La BOAD entre sur le marché japonais avec des obligations Samouraï: ces éléments clés sont nécessaires pour comprendre cette démarche

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(CROISSANCE AFRIQUE) Avec la BOAD, une obligation Samouraï est un instrument financier fascinant, représentant un emprunt libellé en yens, émis au Japon par un emprunteur étranger, et qui est généralement coté à la Bourse de Tokyo. 

Ce type d’emprunt, bien que relativement ancien dans ses principes, constitue un marché vaste et dynamique, mais il demeure encore largement méconnu des institutions financières africaines. Cependant, un tournant significatif s’est produit récemment avec l’entrée de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), qui agit comme le bras financier des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dans ce marché intrigant.

Dans ce contexte, il est essentiel de se pencher sur les détails de l’emprunt réalisé par la banque de Lomé, en particulier le montant levé et les conditions financières associées. La BOAD a réussi à lever un total impressionnant de 25 milliards de yens, ce qui équivaut à environ 153 millions de dollars. Cette somme se divise en deux emprunts distincts : le premier, d’un montant de 21,7 milliards de yens, est remboursable dans un délai de trois ans et rémunéré à un taux d’intérêt de 3,72 % par an. Le second emprunt, quant à lui, s’élève à 3,3 milliards de yens, remboursable dans cinq ans, avec un taux d’intérêt légèrement plus élevé de 4,29 %. Les conditions de ces emprunts ont été arrêtées le 24 juillet, marquant ainsi une étape importante dans le développement financier de l’institution.

Pour mieux comprendre l’impact de cette levée de fonds, il convient de mettre en perspective le montant emprunté par rapport aux ambitions de la BOAD. En effet, cette somme représente environ 1,4 % du plan quinquennal récemment lancé par la banque, qui est doté d’un budget colossal de 6 500 milliards de francs CFA, soit environ 11,3 milliards de dollars. Ainsi, bien que ce montant puisse sembler modeste par rapport à l’ampleur du plan, il s’agit néanmoins d’une avancée significative pour la banque, qui cherche à diversifier ses sources de financement et à renforcer sa présence sur le marché international. Cette initiative pourrait également ouvrir la voie à d’autres institutions africaines, les incitant à explorer les opportunités offertes par le marché des obligations Samouraï, et à envisager des stratégies similaires pour soutenir leurs projets de développement.

Elle n’est pas la pionnière dans le domaine des emprunts en yens, mais son parcours est tout de même remarquable. En effet, la Côte d’Ivoire, qui fait partie de ses États membres, a devancé cette initiative d’un an. En juillet 2025, ce pays a marqué l’histoire en devenant le premier État d’Afrique subsaharienne à emprunter en yens, levant ainsi 50 milliards de yens sur une période de dix ans à un taux d’intérêt de 2,3 %. Cette opération financière a été orchestrée par les institutions financières japonaises SMBC Nikko Securities et Mitsubishi UFJ Morgan Stanley Securities, mais ce qui a véritablement changé la donne, c’est la garantie fournie par la Japan Bank for International Cooperation. Cette institution publique japonaise, spécialisée dans le financement du commerce extérieur, est notée A+ par S&P Global Ratings, ce qui renforce la crédibilité de l’emprunt.

Cette garantie est un élément clé qui modifie complètement la perception du risque associé à cet emprunt. En effet, elle signifie qu’en cas de défaut de paiement de l’emprunteur, une institution japonaise se chargera de régler la dette à sa place. Ainsi, les investisseurs, en achetant cet emprunt, n’achètent pas seulement un produit financier, mais acquièrent essentiellement un risque japonais, ce qui est perçu comme beaucoup plus sûr. De plus, cet emprunt a été placé en privé, ce qui signifie qu’il a été proposé à un cercle restreint d’acheteurs triés sur le volet, plutôt que d’être mis sur le marché public. 

Avant cette initiative, Afreximbank, la banque africaine du commerce extérieur, basée au Caire, avait ouvert la voie en novembre 2024 en levant 81,3 milliards de yens, devenant ainsi la première institution à s’engager dans ce type d’emprunt. Cette dynamique montre un intérêt croissant pour les financements en yens au sein des pays africains, ouvrant la porte à de nouvelles opportunités économiques et à des partenariats internationaux renforcés.

Ce qui distingue réellement l’opération de la BOAD, c’est l’importance cruciale de deux mots : publique et sans garantie. Dans un contexte où les investisseurs japonais se tournent vers l’Afrique de l’Ouest, ils achètent cette fois-ci non seulement des titres, mais la signature même de la région, un acte symbolique fort qui témoigne de la confiance croissante envers les marchés émergents. La presse financière spécialisée a souligné, avant même l’émission, que peu d’emprunteurs d’Afrique subsaharienne avaient réussi à accéder à ce marché, et encore moins sans filet de sécurité, ce qui rend cette opération d’autant plus significative.

Pourquoi une note japonaise compte-t-elle autant qu’une note américaine ? Cette question soulève des enjeux fondamentaux dans le monde de la finance internationale. Les titres en question portent deux appréciations de solvabilité : un « A » attribué par la Japan Credit Rating Agency, une agence de notation japonaise respectée, et un « Baa1 » attribué par Moody’s, une des plus grandes agences de notation au monde. La première notation, qui est supérieure de deux niveaux à la seconde, souligne une différence significative dans la perception du risque associé à ces investissements.

Cet écart de notation n’est pas anecdotique ; il a des implications profondes pour les investisseurs. En effet, beaucoup d’investisseurs institutionnels japonais, notamment les banques régionales et les assureurs-vie, s’appuient sur les agences locales pour déterminer ce qu’ils peuvent légalement acquérir. L’obtention d’une note japonaise peut donc élargir considérablement la base potentielle d’investisseurs, indépendamment de l’avis des agences anglo-saxonnes. Cela ouvre la voie à une diversification des portefeuilles d’investissement et à une intégration plus poussée des marchés africains dans le paysage financier mondial, tout en renforçant la crédibilité et la visibilité des emprunteurs africains sur la scène internationale.

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Ce que Moody’s a écrit la veille a suscité une attention particulière dans le monde financier, surtout en raison de la confirmation de sa note le 23 juillet, juste vingt-quatre heures avant la fixation des conditions. Cet enchaînement d’événements n’est certainement pas le fruit du hasard, mais plutôt le résultat d’une analyse minutieuse et d’une stratégie bien orchestrée. Moody’s a mis en lumière des éléments clés concernant la santé financière de la banque, soulignant que le matelas de fonds propres, rapporté aux risques qu’elle supporte, a connu une augmentation significative, passant de 21,5 % à 23,8 % entre 2024 et 2025. Cette amélioration est d’autant plus impressionnante que les capitaux propres utilisables ont enregistré une hausse de 73 % depuis 2021, suite à l’augmentation de capital réalisée en 2022. De plus, les créances en souffrance, qui représentent 2,1 % des prêts consentis, témoignent d’une gestion prudente des risques. L’agence a également noté un recours croissant à des instruments hybrides, qui, bien qu’ils soient comptés en partie comme des fonds propres, constituent désormais environ 14 % de ceux-ci, ajoutant une couche de complexité à la structure financière de la banque. Cependant, Moody’s n’ignore pas les risques politiques et sécuritaires qui pèsent sur la région, mais elle estime que ces risques sont largement compensés par la solidité du capital de la banque et le soutien indéfectible des États actionnaires.

Pourquoi maintenant ? Cette question résonne avec force dans un contexte où, contrairement à une idée reçue, le Japon ne se caractérise plus par des conditions de financement extrêmement accommodantes. Les investisseurs et les analystes se demandent ce qui a motivé cette évaluation à ce moment précis, alors que le paysage économique mondial est en constante évolution. Les implications de cette note et les décisions qui en découlent pourraient avoir des répercussions significatives sur le marché, tant au niveau local qu’international. Les acteurs du marché sont donc en attente, scrutant les développements futurs avec une attention accrue, cherchant à comprendre les motivations derrière cette évaluation et les conséquences qui pourraient en découler pour la banque et l’économie japonaise dans son ensemble.

C’est précisément ce retournement qui crée l’occasion tant attendue. En effet, après une longue période d’incertitude, les investisseurs japonais, enfin rémunérés sur leur propre marché, commencent à rapatrier leur argent, ce qui marque un tournant significatif dans le paysage financier. Au cours des trois premiers mois de 2026, ils ont vendu près de 30 milliards de dollars de dette américaine, une somme impressionnante qui témoigne de leur volonté de réorienter leurs investissements. Cette épargne, désormais en quête d’un rendement attractif en yens, trouve une réponse adéquate dans un emprunteur offrant un taux de 3,72 % sur une durée de trois ans. Ce taux, qui attire l’attention des investisseurs, se situe dans un compartiment qui connaît son plus haut niveau d’activité depuis 2015, illustrant ainsi un regain d’intérêt pour les opportunités d’investissement.

À cela s’ajoute un travail de terrain méticuleux. La Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) a pris l’initiative d’organiser une première tournée de présentation dans le sillage de la conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique, qui s’est tenue en août 2025. Cette première étape, bien qu’elle n’ait pas été accompagnée d’opérations en cours, a permis de poser les bases d’une communication efficace. Par la suite, une deuxième série de rencontres a eu lieu en juin 2026, suivie d’une réunion téléphonique cruciale le 14 juillet. Ces onze mois de préparation ont été essentiels pour préparer ce premier emprunt, témoignant de l’engagement de la BOAD à faciliter l’accès au marché pour les émetteurs ouest-africains.

Cependant, les conditions obtenues lors de ces négociations montrent que l’accès à ce marché reste encore coûteux pour les émetteurs ouest-africains. Sur l’échéance à cinq ans, la banque rémunère les investisseurs à des taux qui, bien que compétitifs, reflètent la perception des risques associés à ces emprunts. Cela souligne les défis persistants auxquels font face les pays de la région, qui doivent naviguer dans un environnement financier complexe tout en cherchant à attirer des capitaux étrangers pour soutenir leur développement économique.

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Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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