(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Kenya, la société Kipenzi Sugar s’apprête à réaliser un investissement significatif de 1,45 milliard de shillings kenyans, soit environ 11,2 millions de dollars, dans la construction d’un complexe sucrier ambitieux situé à Mur Malanga, dans le comté de Siaya.
Cette initiative, qui a été mise en lumière par un rapport d’évaluation d’impact environnemental (EIA) soumis à l’Autorité nationale de gestion de l’environnement (NEMA), a été rendue publique en juin, suscitant un intérêt considérable parmi les parties prenantes locales et les observateurs du secteur.
Le projet prévoit l’aménagement d’un site de 17 hectares, où sera érigée une sucrerie dotée d’une capacité initiale de transformation de 1 250 tonnes de canne à sucre par jour. Cette installation permettra de produire quotidiennement environ 138 tonnes de sucre, répondant ainsi à la demande croissante du marché local tout en soutenant l’économie régionale. En outre, le complexe intégrera une centrale de cogénération, d’une capacité installée de 3 MW, qui exploitera la bagasse, ce résidu fibreux généré après le broyage des cannes, pour produire de l’énergie renouvelable. Cette approche non seulement réduit les coûts énergétiques de l’usine, mais contribue également à la durabilité environnementale en valorisant les sous-produits du processus de fabrication du sucre.
À long terme, le complexe est conçu pour inclure sa propre distillerie d’éthanol, visant à valoriser la production de mélasse, un sous-produit épais et sirupeux résultant du raffinage du sucre. Cette distillerie permettra de diversifier les activités de l’entreprise et d’augmenter sa rentabilité tout en répondant aux besoins croissants en biocarburants. L’impact économique de ce projet est prometteur, car il devrait créer de nombreux emplois locaux, stimuler l’agriculture environnante et renforcer les chaînes d’approvisionnement dans la région.
Pour son approvisionnement en canne à sucre, Kipenzi Sugar envisage de collaborer avec les agriculteurs locaux, favorisant ainsi un modèle de développement inclusif qui pourrait transformer la dynamique économique de Siaya. Ce projet représente une étape importante non seulement pour l’entreprise, mais aussi pour la communauté, en contribuant à l’essor de l’industrie sucrière au Kenya et en soutenant les efforts de développement durable dans le pays.
Un investissement en phase avec la nouvelle stratégie du secteur
L’annonce de ce projet d’investissement intervient dans un contexte marqué par un renforcement des mesures destinées à soutenir les producteurs et transformateurs locaux, une initiative qui s’inscrit dans une volonté plus large de revitaliser l’économie nationale. En effet, depuis le 1er juillet dernier, le Kenya applique désormais, dans le cadre de sa Loi de finances 2026, un droit d’accise sur le sucre importé de 40 shillings par kg (0,3 $), une augmentation significative par rapport aux 7,5 shillings (0,05 $) par kg auparavant. Cette décision stratégique vise non seulement à réduire la pression exercée par les importations sur les industriels locaux, mais aussi à encourager une production nationale plus robuste, alors que le Kenya reste structurellement déficitaire en sucre.
La production nationale, estimée à environ 696 275 tonnes par an en moyenne entre 2021 et 2024, demeure insuffisante pour couvrir la consommation intérieure, ce qui souligne l’urgence d’une telle mesure. Les données compilées par le Bureau national des statistiques révèlent que la première économie d’Afrique de l’Est a importé en moyenne près de 423 625 tonnes de sucre par an sur la même période, ce qui met en lumière la dépendance du pays vis-à-vis des importations pour satisfaire ses besoins alimentaires. D’un autre côté, cette situation offre une opportunité unique pour les investisseurs, qui peuvent envisager des projets visant à améliorer les infrastructures de production et de transformation du sucre local, tout en répondant à la demande croissante du marché intérieur. E
Notons qu’en favorisant l’innovation et l’efficacité dans le secteur sucrier, cet investissement pourrait non seulement renforcer la sécurité alimentaire du Kenya, mais aussi stimuler l’emploi et le développement économique dans les zones rurales, où la culture de la canne à sucre pourrait devenir un pilier de la croissance locale.
Abdoulaye KONÉ

