L’APPEL DE BAMAKO : Au-delà des mots, la nécessité urgente de rebâtir notre maison médiatique.

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(CROISSANCE AFRIQUE)-Je l’avoue volontiers, il m’arrive de ne pas être convaincu par certains mots à la mode. ‘’Narratif africain », “bataille des récits », “souveraineté narrative »… Ces expressions me donnent autant d’espoir que de prudence. Elles peuvent nous inspirer, mais elles peuvent aussi donner l’impression que l’on cherche à résoudre des problèmes profonds avec de simples slogans.

Cependant, après avoir pris connaissance de l’Appel de Bamako adopté à l’issue du Forum panafricain des médias, une évidence s’impose, le débat ne porte pas uniquement sur les récits. Il porte avant tout sur la capacité des médias africains à exister, à se renforcer et à remplir pleinement leur mission.

Les difficultés évoquées par certains observateurs sont réelles. Comment parler de souveraineté médiatique lorsque de nombreux journalistes vivent dans la précarité ? Comment construire des rédactions solides lorsque les contrats sont rares, les protections sociales insuffisantes et les ressources financières limitées ? Comment rivaliser avec les grands groupes médiatiques internationaux lorsque les investissements consentis à nos médias demeurent largement insuffisants ?

Ces questions méritent d’être posées. Elles ne doivent pas être esquivées.

Mais justement, l’Appel de Bamako ne les ignore pas. Il consacre une place importante à la formation des journalistes, à la professionnalisation des rédactions, à la protection sociale des professionnels des médias, à l’éducation aux médias, à l’innovation économique, à l’intelligence artificielle, aux infrastructures numériques et au financement durable des entreprises de presse africaines.

Réduire cet appel à une simple volonté de “contrôler le récit” serait donc passer à côté de son ambition principale.

Car aucun récit, africain ou autre, ne peut survivre sans médias crédibles. Aucun narratif ne peut s’imposer sans journalistes formés, libres et protégés. Aucune souveraineté informationnelle ne peut exister sans investissements, sans infrastructures et sans modèles économiques viables.

La vérité est que le journalisme africain fait aujourd’hui face à une double exigence. Il doit continuer à respecter les principes universels de sa profession : rechercher les faits, vérifier les informations, confronter les sources et servir le public. Mais il doit aussi se donner les moyens matériels, technologiques et institutionnels de produire cette information par lui-même.

L’un n’exclut pas l’autre.

Mettre en lumière les réussites africaines n’est pas renoncer à l’esprit critique. Valoriser les innovations locales n’est pas masquer les difficultés. Montrer les avancées d’un continent n’est pas faire de la propagande. C’est simplement raconter la réalité dans toute sa complexité, sans réduire l’Afrique à ses crises ni l’enfermer dans une image unique.

Le véritable défi n’est donc pas de fabriquer un récit artificiel. Le véritable défi consiste à créer les conditions permettant aux journalistes africains de raconter eux-mêmes les faits, dans leur diversité, avec indépendance, rigueur et professionnalisme.

Le métier traverse une période difficile. Les mutations technologiques, les pressions économiques, la désinformation et la fragilisation des entreprises de presse inquiètent partout. Cette réalité ne doit pas nous décourager. Elle doit au contraire nous pousser à agir davantage.

L’Appel de Bamako ne résoudra pas, à lui seul, toutes les difficultés des médias africains. Aucun texte ne le peut. Mais il a le mérite de poser des jalons, d’ouvrir un débat et de rappeler que l’avenir de l’information africaine ne pourra être construit que par les Africains eux-mêmes.

Aujourd’hui, il est peut-être difficile de convaincre tout le monde. Il est parfois difficile de se convaincre soi-même. Mais une certitude demeure, lorsque les journalistes, les médias, les institutions, les investisseurs et les citoyens avancent dans la même direction, les défis cessent d’être des fatalités et deviennent des objectifs à atteindre.

L’heure n’est plus aux oppositions stériles entre récits et réalités. L’heure est à la reconstruction. Car un journalisme fort ne naît pas des discours ; il naît de la volonté collective de lui donner les moyens de vivre.

Et si l’Appel de Bamako avait finalement une seule ambition, nous rappeler que l’avenir de nos médias commence par notre capacité à le construire ensemble.

Jean Pierre Keita, Journaliste et Professeur d’enseignement supérieur au Mali

croissanceafrik
croissanceafrikhttp://croissanceafrique.com
Croissance Afrique (sarl) est un Média multi-support qui propose plusieurs rubriques axées sur l’actualité économique du continent. Le magazine est un journal (en ligne dont un mensuel disponible dans les kiosques à journaux) qui traite spécialement les informations financières dédiées à l’Afrique. Il est également le premier média malien spécialisé dans la production d’Informations Économiques, financières, Stratégiques, et orienté vers le reste du monde. Le Magazine a été fondé en Novembre 2017 à Bamako.

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