Mali : le Gouvernement a créé l’OMASP, un nouvel organisme public visant à sécuriser les revenus miniers artisanaux

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Le Mali franchit une nouvelle étape décisive dans la restructuration de sa gouvernance minière, un moment qui pourrait redéfinir l’avenir économique du pays. Le Conseil national de transition (CNT), représentant un large consensus politique, a en effet adopté à l’unanimité la loi ratifiant la création de l’Office malien des substances précieuses (OMASP). Cette nouvelle institution publique, dont la mission est de centraliser, encadrer et sécuriser la commercialisation de l’or et des autres minerais précieux, représente un tournant majeur dans la gestion des ressources naturelles du Mali.

Cette réforme, adoptée par 120 voix sur 120, témoigne d’une volonté collective forte et d’une détermination à établir un cadre légal solide pour une structure qui avait été créée par ordonnance en avril 2026. Placée sous la tutelle du ministère en charge de l’Industrie et du Commerce, l’OMASP est conçue pour renforcer la transparence et la traçabilité des transactions dans un secteur où la corruption et la contrebande ont longtemps prospéré. En effet, cette initiative marque la volonté des autorités de reprendre la main sur un secteur stratégique, où les pertes liées à la contrebande et aux circuits informels restent considérables, menaçant ainsi les revenus de l’État et le développement économique du pays.

L’or, premier produit d’exportation du Mali, occupe une place centrale dans l’économie nationale, représentant une source vitale de revenus pour le pays. Avec une production industrielle estimée à environ 60 tonnes par an, le Mali figure parmi les principaux producteurs africains, et cette nouvelle loi pourrait bien renforcer sa position sur le marché international. En centralisant les opérations et en sécurisant les chaînes d’approvisionnement, l’OMASP pourrait également favoriser l’attraction d’investissements étrangers, tout en garantissant que les bénéfices de cette richesse minière soient redistribués de manière équitable au sein de la population malienne. Ce tournant dans la gouvernance minière pourrait ainsi ouvrir la voie à un développement durable et inclusif, essentiel pour l’avenir du pays.

Mais ce poids économique contraste avec l’ampleur des fuites hors du circuit officiel, révélant une réalité complexe et préoccupante. Selon un rapport de l’ONG suisse SWISSAID, les exportations d’or non déclarées sont estimées entre 30 et 57 tonnes par an, représentant jusqu’à 3,77 milliards de dollars de valeur annuelle. Ce chiffre impressionnant souligne l’importance de ce marché clandestin, qui échappe à tout contrôle fiscal et réglementaire. Sur la période 2012-2022, les volumes non enregistrés atteindraient environ 300 tonnes, soit une valeur cumulée estimée à 13,5 milliards de dollars. Ces écarts entre les déclarations nationales et les données des pays importateurs ont été l’un des principaux déclencheurs de la réforme, mettant en lumière les lacunes dans la régulation du secteur et les conséquences économiques qui en découlent.

Avec la création de l’OMASP, les autorités entendent instaurer un dispositif de contrôle intégré de la chaîne de valeur aurifère, une initiative qui pourrait transformer le paysage de l’exploitation aurifère. L’organisme aura pour missions principales d’encadrer les transactions commerciales de l’or, de centraliser les flux issus de l’orpaillage et des petites mines, de renforcer la traçabilité des exportations, et de lutter contre les circuits illicites et la fraude.

 Cette réforme vise particulièrement l’or artisanal, souvent associé à des pratiques d’exploitation non réglementées, qui, bien que vitales pour de nombreuses communautés locales, posent des défis en matière de durabilité et de responsabilité sociale. En établissant des normes claires et des mécanismes de suivi rigoureux, l’OMASP aspire à garantir que les bénéfices de l’exploitation de l’or profitent réellement aux pays producteurs, tout en préservant l’environnement et en améliorant les conditions de vie des mineurs.

Les enjeux financiers sont d’une importance capitale, surtout dans le contexte actuel du Mali, où l’économie est fortement influencée par les ressources naturelles. Selon les données récentes de l’Institut national de la statistique (INSTAT), les exportations d’or du Mali ont atteint un impressionnant montant de 2 750 milliards FCFA en 2025, marquant une hausse significative par rapport aux 1 610 milliards FCFA enregistrés en 2024. Cette évolution illustre non seulement la forte volatilité des marchés, mais aussi la dépendance accrue du pays à cette ressource précieuse, qui joue un rôle central dans son économie. Pour l’État malien, la formalisation du secteur minier représente un levier stratégique pour augmenter les recettes budgétaires, un aspect crucial dans un pays où l’or constitue déjà environ un quart des revenus publics et près de 75% des exportations nationales. Dans ce contexte, la lutte contre les pertes fiscales engendrées par la contrebande devient non seulement une nécessité économique, mais également un impératif de souveraineté économique, soulignant l’importance de la régulation et du contrôle des flux financiers.

La création de l’Office Malien de la Sécurisation des Projets (OMASP) s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation du secteur minier, une initiative qui a été engagée depuis 2023. Ce nouvel organisme vise à renforcer la transparence et la responsabilité au sein de l’industrie minière. Le nouveau code minier, qui a été introduit récemment, a notamment relevé à 30% la participation cumulée de l’État et des acteurs nationaux dans les projets industriels, une mesure qui vise à garantir que les bénéfices de l’exploitation minière profitent davantage à la population locale. De plus, ce code a renforcé les obligations fiscales des opérateurs étrangers, s’assurant ainsi qu’ils contribuent équitablement aux finances publiques. Parallèlement, des audits sectoriels ont été mis en place pour évaluer l’efficacité des opérations et s’assurer que les normes sont respectées, renforçant ainsi la confiance des citoyens dans la gestion des ressources naturelles du pays.

Au-delà de la dimension fiscale, la réforme répond également à des enjeux de sécurité qui sont d’une importance cruciale dans le contexte actuel. En effet, l’or artisanal, souvent perçu comme un symbole de richesse et de prospérité, est également tristement associé à des flux informels qui alimentent des réseaux transfrontaliers complexes. Ces réseaux, parfois liés à des activités illégales, peuvent également soutenir des groupes armés qui opèrent dans des zones instables, exacerbant ainsi les conflits et l’insécurité. La mise en place de l’OMASP (Organisation Mondiale de l’Artisanat et de la Sécurité des Produits) vise ainsi à mieux encadrer les comptoirs d’achat, les collecteurs et les petites exploitations, en instaurant des normes et des réglementations qui garantissent une traçabilité et une transparence accrues. Cela permet non seulement de sécuriser les circuits financiers, mais aussi de protéger les acteurs vulnérables de cette filière. Cependant, le défi reste de taille, car il s’agit de formaliser un secteur qui constitue une source vitale de revenus pour des centaines de milliers de familles.

Notons que ces familles dépendent souvent de l’exploitation de l’or artisanal pour leur subsistance quotidienne, et il est essentiel de trouver un équilibre délicat entre la régulation nécessaire et la préservation du rôle social que joue cette activité dans leur vie. La réforme doit donc être pensée de manière à ne pas fragiliser cette dynamique sociale tout en répondant aux impératifs de sécurité et de fiscalité.

Mariam KONE

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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