Au Nigeria, la NNPC mise sur la Chine pour redémarrer ses raffineries inactives

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Nigeria, un tournant stratégique se dessine dans la manière dont les autorités envisagent la relance de leurs raffineries publiques, qui sont actuellement à l’arrêt.

Plutôt que de continuer à investir des sommes colossales dans des contrats avec des entreprises pour des travaux de réhabilitation, une approche qui a englouti plus de 25 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies sans produire de résultats durables, la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC Ltd) adopte une nouvelle stratégie. 

Désormais, elle recherche des partenaires capables d’exploiter ces installations et qui seront rémunérés uniquement en fonction de leurs performances réelles, créant ainsi un système incitatif qui pourrait transformer le paysage de l’industrie pétrolière nigériane. S’exprimant sur cette initiative innovante, le vendredi 3 juillet, Bayo Ojulari, le directeur général de la NNPC, a partagé des informations cruciales sur son compte X officiel. 

Il a révélé que le mémorandum d’accord signé en avril avec les sociétés chinoises Sanjiang Chemical Company Limited et Xinganchen (Fuzhou) Industrial Park Operation and Management a désormais franchi une étape significative, entrant dans une phase d’évaluation rigoureuse. Cette évaluation vise à garantir que les partenaires sélectionnés possèdent non seulement l’expertise technique nécessaire, mais aussi un engagement à long terme envers la durabilité et l’efficacité opérationnelle des raffineries. Ce changement d’approche pourrait marquer un tournant décisif pour le secteur pétrolier nigérian, en offrant une lueur d’espoir pour la revitalisation de ses infrastructures essentielles et la stimulation de l’économie locale.

Cette phase cruciale du projet implique que les partenaires chinois s’engagent dans une analyse approfondie de l’état technique des installations existantes. Ils devront examiner minutieusement chaque composant, évaluer l’état des machines, des pipelines, et des infrastructures associées, tout en identifiant les investissements nécessaires pour remettre ces installations en service. Cette évaluation technique ne se limite pas seulement à un constat de dégradation, mais elle inclut également une projection des coûts et des ressources nécessaires pour assurer une remise à niveau efficace. Parallèlement, les partenaires devront définir les conditions commerciales d’un éventuel partenariat, établissant ainsi les bases d’une collaboration fructueuse. Il est important de noter que les deux sociétés, engagées dans cette démarche, prendront elles-mêmes en charge ces coûts d’évaluation, ce qui signifie que la NNPC n’aura pas à débourser quoi que ce soit pour cette phase initiale.

« Le MoU est un accord pour explorer une collaboration, pas un contrat contraignant », a souligné avec insistance le responsable Ojulari, soulignant ainsi la nature exploratoire de cet accord. Ce modèle, que la NNPC désigne sous le terme de Technical Equity Partnership, marque une rupture significative avec les pratiques passées qui ont souvent été critiquées pour leur manque de résultats tangibles. Dans cette nouvelle approche, les partenaires ne seront plus rémunérés simplement pour avoir effectué des travaux, mais plutôt pour leur capacité à faire fonctionner les raffineries de manière efficace et rentable. Cette condition impose une responsabilité accrue sur les partenaires : si les installations ne produisent pas, ils ne seront pas payés, ce qui introduit un élément de performance dans le partenariat. De plus, la NNPC a pris la décision de ne mobiliser aucun financement public direct pour ce projet ambitieux, ce qui signifie que les capitaux nécessaires devront provenir exclusivement des partenaires privés, renforçant ainsi l’importance de leur engagement financier.

Ce tournant représente un pari audacieux après des décennies d’échecs coûteux dans la gestion des raffineries publiques. La trajectoire des raffineries publiques a souvent été marquée par des investissements massifs qui n’ont pas abouti à des résultats satisfaisants, laissant place à des infrastructures vieillissantes et inefficaces. Cette nouvelle stratégie pourrait bien être la clé pour revitaliser un secteur crucial pour l’économie, mais elle nécessite une exécution rigoureuse et une coopération étroite entre tous les acteurs impliqués.

Si l’installation de Port Harcourt a brièvement redémarré en 2024 avant de s’arrêter à nouveau, celle de Warri et de Kaduna sont restées largement inactives, témoignant d’une stagnation préoccupante dans le secteur pétrolier nigérian. Ces échecs répétés ont conduit la NNPC, la Nigerian National Petroleum Corporation, à identifier un problème structurel dans son approche, mettant en lumière les failles d’un système qui, jusqu’à présent, n’a pas réussi à garantir une production fiable. Les contrats précédents, qui rémunéraient les entreprises pour avoir effectué des travaux, se sont révélés inefficaces, car ils n’établissaient aucun lien avec la performance réelle des installations une fois les travaux terminés, créant ainsi un fossé entre l’investissement et le rendement.

Le nouveau modèle proposé vise précisément à corriger ce défaut en liant la rémunération des partenaires à la production effective des raffineries, une approche qui pourrait potentiellement revitaliser le secteur. Cependant, le choix des partenaires suscite des interrogations parmi les experts et les acteurs du marché. Sanjiang Chemical, bien que spécialisée dans la pétrochimie, n’a pas d’expérience avérée dans le raffinage de pétrole brut à grande échelle, ce qui soulève des doutes quant à sa capacité à gérer efficacement les raffineries nigérianes. De son côté, Xinganchen, en tant que gestionnaire de zones industrielles, semble également éloigné des compétences requises pour opérer dans un secteur aussi complexe et exigeant que celui du raffinage.

Aucune des deux entreprises ne figure parmi les grands raffineurs chinois, tels que Sinopec ou PetroChina, qui possèdent une expertise et une infrastructure bien établies. L’ancien vice-président Atiku Abubakar a qualifié l’initiative d’expérimentale, soulignant ainsi le caractère incertain de cette nouvelle stratégie. La NNPC a pris des mesures audacieuses, mais la réussite de cette initiative dépendra de la capacité à choisir des partenaires qui possèdent non seulement les compétences techniques nécessaires, mais aussi une vision alignée sur les objectifs à long terme de l’industrie pétrolière nigériane.

Port Harcourt et Warri, deux villes stratégiques du Nigeria, représentent ensemble une capacité potentielle impressionnante de 335 000 barils de pétrole par jour, une ressource qui pourrait jouer un rôle crucial dans le paysage énergétique du pays. Leur remise en service effective ne serait pas simplement un retour à la normale, mais constituerait un complément significatif à la raffinerie Dangote, qui, avec sa capacité de 700 000 barils par jour, a déjà redéfini les normes de production et de raffinage dans la région. Grâce à la montée en puissance de cette raffinerie, le Nigeria a réussi à se transformer en un exportateur net de produits raffinés, un statut qui renforce sa position sur le marché mondial du pétrole. Dans ce contexte, Ojulari a également évoqué des investissements ambitieux dans le secteur de la pétrochimie, ainsi que le développement de nouvelles usines de méthanol, qui s’inscrivent dans le cadre de cette vision élargie pour l’avenir énergétique du pays. 

Notons que ces initiatives visent non seulement à diversifier l’économie nigériane, mais également à créer des emplois et à stimuler le développement industriel, tout en répondant à la demande croissante de produits énergétiques raffinés sur le marché international.

Zangouna KONÉ 

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