(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Mali, le gouvernement a annoncé le 18 mars la création de l’Office malien des substances précieuses, une toute nouvelle entité soi-disant révolutionnaire, chargée de transformer en profondeur la manière dont sont commercialisés l’or artisanal ainsi que d’autres ressources de grande valeur.
Ce nouvel organisme fait écho aux réformes introduites par le code minier de 2023 et la loi sur le contenu local, qui visent à moderniser le secteur minier et à promouvoir une utilisation plus responsable et bénéfique des ressources naturelles. La création de cet Office s’inscrit dans une stratégie établie de manière réfléchie, qui se donne pour but de reconquérir le contrôle de l’État sur l’ensemble des ressources extractives du pays, souvent laissées entre les mains d’opérateurs privés peu scrupuleux.
L’objectif principal est non seulement de réduire considérablement les fuites de richesses précieuses, mais aussi de renforcer la traçabilité des productions artisanales, permettant ainsi une meilleure gestion et un suivi rigoureux des activités minières. En outre, cette initiative vise à optimiser les recettes publiques, afin de garantir que les bénéfices dérivés de cette industrie prospère profitent également aux populations locales et contribuent au développement économique du Mali dans son ensemble.
En effet, le poids stratégique et déterminant du secteur aurifère dans l’économie malienne n’est plus à démontrer, car il se révèle être un moteur fondamental pour la croissance économique et le développement national. Ce secteur, qui englobe tant l’extraction industrielle que l’orpaillage artisanal, constitue une source essentielle non seulement de devises et de recettes fiscales, mais également d’emplois, en particulier dans les zones rurales où l’orpaillage artisanal s’érige en activité de subsistance majeure pour de nombreuses familles.
Selon les autorités compétentes, la production d’or avait atteint un impressionnant volume de 72,227 tonnes en 2022, dont 6 tonnes étaient le fruit de l’orpaillage artisanal, générant ainsi des revenus significatifs qui s’élevaient à près de 763 milliards FCFA pour le budget national. Ce chiffre souligne l’importance économique de l’or dans un pays en voie de développement.
À lui seul, le sous-secteur minier, avec son impact direct et indirect sur l’économie, contribue à hauteur de 9,2% au Produit Intérieur Brut (PIB), confirmant ainsi son rôle non seulement comme un pilier macroéconomique, mais également comme un levier pour la création d’infrastructures, l’amélioration des conditions de vie et le renforcement des activités économiques locales.
Malgré cette contribution significative qui témoigne de l’importance du secteur dans l’économie, il est indéniable que celui-ci souffre de dysfonctionnements structurels qui entravent son plein potentiel. Les autorités compétentes, qui sont en charge de la régulation et du suivi de cette industrie, mettent notamment en lumière une mauvaise maîtrise des flux d’or qui proviennent des activités d’orpaillage et des petites mines, un défi qui nécessite une attention urgente.
De plus, les écarts persistants et souvent troublants entre les statistiques nationales, qui devraient refléter l’ensemble des activités de ce secteur, et les volumes enregistrés dans les pays de destination, illustrent non seulement l’ampleur des circuits informels qui règnent dans ce domaine, mais aussi les pertes économiques considérables que cela engendre pour l’État. Ces facteurs soulignent l’urgence d’une réforme en profondeur pour mieux encadrer et réguler ce secteur vital.
C’est pour corriger ces défaillances systématiques, qui ont entravé le bon fonctionnement et la confiance dans le secteur aurifère, que le nouvel Office a été conçu avec soin et minutie. En centralisant, régulant et sécurisant la commercialisation des substances précieuses, en particulier de l’or, il vise non seulement à instaurer davantage de transparence dans les transactions, mais également à créer un environnement favorable qui capte une plus grande part de la valeur générée par l’ensemble du secteur.
En assumant directement la mission cruciale de commercialisation de l’or issu de l’orpaillage, souvent pratiqué artisanalement, ainsi que de celui provenant des petites mines, l’État malien se dote d’un instrument opérationnel puissant qui est comparable à ceux mis en place dans divers pays producteurs d’or à travers le monde.
Notons que ces pays ont su établir des agences nationales qui jouent un rôle clé dans la stabilisation des revenus du secteur, tout en garantissant une régulation efficace du marché pour bénéficier au mieux à leur économie et à leurs citoyens. Ce nouvel Office représente donc une réelle avancée vers une gestion plus équitable et durable des ressources naturelles du Mali.
Moussa KONÉ

