(CROISSANCE AFRIQUE)-En pleine guerre contre les États-Unis et Israël, une situation tendue qui fait l’objet de nombreuses discussions et réflexions géopolitiques, l’Iran envisage une mesure qui pourrait potentiellement bouleverser l’équilibre et la dynamique de la finance mondiale : n’autoriser le passage des pétroliers par le détroit d’Ormuz que si la cargaison est payée en yuans chinois, et non en dollars américains.
Cette décision audacieuse et stratégique, révélée par un haut responsable iranien, s’inscrit dans le cadre d’un plan plus vaste de Téhéran visant à reprendre le contrôle sur la réouverture du détroit d’Ormuz, une voie maritime cruciale pour le transport du pétrole, qui est pratiquement fermée depuis le début du conflit le 28 février. Le détroit d’Ormuz représente une artère essentielle pour l’acheminement des ressources énergétiques, car il permet le transit d’une part significative du pétrole mondial. En effet, la grande majorité du pétrole mondial, près de 80 %, est négociée en dollars, un système largement connu sous le nom de « pétrodollar », en vigueur et dominant sur les marchés internationaux depuis 1974. Une telle initiative pourrait donc non seulement affecter les flux commerciaux en cours, mais aussi modifier les rapports de force dans le domaine des échanges monétaires à l’échelle globale.
Les répercussions de la situation actuelle se font déjà ressentir de manière palpable dans le domaine économique : le prix du Brent a clôturé à un niveau impressionnant, dépassant les 103 dollars le baril, alors qu’avant le début de la guerre, ce même prix oscillait autour de 70 dollars, montrant ainsi une augmentation significative et préoccupante. Le détroit d’Ormuz, qui est un point stratégique vital, transporte environ 20 % du pétrole mondial, et son blocus a eu pour conséquence de faire grimper les prix de l’énergie dans le monde entier, entraînant des répercussions dans de nombreux secteurs économiques.
Ce qui est particulièrement frappant, c’est que l’Iran, face à cette crise, a décidé de vendre son pétrole exclusivement à la Chine : au moins 11,7 millions de barils ont transité par le détroit depuis le début du conflit, tous à destination des ports chinois, ce qui illustre une réorientation majeure dans le commerce pétrolier international. Pékin, en revanche, a réagi avec une grande prudence et sagesse, mettant en garde contre les risques et les conséquences potentiellement lourdes qui pourraient découler de la mise en œuvre de ces mesures, ainsi que les tensions potentielles qui pourraient se développer avec Washington à ce sujet, illustrant ainsi la complexité des relations internationales en jeu.
Si cette condition venait à être officialisée, il ne s’agirait pas simplement d’une nouvelle mesure commerciale parmi tant d’autres : elle représenterait le plus grand défi jamais lancé au système du pétrodollar en plus de cinquante ans d’existence.
Notons que l’Iran s’efforce de redéfinir les règles de la finance mondiale en exploitant ce principal goulot d’étranglement pétrolier, cherchant à manoeuvrer dans ce nouvel ordre mondial et à affirmer son influence sur le marché de l’énergie.
Daouda Bakary KONÉ

