(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Mali, dans le cadre du Forum SMSI 2026 qui se tient à Genève, un moment clé s’est produit lorsque le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, a eu l’honneur de rencontrer le vice-secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Tomas Lamanauskas.
Cette rencontre, qui s’est déroulée en marge de cet événement international majeur, a été l’occasion d’échanger des idées et des visions sur l’avenir des technologies de communication et de l’espace, des domaines cruciaux pour le développement économique et social des nations.
Au cours de cet échange, Alhamdou Ag Ilyène a mis en lumière une initiative ambitieuse : la perspective de la création d’une agence spatiale au Mali. Ce projet novateur vise non seulement à renforcer les capacités satellitaires du pays, mais également à établir des collaborations régionales au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette initiative pourrait ouvrir la voie à des avancées significatives dans le domaine des technologies spatiales, permettant ainsi aux pays de la région de mieux gérer leurs ressources naturelles, de surveiller les changements environnementaux et d’améliorer la connectivité numérique.
Cependant, il est important de noter que, lors de cette discussion prometteuse, aucun calendrier précis, budget ou partenaire technique n’a été mentionné pour la mise en œuvre de ce projet. Cela soulève des questions sur les étapes futures et les ressources nécessaires pour concrétiser cette vision ambitieuse, tout en soulignant l’importance d’une planification stratégique et d’un soutien international pour garantir le succès de cette initiative.
Ainsi, les pays de l’AES, qui incluent des nations partageant des intérêts communs en matière de technologie et de développement, ont pour ambition de développer progressivement des capacités satellitaires communes. Selon les autorités maliennes, ces capacités visent à renforcer la souveraineté technologique des États membres, à améliorer la connectivité entre les différentes régions, à faciliter l’observation de la Terre pour une meilleure gestion des ressources naturelles, et à optimiser la gestion des catastrophes, un enjeu crucial dans un contexte climatique de plus en plus instable. Cette déclaration marque une première étape significative pour le Mali, un pays qui, jusqu’à présent, ne dispose d’aucun programme spatial documenté, soulignant ainsi l’importance de cette initiative pour l’avenir technologique du pays.
En revanche, le Burkina Faso a pris une longueur d’avance en lançant son premier projet spatial dès 2019 avec Burkina-Sat1, un nanosatellite conçu par des experts burkinabè. Ce projet ambitieux, qui a été testé en Chine en 2023, est actuellement en attente de lancement, la disponibilité d’un lanceur étant un obstacle majeur. La création d’une agence spatiale burkinabè est explicitement envisagée comme la prochaine étape pour structurer et dynamiser les efforts spatiaux du pays, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives en matière de recherche et de développement technologique.
À l’instar du Mali, le Niger ne dispose pas de programme spatial connu, ce qui souligne l’importance de la coopération régionale pour développer des capacités qui pourraient bénéficier à l’ensemble des pays de la région. Cette dynamique pourrait également favoriser un échange de connaissances et d’expertises, renforçant ainsi les capacités scientifiques et techniques des nations de l’AES.
Aussi, l’ambition sahélienne s’inscrit dans un contexte continental en pleine effervescence, où les dynamiques de développement technologique et d’innovation prennent une ampleur sans précédent. Depuis la coupure de câbles sous-marins survenue en mars 2024, qui a paralysé la connectivité Internet dans 13 pays d’Afrique de l’Ouest pendant plusieurs jours, les gouvernements africains ont pris conscience de l’importance stratégique des réseaux satellitaires comme infrastructures de résilience.
Cette prise de conscience a agi comme un catalyseur, incitant les nations à diversifier leurs moyens de communication et à renforcer leur autonomie numérique face aux vulnérabilités des systèmes terrestres. Au moins 21 pays africains disposent désormais d’un programme spatial, témoignant d’un engagement collectif vers l’innovation technologique, et 18 d’entre eux ont déjà réussi à lancer au moins un satellite, marquant ainsi des avancées significatives dans le domaine de l’exploration spatiale et des applications satellitaires.
Par ailleurs, l’’Agence spatiale africaine (AfSA), inaugurée au Caire, en Égypte, en avril 2025, joue un rôle central dans la coordination de ces initiatives ambitieuses. En tant qu’entité régulatrice et facilitatrice, l’AfSA s’efforce de créer des synergies entre les différents programmes nationaux, tout en promouvant la coopération régionale et internationale. Les États africains consacrent environ 500 millions de dollars par an à leurs programmes spatiaux, selon le Centre africain d’études stratégiques (ACSS), un investissement qui souligne l’importance croissante de l’espace dans les stratégies de développement durable et de sécurité nationale.
Notons que plus de 120 satellites supplémentaires seraient en cours de développement, avec des objectifs variés allant de l’observation de la Terre à la communication, pour un lancement prévu d’ici 2030. Cette dynamique témoigne non seulement d’une volonté de modernisation, mais aussi d’une vision collective visant à positionner l’Afrique comme un acteur incontournable sur la scène spatiale mondiale, capable de relever les défis contemporains et d’exploiter les opportunités offertes par l’ère numérique.
Daouda B KONE

