(CROISSANCE AFRIQUE)- La Société financière internationale, communément abrégée en IFC, a officiellement annoncé, le lundi 23 mars, un investissement significatif de 45 millions de dollars destiné à soutenir l’alimentation par énergie solaire des infrastructures télécoms en Éthiopie, au Liberia et en Sierra Leone.
Cette initiative stratégique vise à renforcer la fiabilité des réseaux télécoms dans ces pays, où l’adoption des services numériques est encore relativement limitée, entravant ainsi l’accès à des technologies essentielles pour le développement économique et social.
Le financement alloué est octroyé à IPT PowerTech, une entreprise reconnue pour son expertise dans les services énergétiques spécifiquement destinés aux télécommunications, souvent désignée sous l’acronyme T-ESCO. Cet investissement crucial va non seulement contribuer à la modernisation des infrastructures, mais également à l’exploitation durable et à la maintenance des 2 235 sites télécoms dispersés à travers les trois nations. Il est particulièrement pertinent de noter que près de 90 % de ces sites sont stratégiquement situés dans des zones éloignées qui ne sont pas raccordées au réseau électrique national, ou bien dans des régions marquées par une alimentation électrique instable et intermittente, créant ainsi des défis uniques pour le secteur des télécommunications.
Avec la mise en place de nouveaux systèmes solaires accompagnés de batteries spécifiquement conçues pour alimenter ces infrastructures critiques, l’IFC projette qu’il y aura une réduction significative des pannes et des interruptions dans les réseaux mobiles en Éthiopie, au Liberia et en Sierra Leone. Cette évolution devrait permettre d’améliorer non seulement la connectivité mais également de renforcer l’économie locale en facilitant l’accès à l’internet et à d’autres services numériques essentiels.
Cette initiative intervient dans un contexte où les opérateurs africains restent fortement exposés aux défis énergétiques, une réalité clairement mise en lumière par les observations de la GSMA, qui est l’Association internationale des opérateurs et des entreprises de télécommunication. Ces défis incluent, entre autres, les coupures de courant fréquentes qui perturbent les opérations quotidiennes, le faible accès au réseau électrique qui empêche de nombreuses localités de bénéficier d’une alimentation énergétique stable, ainsi que les coûts élevés de l’énergie qui pèsent lourdement sur les budgets des entreprises. En outre, les difficultés d’accès aux sources renouvelables, qui pourraient offrir des solutions durables et économiques, constituent un obstacles supplémentaire pour les opérateurs. À cela s’ajoute une forte dépendance au diesel, une ressource non seulement coûteuse en raison des fluctuations des prix du marché, mais qui entraîne également des coûts importants et des contraintes opérationnelles pour les opérateurs, notamment en matière de logistique et de maintenance. L’organisation recommande ainsi un recours accru aux énergies renouvelables, comme l’énergie solaire ou éolienne, pour atténuer ces contraintes et favoriser une croissance durable.
L’IFC, la Banque mondiale, explique qu’en améliorant la qualité et la stabilité de l’électricité alimentant les infrastructures télécoms, cette initiative renforcera non seulement la couverture mobile, mais également l’accès et l’utilisation des nouvelles technologies. Grâce à ce renforcement, des ménages, des écoles, des centres de santé et des petites entreprises pourront bénéficier de services numériques plus fiables, ce qui leur permettra de mieux s’intégrer dans l’économie numérique émergente. L’institution y associe également une baisse potentielle des coûts des services fournis, une réduction qui pourrait se traduire par une augmentation dans leur adoption et leur usage généralisé. Selon DataReportal, la digitalisation continue d’accélérer dans de nombreuses régions, et cette dynamique pourrait se voir considérablement amplifiée grâce à des initiatives telles que celle-ci.
Ces chiffres doivent toutefois être nuancés, car il est important de noter que certaines personnes détiennent plusieurs cartes SIM, qui sont dès lors comptabilisées comme autant d’abonnements, ce qui peut fausser l’image réelle de l’utilisation des services. À titre indicatif, l’Union internationale des télécommunications (UIT) émet des estimations indiquant que les taux de pénétration de la téléphonie mobile s’élevaient à 50,3 % en Sierra Leone en 2024, ce qui souligne un développement dans ce domaine, suivi de près par le Liberia avec un taux de 54,8 %, et enfin l’Éthiopie, qui, bien que légèrement en dessous, affiche tout de même une pénétration de 52,7 %. S’agissant de l’accès à l’Internet, ces taux spécifiques varient considérablement, s’élevant à seulement 25,1 % en Sierra Leone, tandis que le Liberia compte 32,2 %, et l’Éthiopie se situe autour de 21,99 %, ce qui révèle des disparités notables entre ces pays.
Il convient néanmoins de rappeler qu’une amélioration de la disponibilité du réseau, bien que cruciale, ne se traduit pas automatiquement par une adoption accrue des services télécoms. En effet, d’autres facteurs importants entrent en jeu, notamment la possession effective de terminaux adaptés, l’accès à l’électricité pour pouvoir les recharger régulièrement, l’accessibilité financière des différentes offres présentes sur le marché et, finalement, les compétences numériques de la population.
Notons qu’il est essentiel de reconnaître que les zones non couvertes par les réseaux restent, par définition, totalement exclues de ces avancées technologiques, ce qui peut aggraver le fossé numérique et limiter le potentiel de croissance économique dans ces régions.
Zangouna KONÉ

