(CROISSANCE AFRIQUE)-Au Congo, un tournant significatif a été franchi avec la signature d’un contrat de concession de la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania entre le gouvernement congolais et Mota-Engil Africa.
Cet accord, qui marque une nouvelle étape dans le développement du tronçon congolais du corridor de Lobito, est d’une durée de 30 ans et s’accompagne d’un investissement colossal de 1,25 milliard USD. Cet investissement vise à réhabiliter, moderniser, étendre, exploiter et maintenir la ligne ferroviaire, comme l’a souligné la présidence congolaise. Les travaux, qui s’étendront sur 1004,5 km de voies, auront un impact majeur sur la connectivité régionale, reliant des villes clés telles que Kolwezi, Tenke et Lubumbashi au réseau ferroviaire angolais, et s’étendant jusqu’au port de Lobito, sur la façade atlantique.
Ce projet ambitieux ne se limite pas à des améliorations infrastructurelles, il prévoit également des retombées financières significatives pour l’État congolais. En effet, le gouvernement congolais détiendra une participation d’au moins 10 % dans la société chargée de la gestion du projet, ce qui lui permettra de bénéficier directement des profits générés. De plus, il percevra une redevance équivalente à 7,5 % du chiffre d’affaires annuel brut de l’entreprise, garantissant ainsi un flux de revenus régulier pour le pays.
L’accord a été conclu après l’attribution officielle du marché au groupe portugais, qui est déjà actif sur la section angolaise du corridor. Cette collaboration internationale souligne l’importance croissante des infrastructures ferroviaires dans le développement économique de la région, tout en renforçant les liens entre le Congo et l’Angola. Les perspectives d’avenir s’annoncent prometteuses, avec des améliorations qui devraient non seulement faciliter le transport de marchandises et de personnes, mais aussi stimuler l’économie locale et régionale dans son ensemble.
Au-delà des infrastructures, l’enjeu est surtout logistique, un aspect crucial qui mérite une attention particulière. Une fois la liaison opérationnelle, le transport de marchandises entre Tenke ou Kolwezi, situés dans le sud-est de la République Démocratique du Congo, et le port de Lobito, en Angola, pourrait être considérablement optimisé, réduisant le temps de transit à seulement 5 à 8 jours. Cela représente une amélioration significative par rapport aux itinéraires actuels qui passent par Durban, en Afrique du Sud, où le transport peut prendre près de 25 jours. Cette réduction des délais est essentielle pour les entreprises qui cherchent à améliorer leur efficacité et leur compétitivité sur le marché international.
Les autorités congolaises anticipent également une baisse des coûts logistiques pouvant atteindre 30 %, un facteur qui pourrait transformer le paysage économique de la région. En effet, à l’échelle du corridor, la modernisation des infrastructures vise à rationaliser les processus d’acheminement des minerais vers les marchés internationaux, ce qui est d’une importance capitale pour l’essor économique du pays. Les expéditions destinées à l’Europe et à l’Amérique du Nord pourraient ainsi être acheminées en environ 20 jours, une avancée remarquable par rapport à plusieurs dizaines de jours nécessaires sur certains itinéraires terrestres concurrents.
Ce projet ambitieux, soutenu notamment par les États-Unis, l’Union européenne et la Banque africaine de développement (BAD), concentre désormais plus de 10 milliards USD d’engagements d’investissement publics et privés. Ces investissements visent non seulement à améliorer les infrastructures de transport, mais aussi à renforcer la connectivité régionale, favorisant ainsi un développement économique durable et inclusif. La mise en place de ce corridor logistique pourrait également stimuler l’emploi local et attirer davantage d’investissements étrangers, consolidant ainsi la position de la RDC comme un acteur clé dans le commerce international des ressources naturelles.
La capacité du corridor à attirer les opérateurs miniers constituera également un enjeu déterminant, car elle représente un pivot stratégique dans le paysage économique de la région. En effet, une partie des compagnies actives dans le sud-est de la République Démocratique du Congo (RDC) a déjà établi des accords logistiques avec des opérateurs ayant des intérêts chinois, ce qui leur confère un avantage concurrentiel non négligeable.
Par ailleurs, ces partenariats permettent un accès privilégié aux infrastructures existantes et aux réseaux de transport, facilitant ainsi l’acheminement des minerais vers les marchés internationaux. Le défi pour Mota-Engil, en collaboration avec les autorités congolaises, sera donc de concevoir et de proposer une offre suffisamment compétitive et fiable pour détourner une partie de ces flux commerciaux vers le port de Lobito, qui pourrait ainsi devenir un hub logistique incontournable.
Pour ce faire, il sera essentiel d’améliorer non seulement l’efficacité technique de la nouvelle liaison, mais aussi de garantir des délais de livraison rapides et des coûts d’acheminement attractifs. La réussite du projet dépendra donc autant de la performance technique de cette nouvelle infrastructure que de sa capacité à s’imposer comme une véritable alternative aux corridors traditionnels d’exportation des minerais congolais, qui, jusqu’à présent, ont dominé le marché.
Notons que les enjeux sont multiples : il s’agit de répondre aux exigences croissantes des opérateurs miniers en matière de fiabilité et de coût, tout en tenant compte des préoccupations environnementales et sociales qui accompagnent souvent les projets d’infrastructure dans cette région. Pour rappel, la compétitivité du corridor sera mesurée par sa capacité à attirer non seulement les opérateurs miniers, mais aussi à instaurer un climat de confiance et de collaboration avec les acteurs locaux et internationaux.
Daouda Bakary KONÉ

