali.
Aussi, en s’exprimant sur le rejet des autorités de la Transition du déploiement des troupes danoises dans le cadre de la Force TAKOUBA, le chef de la diplomatie française soutient que son pays ne restera pas à tout prix au Mali au regard du fait que la situation est intenable et que la « Junte » au pouvoir était hors contrôle. Ce à quoi, les autorités maliennes ont riposté en ordonnant à l’Ambassadeur de la France de quitter leur pays dans 72h en justifiant leur décision par les propos outrageux tenus par Monsieur Yves Le Drian à leur endroit. Quel avenir pour les relations franco maliennes ? Dans tous les cas, pendant que le torchon brûle entre les deux pays, la Russie renforce et consolide sa position au Mali.
La France est présente dans le Sahel pour aider à lutter contre le terrorisme mais aussi et surtout pour veiller sur ses intérêts liés, dit-on, au contrôle des énormes ressources naturelles soupçonnées dans cette région. Il est curieux qu’au terme de 7 ans passés dans la région avec une force de 5.000 hommes, le pays de Macron ne parvient pas à réussir à inverser le cours des évènements par la pacification et la réunification territoriale du pays. Certes, la France a remporté des victoires sur les groupes extrémistes armés mais des victoires plutôt tactiques que stratégiques de sorte à ce que le statu quo soit toujours maintenu. Cet état de fait conforte certains analystes dans l’idée selon laquelle la partition du Mali en deux pays est un projet secrètement mijoté. Si on ne peut lui reprocher de défendre ses intérêts en tant qu’Etat, il n’en demeure pas moins que la France doit prendre conscience qu’elle a affaire à des pays souverains à qui elle doit le respect et la considération. Elle doit leur reconnaitre la possibilité de décider de leur propre devenir.
Le moins que l’on puisse dire est que l’attitude de la France vis-à-vis de la crise malienne est teintée de paternalisme et de condescendance qui expliquent le développement du sentiment anti -français auprès de la jeunesse et de la société civile. Aussi, que les autorités de la transition sortent indemnes de cet exercice de libre arbitre serait considéré comme un crime de lèse-majesté, un affront et un mauvais exemple à donner aux autres pays. A ce propos, il n’est pas difficile de comprendre que la France soit à la pointe du combat à l’échelle internationale en actionnant les leviers diplomatiques et économiques visant à mettre en échec les velléités d’affranchissement de son joug dont fait montre le pouvoir militaire au Mali. La résolution qu’elle a proposée au Conseil de Sécurité et rejetée par la Chine et la Russie participe de cette stratégie. Au demeurant, même si le soutien des russes rassure, les militaires au pouvoir doivent bien surveiller leur arrière car l’ancienne puissance coloniale ne renoncerait pas aussi facilement à corriger l’audace et l’outrecuidance dont ils ont fait preuve à son égard.
La CEDEAO, une organisation au service de qui ?
Il est vrai qu’une transition de 5 ans correspondant à un mandat d’un président démocratiquement élu, pendant lequel l’ordre constitutionnel est mis en suspense, peut être jugée assez longue. Toutefois, il ne sert aussi à rien de reprendre la formule qui n’a pas donné dans le passé de résultats probants. La simple organisation d’élections ne peut être considérée comme une panacée dans un pays divisé et embourbé dans de multiples contradictions. Il s’agit moins d’élire des personnes que de remettre le pays durablement sur la voie de la paix, la démocratie et du développement économique et social. Dès lors, recouvrir l’intégrité territoriale du pays, créer un continuum sécuritaire du Sud au Nord et refonder l’Etat doivent constituer les axes stratégiques d’intervention qui doivent mobiliser tous les acteurs nationaux et internationaux pour éviter de retourner à la case de départ. Il va sans dire que la réalisation du plan d’opérations qui sous-tend la matérialisation de tels axes ne saurait être envisagée dans le court terme mais dans le moyen et long terme avec des ressources financières importantes.
La pression exercée sur le Mali est telle qu’il est difficile d’écarter l’hypothèse selon laquelle la France aurait inspiré les lourdes sanctions que la CEDEAO a prises contre ce pays après que la durée de la transition ait été fixée à une période de 5 ans par les assises de Bamako. Lesdites sanctions sont manifestement excessives et contreproductives en ce sens qu’elles ne s’inscrivent pas dans une perspective de facilitation et de rapprochement des positions mais elles sont de nature à accentuer la crise économique tendant à précariser davantage les conditions de vie des populations vulnérables déjà durement éprouvées par la crise. D’ailleurs, n’est-t-il pas couru le risque d’assister au retrait du Mali de la CEDEAO et l’UEMOA pour desserrer l’étau ?
Sans aucun diktat, l’organisation aurait dû œuvrer pour amener les différents acteurs à se mettre d’accord sur l’horizon de la transition, peu importe la durée pourvu qu’elle soit consensuelle, mais aussi et surtout sur les réformes institutionnelles à entamer durant la période considérée pour ramener le pays à l’ordre constitutionnel. Malheureusement, tout porte à croire que la Conférence des Chefs d’Etat a suivi la France dans sa détermination à punir le Mali ; ce faisant, elle est vraiment passée à côté. Cette attitude amène à s’interroger si la CEDEAO ne constitue-t-elle pas un facteur déclencheur de conflits violents en Afrique de l’Ouest. Comment comprendre son inaction et son inertie face aux tripatouillages et coups d’Etat constitutionnels opérés par des Présidents qui n’ont certainement pas manqué d’être relevés par son système d’alerte précoce comme facteurs de risques.
La mal gouvernance, la corruption et le népotisme qui caractérisent bien des Etats membres ne seraient-ils pas à l’origine de la recrudescence des Coups d’Etat auxquels elle n’a pas encore trouvé la solution malgré sa chartre de bonne gouvernance. Le dernier en date est celui intervenu au Burkina Faso où des militaires ont déposé le Président Kaboré qui vient à peine d’être réélu.
En effet, la CEDEAO est perçue par les citoyens communautaires comme un syndicat au service des chefs d’Etat et non des peuples, caractérisée par une bureaucratie grassement entretenue par les maigres ressources des Etats membres. Le moment est venu pour revisiter les orientations, l’organisation et le fonctionnement de la CEDEAO pour en faire un véritable instrument de bonne gouvernance, de promotion de la démocratie, de l’intégration économique pour le développement de la sous-région ouest africaine.
Mali, un gigantesque territoire difficile à contrôler
Composante du système de conflit Sahélo-Saharien, la crise malienne est circonscrite dans la zone dite des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso qui s’étendent sur de vastes espaces désertiques où vivent des communautés appartenant à des réalités socio-culturelles diverses.
Le Mali a une superficie de 1.200. Km2. Cette vaste étendue du pays fait qu’elle échappe au contrôle de l’Etat qui n’y exerce pratiquement pas sa souveraineté à cause de sa faible présence. Les communautés y vivent dans la précarité et la pauvreté expliquant le repli sur elles-mêmes, privées qu’elles sont de l’assistance et du soutien de l’Etat Central. Aussi, les conditions étaient-elles remplies pour la sanctuarisation de la zone par des groupes extrémistes rebelles (Touaregs) et islamistes qui mènent une lutte armée politique contre le régime en place sous la bannière de l’identité culturelle et de la religion.
En 2012, ces groupes ont attaqué et ont tenu tête aux Forces Armées Maliennes en leur infligeant de lourdes pertes faisant entrer le pays dans une profonde crise dont le point culminant a été le Coup d’Etat du 22 Mars 2012 renversant le général Toumani Touré et consacrant l’arrivée d’une junte militaire dirigée par le Capitaine SANOGO. Celle-ci s’emparait du pouvoir, suspendait la constitution, dissolvait les institutions de la république et créait un Comité National pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’Etat.
Le gouvernement civil mis en place et dirigé par Cheikh Modibo Keita sous la présidence Diocounda Traoré n’a pu dérouler sa feuille de route portant sur le rétablissement de l’intégrité territoriale du pays et l’organisation d’élections libres et transparentes. En fait, les islamistes se faisaient de plus en plus menaçants après avoir pris possession des villes de Kidal, GAO et Tombouctou mais aussi et surtout de la ville stratégique de KONA, située seulement à 70km de Mopti, faisaient cap sur Bamako. Face à l’impuissance de l’armée malienne, la France, invoquant les accords de défense les liant au Mali, intervint à travers l’opération SERVAL le 11 Janvier 2013 pour stopper l’avancée inexorable des troupes islamistes vers la capitale. Cette opération a été relayée plus tard par l’Opération BARKHANE, appuyée par la force internationale, la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA) en janvier 2013 avant que les Nations Unies ne déploient la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
L’élection présidentielle tenue en Juillet-Aout 2013, sous la supervision de la mission d’observation de la CEDEAO dirigée par Monsieur John KUFUOR, ex président du Ghana, mit fin à cette épisode. Ibrahim Boubacar KEITA est ainsi élu Président à la suite d’un scrutin jugé sincère et transparent. Dans sa tentative de reconquérir le Nord en usant de la force, le nouveau gouvernement essuyait un échec cuisant l’obligeant à signer, sous la médiation de l’Algérie, un Accord de paix dit « Accord d’Alger » avec les rebelles le 15 Juin 2015. La suite est connue. La gouvernance du Président IBK avait montré ses limites quant à la réunification du pays et la promotion de la paix et de la sécurité. Les attaques des groupes Djihadistes contre les militaires et la population civile s’intensifiaient en dépit de la présence des forces Barkhane et MINUSMA. C’est dans ce contexte de déliquescence de l’Etat que le Président IBK parvient à se faire réélire une deuxième fois avec 67,17 % des voix en juillet 2018 dans un scrutin marqué par l’absence de son principal challenger Soumaila Cissé pris en otage au Nord du pays.
Le second mandat d’IBK n’a pas baissé la tension dans le pays. Bien au contraire, la contestation appelant à la désobéissance civile, aiguillonnée par le M5-RFP et l’Imam DICKO, était persistante. Ainsi, l’agitation politique permanente entretenue entraine la paralysie du pays et subséquemment la chute du régime avec le Coup d’État du 18 Août 2020 effectué par de jeunes colonels. Le Conseil National de Salut du Peuple qu’ils ont mis en place a été remplacé par le Conseil National de Transition avec un Président (Bah NDAW), un Vice-Président (Colonel GOITA) et un gouvernement dirigé par un Premier Ministre (Moctar Ouane) pour conduire une transition de 18 mois devant déboucher sur des élections générales en Février 2022.
Sur fond de tempête socio-politique et de lutte d’influence entre le Président de la transition et de Colonels putschistes, le remaniement du 14 Mai 2021 précipite le départ de l’équipe de la transition dissoute par la junte au motif qu’elle aurait enfreint la charte de la transition en écartant ses éléments du Gouvernement sans l’avis du Vice-Président. Ainsi, à l’intervalle de neuf mois, le Mali enregistre deux coups d’Etat, installant le pays dans une zone de turbulences et une crise dont les conséquences auraient probablement des impacts négatifs sur les pays voisins.
C’est pourquoi, pour aider à trouver une sortie de crise au Mali mais aussi défendre ses intérêts économiques, le Sénégal devrait porter sa casquette de facilitateur et de médiateur en usant de ses atouts liés au partage de l’histoire et de la géographie avec le peuple malien. Cette démarche serait opportune du fait que le Président Macky SALL va assumer la charge de la présidence de l’Union Africaine dès le mois de Février 2022. Cette posture donnera l’opportunité au Président du Sénégal de prendre des initiatives sur le plan diplomatique afin de faire lever immédiatement les sanctions contre le Mali et de créer les conditions d’un dialogue inclusif pour s’atteler à l’avènement de la paix et de la sécurité ainsi qu’au retour à l’ordre constitutionnel dans ce pays voisin du Sénégal.
Aliou SECK est un Socio-Economiste-Evaluateur, Doctorant en Sciences Politiques, Economiste de développement Gestionnaire de projets, détenteur d’un Master en défense paix et sécurité ( pa_seck@yahoo.fr)