DIOMAYE FAYE : « De-pastifier » vite pour gouverner aisément

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Par Agence Nabara

(CROISSANCE AFRIQUE)-Le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, suivi de l’installation d’un gouvernement de technocrates dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô sans la participation officielle du PASTEF, marque un tournant historique au Sénégal.

Ce processus, que certains qualifient de « déspastification », pose une question cruciale : le pays risque-t-il de devenir ingouvernable ? L’analyse de cette rupture révèle des dynamiques institutionnelles, économiques et sociales complexes.


D’un point de vue institutionnel, la séparation des rôles plonge le Sénégal dans une forme inédite de cohabitation interne. Ousmane Sonko ayant rebondi au perchoir de l’Assemblée nationale, le cœur du pouvoir législatif reste sous le contrôle direct du leader du PASTEF. Cette configuration crée un face-à-face permanent entre une présidence qui cherche à s’autonomiser et un Parlement capable de bloquer les réformes, de rejeter le budget ou de voter une motion de censure, menaçant de paralyser l’action publique.


Pour le président Bassirou Diomaye Faye, cette rupture relève d’une quête indispensable d’autorité et de légitimité étatique. Longtemps perçu à tort ou à vrai dire comme un président « par procuration » installé par le charisme d’Ousmane Sonko, le chef de l’État se devait de réaffirmer la primauté de la fonction présidentielle. En évinçant les figures les plus radicales du PASTEF au profit de profils techniques, il tente de substituer la rigueur de la gestion d’État à la ferveur idéologique du parti.
Cependant, la gouvernance de Diomaye Faye se heurte immédiatement à l’épreuve de l’économie. Face à une crise financière aiguë et au gel des programmes du FMI à la suite des révélations sur le niveau réel de la dette publique, le pays a un besoin impératif de stabilité pour rassurer les investisseurs internationaux. L’éviction d’un Premier ministre jugé imprévisible par les marchés peut plaire aux bailleurs de fonds, mais l’incertitude politique générée par ce conflit au sommet de l’État risque à l’inverse de freiner les réformes macroéconomiques urgentes.


Le principal défi pour la gouvernabilité du Sénégal réside également dans le contrôle de la rue et de la jeunesse, le principal vivier électoral du PASTEF. Ousmane Sonko conserve une capacité de mobilisation populaire intacte et un discours souverainiste qui résonne fortement auprès des masses. Si la contestation politique quitte les bancs de l’Assemblée nationale pour s’exprimer à travers des manifestations populaires, le pouvoir exécutif devra manœuvrer fermement sans basculer dans la répression, au risque de raviver l’instabilité des années précédentes.


Malgré ces signaux alarmants, parler d’un Sénégal totalement « ingouvernable » serait sous-estimer la résilience historique de ses institutions. La tradition démocratique sénégalaise dispose de mécanismes de régulation éprouvés. Ousmane Sonko lui-même a déclaré qu’il n’utiliserait pas ses fonctions législatives pour organiser un chaos institutionnel. Cette posture montre que, pour l’instant, les deux hommes préfèrent déplacer leur rivalité sur le terrain feutré du droit et de la stratégie politique plutôt que dans la confrontation violente.


À moyen terme, le président dispose d’une arme constitutionnelle majeure pour débloquer la situation : le droit de dissolution de l’Assemblée nationale. S’il se retrouve face à un blocage systématique de ses projets de loi par la majorité d’Ousmane Sonko, Diomaye Faye pourra choisir de renvoyer les députés devant les électeurs. Cette option transformerait la crise de gouvernance en un arbitrage démocratique direct par le peuple sénégalais, qui devra alors trancher entre la légitimité du président élu et celle du chef de parti.


En conclusion, la « déspastification » n’annonce pas nécessairement un effondrement de l’État, mais plutôt une redéfinition conflictuelle des équilibres du pouvoir. Le Sénégal entre dans une phase d’apprentissage politique complexe où la maturité de ses dirigeants sera testée. La gouvernabilité du pays dépendra de la capacité de l’exécutif à délivrer des résultats économiques rapides et de l’aptitude de la majorité parlementaire à exercer une opposition républicaine sans basculer dans l’obstruction systématique.

Oussouf Diagola

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