UMOA: le marché secondaire offre aux investisseurs la possibilité de revendre leurs titres avant leur échéance

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Le Marché Secondaire des Titres Publics de l’UEMOA représente un espace crucial où se déroulent les échanges de titres, notamment les Bons et Obligations du Trésor, qui ont déjà été émis sur le marché primaire. Ce dernier, en tant que point de départ de la création de la dette par les États, contraste avec le secondaire, qui joue un rôle essentiel dans la liquidité des investissements. En effet, le marché secondaire offre aux investisseurs la possibilité de revendre leurs titres avant leur échéance, leur permettant ainsi de récupérer des liquidités, ce qui est particulièrement important dans un environnement économique en constante évolution.

Le dynamisme de ce compartiment repose sur la participation active d’acteurs spécialisés tels que les SVT (Spécialistes en Valeurs du Trésor), qui sont des intermédiaires essentiels dans la facilitation des transactions, ainsi que les Investisseurs Institutionnels, comprenant des compagnies d’assurance, des caisses de retraite et des fonds de placement. La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) joue également un rôle clé dans la régulation et la supervision de ce marché, garantissant ainsi sa stabilité et sa transparence.

Une analyse approfondie de la dynamique du Marché Secondaire des Titres Publics de l’UEMOA sur la période 2016-2025 met en lumière un contraste significatif : alors que le marché primaire a connu une croissance exponentielle, attirant de nombreux investisseurs et augmentant le volume des émissions, le marché secondaire a, quant à lui, semblé rester en retrait, souvent considéré comme un chantier inachevé de l’intégration financière régionale. Ce phénomène soulève des questions sur les raisons de cette stagnation et sur les mesures nécessaires pour dynamiser ce secteur.

Au début de la décennie, entre 2016 et 2019, le marché secondaire était caractérisé par une faible activité, avec des volumes d’échanges limités et une participation encore timide des investisseurs. Ce manque d’engouement peut être attribué à divers facteurs, tels que la méconnaissance des mécanismes de fonctionnement du marché, une offre de titres insuffisante, ou encore des préoccupations liées à la liquidité. Les acteurs du marché ont donc un rôle crucial à jouer pour surmonter ces défis et favoriser un développement harmonieux et intégré du marché secondaire, afin de renforcer la confiance des investisseurs et d’encourager une plus grande participation.Les banques commerciales, qui détiennent l’essentiel des titres financiers sur le marché, ont longtemps adopté une stratégie de « Hold-to-Maturity » (conservation jusqu’à l’échéance), une approche qui leur permet de minimiser les risques tout en maximisant les rendements.

En effet, les titres publics, réputés pour leur faible risque et leur bon rendement, constituaient une option privilégiée pour ces institutions financières. Plutôt que de les échanger sur le marché, les banques préféraient les conserver dans leur bilan, garantissant ainsi une stabilité financière. Pour un investisseur, la revente d’un titre avant son terme s’avérait être une opération complexe et coûteuse, en raison de l’absence de contreparties actives sur le marché, ce qui limitait les opportunités de liquidité.


Cependant, avec l’avènement de la période des réformes de dynamisation qui s’est étendue de 2020 à 2022, sous l’impulsion de l’UMOA-Titres et de la BCEAO, une dynamique nouvelle a été observée. Cette période a été marquée par une tendance haussière significative dans le volume des opérations sur le marché des titres, avec des montants atteignant 1 583 milliards de FCFA en 2020, suivis d’une augmentation à 2 820 milliards de FCFA en 2021, et culminant à 2 868 milliards de FCFA en 2022. Ces chiffres témoignent d’un intérêt croissant pour les titres publics, favorisé par les réformes mises en place.


Pour soutenir cette dynamique, plusieurs leviers ont été actionnés afin de favoriser la circulation des titres sur le marché. Le cahier des charges des Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) a été renforcé, imposant des obligations strictes de cotation et d’animation du marché secondaire, ce qui a permis d’accroître la transparence et la liquidité. En outre, l’amélioration des outils de reporting et de dénouement des transactions a également joué un rôle crucial dans cette évolution, facilitant ainsi les échanges et renforçant la confiance des investisseurs dans ce marché en pleine mutation. Ces efforts conjugués ont contribué à transformer le paysage financier, rendant le marché des titres plus accessible et attractif pour les investisseurs.

À cet égard, il a été observé une augmentation progressive et significative du volume des transactions sur le marché financier, avec des chiffres impressionnants qui témoignent d’une dynamique croissante : 2 073 milliards de FCFA en 2023, suivis d’une projection de 3 439 milliards de FCFA pour 2024, et culminant à 5 477 milliards de FCFA en 2025. Ces chiffres révèlent non seulement une tendance à la hausse, mais aussi une confiance accrue des acteurs du marché dans les instruments financiers disponibles.

Cependant, malgré ces efforts louables pour dynamiser le marché, le marché secondaire fait face à trois obstacles majeurs qui entravent son plein développement. D’abord, le refinancement de la BCEAO représente un défi considérable : tant que les banques ont la possibilité de nantir leurs titres auprès de la Banque Centrale pour obtenir de la liquidité, elles sont peu incitées à vendre ces titres de manière définitive sur le marché secondaire. Cette situation crée une stagnation, car les banques préfèrent conserver leurs actifs plutôt que de les céder, ce qui limite la rotation des titres sur le marché.

Ensuite, il est important de noter que le marché reste trop interbancaire. Le manque d’investisseurs non-bancaires, tels que les fonds de pension et les particuliers, limite la diversité des anticipations qui, en temps normal, serait propice à la création d’un volume d’échange plus substantiel. Cette absence de diversité d’acteurs sur le marché nuit à la liquidité et à la dynamique des transactions, rendant le marché moins attractif pour de nouveaux investisseurs. Les disparités de traitement fiscal selon la nature de l’investisseur ou le pays de résidence constituent un frein supplémentaire à la fluidité des transactions transfrontalières au sein de l’Union. Ces inégalités fiscales peuvent dissuader les investisseurs étrangers et compliquer les échanges, ce qui nuit à l’intégration du marché régional.

Notons que le défi majeur de la période 2026-2030 sera donc de créer une véritable profondeur de marché, essentielle pour établir une courbe de rendement qui soit à la fois fiable et attractive pour les investisseurs. Cela nécessitera des réformes structurelles, une meilleure réglementation, et des initiatives visant à attirer une plus grande variété d’investisseurs, afin de transformer le paysage financier et de favoriser une croissance durable et inclusive.

Daouda Bakary KONE

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