- (CROISSANCE AFRIQUE)-OCP North America, la filiale américaine du marocain OCP Group, anciennement connu sous le nom d’Office Chérifien des Phosphates, se lance dans un projet ambitieux en collaboration avec la coopérative agricole américaine CHS. Ensemble, ils préparent la mise en place d’une usine d’engrais phosphatés, un investissement colossal de 450 millions de dollars
Les détails de cette initiative ont été révélés le mercredi 26 août sur le site de la CHS, soulignant l’importance stratégique de cette coentreprise qui vise à construire et exploiter l’installation au sein du Cornerstone Energy Park, situé à Waggaman, dans la paroisse de Jefferson, à proximité de La Nouvelle-Orléans en Louisiane.
Cette nouvelle usine est particulièrement significative, car elle marquera la première unité de production d’engrais phosphatés construite aux États-Unis depuis 1984, répondant ainsi à une demande croissante pour des fertilisants de qualité. Avec une capacité de production prévue de plus de 1 million de tonnes d’engrais phosphatés par an, cette installation est conçue pour jouer un rôle clé dans le secteur agricole américain, en fournissant des nutriments essentiels aux cultures.
Le montage industriel de ce projet prévoit qu’OCP, en tant que fournisseur d’acide phosphorique, joue un rôle crucial en fournissant cette matière intermédiaire, qui est le résultat de la transformation du phosphate. Par la suite, CHS et OCP North America s’occuperont de la distribution des engrais finis à travers leurs réseaux respectifs, assurant ainsi une logistique efficace et une disponibilité optimale des produits sur le marché. Selon les partenaires, cette collaboration ne se limite pas seulement à la construction de l’usine, mais s’inscrit également dans une vision à long terme de développement durable et d’innovation dans le secteur des engrais, visant à renforcer la sécurité alimentaire et à soutenir les agriculteurs américains dans leurs efforts de production.
Une fois ces conditions réunies, le chantier pourrait s’étendre sur une période impressionnante allant jusqu’à 24 mois, marquant ainsi un tournant significatif dans le paysage agricole. « C’est un moment enthousiasmant pour l’agriculture américaine. En tant que coopérative détenue par des agriculteurs, notre mission est d’aider les producteurs à réussir », a déclaré avec enthousiasme le PDG de la CHS.
Il a souligné l’importance de cette initiative, précisant que, grâce à OCP North America, nous avons l’opportunité de construire la première usine d’engrais phosphatés aux États-Unis depuis plus de quarante ans. Cet investissement stratégique pourrait non seulement créer davantage de valeur pour nos sociétaires, mais aussi rapprocher la production d’engrais des agriculteurs américains et du réseau coopératif, renforçant ainsi les liens entre les producteurs et les ressources nécessaires à leur succès.
Ce projet représente un retour en grâce sur le marché américain pour l’OCP, une entreprise qui a su naviguer à travers des eaux tumultueuses. Ce nouveau partenariat vient tourner une page dans les relations commerciales entre OCP et les États-Unis, des relations qui ont été particulièrement mouvementées au cours des cinq dernières années
En effet, depuis 2021, les engrais phosphatés marocains ont été soumis à des droits compensateurs et antidumping, imposés à la suite d’une procédure engagée par le producteur américain Mos, ce qui a compliqué les échanges et mis à l’épreuve la résilience de l’OCP sur ce marché crucial. Ce nouveau chapitre, avec la construction de l’usine, pourrait bien marquer le début d’une ère de collaboration fructueuse et d’innovation dans le secteur agricole américain, offrant ainsi de nouvelles perspectives aux agriculteurs et à l’ensemble de l’industrie.
Les perturbations du commerce maritime dans le détroit d’Ormuz, une voie navigable cruciale qui relie le golfe Persique à la mer d’Oman, ont eu des répercussions significatives sur les exportations du Moyen-Orient, une région qui joue un rôle vital dans la production d’engrais azotés. Ce conflit, qui implique également Israël, a exacerbé les tensions géopolitiques, rendant la situation encore plus instable.
Les risques accrus sur la logistique maritime, le fret et le transport de gaz naturel ont contribué à une volatilité alarmante des prix des fertilisants, affectant ainsi les agriculteurs et les producteurs du monde entier. Dans ce contexte incertain, la décision de suspendre les droits compensateurs, annoncée le 17 août, a ouvert la voie à des opportunités pour certains acteurs du marché.
Notons que l’OCP North America a récemment fait savoir qu’une cargaison impressionnante d’environ 54 000 tonnes de triple superphosphate (TSP) marocain avait été livrée au port de La Nouvelle-Orléans. Cette arrivée marque un moment clé pour l’industrie des engrais, soulignant l’importance stratégique du Maroc dans le secteur, tout en mettant en lumière les défis persistants auxquels sont confrontés les exportateurs de la région face à un environnement commercial de plus en plus complexe et imprévisible.
Abdoulaye KONE

